
Dire en parlant de quelque chose que « ce n’est pas fait pour les chiens », souvent abrégé en « c’est pas fait pour les chiens » voire « c’est pas pour les chiens », signifie que cette chose est utile, importante, et qu’il faut l’utiliser. On emploie d’ailleurs cette expression familière pour justifier ou exiger qu’on utilise la chose en question.
Elle est difficile à dater, mais le dictionnaire de l’argot en ligne Bob relève une première occurrence écrite dans un pamphlet révolutionnaire anonyme daté de 1790 et intitulé C’est foutu, l’commerce ne va pas : on y lit ainsi que « c'mont de pieté n'est pas pour les chiens on leux y prêtera toujours d'largent sur leur marchandise, mais sus la nôtre y a gros qu'on n'prêtera que du foutre ».
Quelle que soit l’époque exacte à laquelle elle remonte, son sens est assez facile à comprendre : si ce n’est pas fait pour les chiens, c’est que c’est fait pour les humains. Par exemple, le romancier français George Bernanos (1888-1948) écrit en 1926 dans Sous le soleil de Satan que « les tribunaux ne sont pas faits pour les chiens ».
Il aurait sans doute été possible d’utiliser le nom d’un autre animal pour forger cette expression, mais ce n’est certainement pas un hasard si c’est le chien qui a été choisi. En effet, il est le premier animal à avoir été domestiqué par l’Homme, et est donc aux côtés de ce dernier depuis très longtemps et en toutes occasions.
On peut cependant voir dans cette expression pas très agréable à entendre une forme de mépris à son encontre. En effet, elle repose en quelque sorte sur une opposition entre les humains, qui peuvent ou doivent utiliser les choses importantes, et les chiens, qui n’en sont pas dignes (ou capables) et apparaissent donc comme inférieurs.
Cela dit, elle est loin de faire figure d’exception : la plupart des expressions avec le mot « chien » véhiculent une image de cet animal plutôt négative, voire franchement méprisante. C’est le cas par exemple de « traiter quelqu’un comme un chien » ou « abattre quelqu’un comme un chien ».
Ceci n’est pas le fait du hasard : jusqu’au 19ème siècle environ, en France comme ailleurs en Europe, les chiens sont loin d’être aussi dorlotés et choyés qu’ils le sont de nos jours. La notion d’animal de compagnie n’existe même quasiment pas : dans l’immense majorité des cas, les humains les voient simplement comme des assistants corvéables à merci pour effectuer toutes sortes de travaux – à commencer par la chasse, la garde des troupeaux ainsi que la protection des biens et des personnes.
Les chiens sont donc alors avant tout utiles, tout comme les choses pas faites pour eux qu’on évoque en recourant à cette expression.