
En France, Belgique et Suisse, « avoir du chien » s’emploie au sujet d’une femme qui a un charme provocant, un peu canaille, mais cette expression peut également s’appliquer à une chose avec la même signification. C’est un syntagme (c’est-à-dire une combinaison de mots) qui a un sens plutôt positif, ce qui est assez rare parmi les expressions avec le mot « chien ».
Son origine découle pourtant certainement d’une association d’idées assez négative. En effet, d’après le Dictionnaire historique de la langue française du lexicographe français Alain Rey (1928-2020), le mot « chien » prend dès les toutes dernières années du 12ème siècle un sens figuré fortement péjoratif quand il est utilisé pour désigner un humain. Il en va de même pour « chienne », qui dès cette même époque comporte une idée de réprobation sexuelle lorsqu’il est appliqué à une femme. Ainsi, dès l’ancien français, le mot « chienne », employé comme nom ou adjectif, devient synonyme de « garce » et prend une valeur d’insulte. Cet emploi perdure d’ailleurs de nos jours.
Toutefois, au 18ème siècle, ce premier usage persiste mais un deuxième se développe en parallèle, qui fait que ce mot peut avoir une valeur moins péjorative. En effet, quand il est employé comme adjectif et appliqué à une femme, son sens se rapproche alors plutôt de celui de « coquine » ou « canaille ». Il est d’ailleurs intéressant de constater que ce dernier mot fait lui aussi référence aux chiens. En effet, il est emprunté dès 1195 à l’italien canaglia, qui signifie « troupe de chiens », pour remplacer le terme « chienaille » ou « chenaille », employé à l’origine pour désigner le « bas peuple ».
On retrouve notamment cet usage dans le poème « Rupture » de l’écrivain français Jean-Jospeh Vadé (1720-1757), publié à titre posthume dans le recueil Œuvres poissardes (1796) : « Tu me trouvais si gentille avec mon petit air chien ».
C’est sans doute de ce sens-là que découle l’expression « avoir du chien », qui semble être apparue un peu plus tard, au 19ème siècle : le Dictionnaire historique de la langue française atteste en effet de son premier usage à l’écrit en 1866.
Elle continue d’être utilisée de nos jours, et on la retrouve par exemple sous la plume de l’écrivain et réalisateur français Philippe Labro, qui en 1982 joue sur ses mots dans son roman Des bateaux dans la nuit : « elle avait du chien comme on dit, mais du chien de rue, du chien de chasse, de la lice. »
Il est intéressant de remarquer que le Trésor de la langue française relève également un emploi vieilli de cette expression, dans le sens de « faire preuve d’un talent brillant » pour parler d’un artiste – et en particulier d’un comédien. D’après le même dictionnaire, son origine pourrait être liée – au moins en partie – à l’emploi du terme « cabot » pour désigner un mauvais comédien.
On peut aussi peut-être en déduire que c’est ce dernier sens qui a influencé celui de l’expression telle qu’est aujourd’hui utilisée au Québec, où « avoir du chien » n’est jamais employé pour « avoir du charme », mais signifie plutôt « avoir du caractère » ou « avoir de la classe ».