« En chien » : signification, origine...

L’expression « en chien » n’a pas du tout le même sens au Québec et en France.

L’expression « En chien » au Québec

Un chien de grande taille à la campagne

Au Québec, « en chien » est utilisé de façon adverbiale et signifie « beaucoup », « très ».

Cette expression est évoquée dès la parution en 1909 de l’ouvrage Le Parler populaire des Canadiens français, considéré comme le premier vrai dictionnaire de lexicographie québécoise et écrit par le journaliste et linguiste québécois Narcisse-Eutrope Dionne (1848-1917).

Elle est sans doute à rapprocher du qualificatif « de chien », dont l’emploi est aujourd’hui tombé en désuétude, mais qui est sans doute à l’origine de plusieurs autres expressions avec le mot « chien ».

En effet, à la fin du 18ème siècle, « de chien » prend le sens de « grand », « considérable ». Le Dictionnaire de l’Académie française explique ainsi dans son édition de 1798 qu’« on dit Une querelle de chien, un bruit de chien, un train de chien, pour dire, Une querelle, un bruit considérable ».


Le français québécois puise justement ses origines dans la langue parlée à Paris au 18ème siècle, mais bien sûr il a évolué par la suite. On peut supposer que le passage de « de chien » à « en chien » figure parmi ces évolutions : un simple changement de préposition, tandis que la signification reste la même.

La première tournure semble donc avoir été remplacée au Québec par « en chien », et en France elle est tombée en désuétude. Quant à « en chien », justement, il continue d’être couramment utilisé au Québec et existe aussi en France, mais avec une signification différente.

L’un des exemples amusants fournis par le site Traduction du français au français : Un guide linguistique franco-québécois pour illustrer l’expression québécoise est d’ailleurs assez parlant : « Le Dobermann du voisin m’a mordu. Ça m’a fait mal en chien. » En français de France, on dirait spontanément « Ça m’a fait un mal de chien », l’expression « un mal de chien » figurant parmi celles dont la construction s’est sans doute appuyée sur l’utilisation de « de chien » dans un sens superlatif.

L’expression « En chien » en France

Un chiot allongé par terre, tout seul et l'air triste

En France, l’expression « en chien » est utilisée dans un tout autre sens que celui qu’on lui connaît au Québec. Être « en chien » y signifie en effet être abandonné, laissé pour compte, ou encore « en manque ».

 

Le site Weshipedia : Le Dico multimédia des langages du quartier explique ainsi que ce terme désigne le fait d’« être frappé(e) d’indigence » et s’applique à différents besoins d’un individu (surtout masculin), mais s’utilise en particulier pour l’argent et le sexe.

L’expression trouve son origine dans le créole des Antilles françaises, où elle garde d’ailleurs aujourd’hui encore son sens premier de « délaissé ». Elle vient probablement du fait que les chiens errants sont nombreux dans la région, et y sont pour la plupart abandonnés à leur sort.

De l’idée d’isolement social, on serait passé à celle de manque – du moins en métropole, où ce sens ainsi que l’usage de l’expression semblent s’être popularisés dans les années 90, notamment par le biais du rap. On la retrouve ainsi par exemple dans une chanson du rappeur Gilles Duarte, dit Stomy Bugsy (né en 1972), intitulée « Oyé sapapaya » et parue en 1998 dans l’album Quelques balles de plus pour... le calibre qu'il te faut : « Un nouveau son qu’Abdoulaye passe en exclu / c’est pour les mecs en chiens, les exclus ». Elle est aussi au cœur de la chanson du rappeur Laouni Mouhid, dit La Fouine (né en 1981), intitulée « Reste en chien » et issue de l’album Aller-retour (2007).

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