
« Un temps de chien », « un froid de chien », « un temps à ne pas mettre un chien dehors »… sont autant d’expressions pour dire que la météo est très mauvaise.
D’après le Dictionnaire historique de la langue française du lexicographe français Alain Rey (1928-2020), le syntagme (c’est-à-dire la combinaison de mots) « de chien » est utilisé dans la langue française depuis au moins le 16ème siècle, puisque son premier emploi connu à l’écrit est relevé en 1552 dans Le Quart Livre de l’écrivain François Rabelais (qui naît vers 1490 et meurt en 1553).
Il renvoie à une idée de pénibilité ou de difficulté, ce qui est sans doute à rapprocher des mauvais traitements que subissent alors globalement les chiens : loin de les considérer comme des animaux de compagnie voire des membres à part entière de la famille (à l’image de ce qu’on observe de nos jours), les humains s’y intéressent alors essentiellement pour les différentes tâches qu’il sont susceptibles d’accomplir à leur service – en particulier la chasse, la conduite des troupeaux ainsi que la protection des biens et des personnes.
C’est d’ailleurs le sens que l’on retrouve aussi notamment dans l’expression « une vie de chien », dont l’usage remonte au moins au 17ème siècle.
À la fin du 18ème siècle, le syntagme « de chien » prend aussi parfois le sens de « grand », « considérable ». Ainsi, le Dictionnaire de l’Académie française explique dans son édition de 1798 qu’« on dit une querelle de chien, un bruit de chien, un train de chien, pour dire une querelle, un bruit considérable. »
L’expression « un temps de chien » aurait donc pour origine soit ce superlatif, soit le peu d’attention que l’on accordait à ces animaux asservis aux humains, qu’on laissait dehors par tous les temps sans se soucier une seule seconde de leur bien-être.
Quoi qu’il en soit, d’après la Base Historique du Vocabulaire Français, on doit sans doute sa première trace écrite au philosophe français Denis Diderot (1713-1784), et plus précisément à une de ses lettres datée de 1759 : « Le ciel se fond en eau [...] je ne sçais que faire. Sortir ? On ne mettroit pas un chien dehors ».
L’expression, cependant, n’apparaît pas dans les dictionnaires avant le 19ème siècle. La forme que relève à la fois l’édition 1835 du Dictionnaire de l’Académie française et le Dictionnaire de la langue française (1863) du lexicographe français Émile Littré (1801-1881) est la même que celle utilisée par Diderot : « Il fait un temps à ne pas mettre un chien dehors ». Les deux ouvrages indiquent qu’elles désignent « un temps affreux ». En prononçant ces mots, on sous-entend donc que le temps est tellement mauvais qu’on en viendrait à avoir pitié d’un chien qu’on ferait sortir, quand bien même cet animal est alors considéré comme largement inférieur à l’Homme.
Il est amusant de remarquer que Littré relève dans l’article « professeur » une expression assez similaire, aujourd’hui tombée en désuétude : « c’est un temps de chien et de professeur ». Il la définit ainsi : « c’est un très mauvais temps, à cause que les professeurs sont obligés d’aller donner des leçons quelque temps qu’il fasse ». On note que le célèbre lexicographe explique la comparaison avec les professeurs, mais ne se donne même pas la peine d’évoquer celle avec le chien : manifestement, il lui semble parfaitement normal que l’animal, lui, soit dehors dans le froid ou sous la pluie.
On constate en tout cas que les différents dictionnaires du 19ème siècle semblent bouder la forme simple « un temps de chien », alors qu’elle est déjà d’usage à cette époque. On la retrouve d’ailleurs dans la deuxième strophe d’un poème de l’homme de lettres français Alfred de Musset (1810-1857) intitulé « Par un mauvais temps », publié pour la première fois dans La Revue des deux mondes en 1847 :
« Mais, quand vous êtes revenue,
Votre bras léger sur le mien,
Il faisait, dans cette avenue,
Un froid de loup, un temps de chien. »
Pour finir, on peut noter que le chien n’est pas le seul animal associé au mauvais temps dans la langue française. Ainsi, à l’instar de Musset, on utilise aujourd’hui encore l’expression « un froid de loup », en référence aux « tuiles à loup » qui reposaient sur les toits dans l’est de la France et dans lesquelles sifflait le vent du nord. On parle aussi parfois d’« un froid de canard », c’est dire un temps à partir à la chasse aux canards, proies réputées plus faciles à chasser quand les lacs et les étangs sont gelés. Enfin, il ne faut pas oublier non plus le « temps de cochon », en référence au fait qu’autrefois il fallait veiller à tuer ces pauvres bêtes quand il faisait froid, afin de favoriser la conservation de la viande.





