« Entre chien et loup » : signification, origine...

Un loup au coucher du soleil

« Entre chien et loup » signifie à la tombée de la nuit.


L’origine de cette expression est très ancienne. En effet, d’après le Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes et des locutions proverbiales de la langue française (1842) de l’auteur français Pierre-Marie Quitard (1792-1882), elle correspondrait à la transcription en français d’une expression de latin mérovingien. Quitard relève sa première mention à l’écrit dans Formulae Marculfi, une compilation d’exemples d’actes administratifs codifiés rédigée par le moine français Marcufle dans la deuxième moitié du 7ème siècle. Il y est ainsi question dans l’un d’eux de « infra horam vespertinam, inter canem et lupum », c'est-à-dire « à l’heure du crépuscule, entre chien et loup ».


D’après le Trésor de la langue française, l’expression est reprise dans la langue vulgaire dès la première moitié du 13ème siècle, c'est-à-dire dès l’ancien français. On dit alors « entre chien et leu ». On retrouve sa première mention écrite dans un fabliau (c'est-à-dire un court récit comique en vers) signé de la plume d’un jongleur et auteur français de cette époque nommé Hugues Piaucèle et intitulé D’estormi :


« 
[…]
Tout avant au premier prestre
A mis la bone dame leu
Que il viengne entre chien et leu.
[…]
»

Mais pour quelle raison évoquer le chien, animal domestique, et le loup, l’animal sauvage dont il descend et qui lui est le plus semblable, pour décrire ce moment de la journée ?

Dans deux alexandrins d’un sonnet dépourvu de titre figurant au sein du premier livre de Quatre Livres de l’amour de Francine (1555), le poète de la Pléiade Jean-Antoine de Baïf (1532-1589) tente une explication :

« Lorsqu’il n’est jour ne nuit, quand le vaillant berger
Si c’est un chien ou loup ne peut vraiment juger. »

Cette expression tiendrait donc au fait qu’au moment de la journée qu’elle décrit, un berger ne pourrait distinguer un chien d’un loup, à cause de la faible luminosité.

Cette explication couramment répandue est néanmoins réfutée par Pierre-Marie Quitard. Il explique en effet dans son dictionnaire qu’elle désigne « l’intervalle qui sépare le moment où le chien est placé à la garde du bercail et le moment où le loup profite de l’obscurité qui commence pour aller rôder à l’entour, car c’est un usage, de tout temps observé par les bergers, de lâcher le chien ou de le mettre en sentinelle aussitôt que la chute du jour les avertit que le loup ne tardera pas à sortir du bois ; et de là vient sans doute qu’on ne peut dire Entre loup et chien, comme on dit Entre chien et loup, car l’ordre des faits serait interverti ».

Quoi qu’il en soit, cette expression est toujours très utilisée de nos jours et a inspiré nombre de poètes.


On peut citer par exemple la femme de lettres suisse Berthe Vadier (1831-1921) et la définition qu’elle donne de ce moment dans son recueil intitulé Entre chien et loup : Rêveries et Pensées, paru en 1890 : « entre chien et loup, cette heure charmante qui n'est pas le jour et n'est pas la nuit, dans l'air embaumé d'œillet et de menthe, mainte aile s'éveille et s'ouvre sans bruit. Entre chien et loup, ainsi les pensées, papillons craintifs qui dorment le jour, de rose et de gris ailes nuancées, dans l'esprit songeur passent tour à tour ».