« Un chien avec un chapeau » : signification, origine...

Un chien portant un chapeau traditionnel mexicain

En français de Belgique, « un chien avec un chapeau » signifie n’importe qui, le premier venu.

Cette image est sans doute à rapprocher d’une expression française aujourd’hui tombée en désuétude, « le premier chien coiffé venu » ou tout simplement « la premier chien coiffé » (« coiffé » dans le sens traditionnel de « coiffé d’un couvre-chef »), que l’on utilisait dans le même sens. 

Il est difficile de dater avec précision cette dernière, qui ne figure pas dans les dictionnaires anciens. Il est cependant établi qu’elle remonte au moins au 19ème siècle, puisqu’on la trouve dans le roman La Muse du département (1844) du grand écrivain français Honoré de Balzac (1789-1850), qui lui attribue une origine berrichonne : « […] il se rendit à Bourges, au moment où madame Piédefer, dévote à grandes heures, était à peu près déterminée ainsi que sa fille à prendre, selon l'expression du Berry, le premier chien coiffé venu ». Elle apparaît également sous la plume d'un autre auteur majeur de ce siècle, son compatriote Émile Zola (1840-1902), plus précisément dans son célèbre roman L’Assommoir (1877) : « Elle avait appris, sans chercher à les savoir, des histoires malpropres, des liaisons du chapelier avec toutes sortes de filles, les premiers chiens coiffés qui passaient dans la rue ».

Cette expression semblait donc plutôt utilisée dans le contexte de relations sentimentales. Il convient par ailleurs de noter que, si « le premier chien coiffé » désignait le premier venu, le quidam moyen, un « chien coiffé » tout court était d’après le Trésor de la langue française un homme au physique disgracieux ou mal accoutré. On pourrait penser que c’est l’apparence physique des chiens qui était ainsi ciblée, mais il était aussi question parfois de chat (« un chat coiffé »), ou même de chèvre pour désigner spécifiquement une femme (« une chèvre coiffée »). Ainsi, plutôt que les chiens en particulier, ce sont sûrement les animaux en général qui étaient associés à la laideur ou au manque d’élégance.

Quoi qu’il en soit, l’expression familière « le premier chien coiffé (venu) », qui au départ semblait plutôt utilisée pour désigner un prétendant ou une prétendante quelconque, semble avoir évolué en Belgique pour devenir « un chien avec un chapeau ». Néanmoins, cette dernière est plutôt utilisée de nos jours dans un contexte où l’on évoque une personne ayant le contact facile et disposée à discuter avec n’importe qui – y compris par exemple « un chien avec un chapeau ».

Enfin, il est intéressant de noter qu’au Québec on utilise une expression similaire pour désigner un individu quelconque : « le premier chien qui gratte à la porte ».

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