
Au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire, « où le chien est mort », « là où le chien est mort » ou encore « où le chien est mort, là » désigne un lieu imaginaire ou constitue un moyen de désigner vaguement un lieu dans un contexte humoristique.
Ce n’est toutefois pas vraiment l’équivalent de « Pétaouchnok », car contrairement à ce terme inventé au 19ème siècle pour imiter le nom d’une ville russe lointaine, il n’y a pas nécessairement de notion de distance.
D’ailleurs, on trouve par exemple dans un article de 2007 d’Issa K. Barry publié dans Le Faso.net et intitulé « Pain Shalom de Loumbila : La Baguette magique des bonnes sœurs » l’emploi suivant, qui laisse plutôt penser à une notion de proximité : « D’ailleurs, le pain, il envoie l’acheter chez l’épicier du coin. Pour s’en procurer, il n’ira pas très loin, « là où le chien est mort » comme on dit ».
En revanche, dans un article de 2011 non signé publié dans L’Observateur Paalga et intitulé « Âge tendre et tête de rat », l’emploi qui est fait de l’expression évoque au contraire une notion de distance : « L’Est c’est là où le soleil se lève. À ne pas confondre avec là où le chien est mort. C’est Razougou, mon dawa à tout faire qui aime à parler ainsi lorsqu’il veut me faire comprendre qu’un quartier de Simonville est très loin de chez moi, à 14 yaar. Pour parler de Pissy derrière les rails, il dit : Patron c’est loin loin loin, c’est là où le chien est mort ».
En bref, « où le chien est mort » est un moyen de nommer un lieu fictif ou un lieu que l’on ne veut pas nommer pour une raison ou pour une autre.
Ainsi, alors que le français du Québec associe la mort d’un chien à la perte de tout espoir avec l’expression « son chien est mort », le français du Burkina Faso et de Côte d’Ivoire l’associe à un endroit imaginaire, qui semble pouvoir se situer n’importe où.
L’origine de l’expression est inconnue, mais on peut souligner en tout cas que les chiens sont des animaux très courants dans ces deux pays d’Afrique de l’Ouest. D’après un communiqué de la préfecture d’Abidjan daté de 2020, leur nombre est estimé à 9 millions en Côte d’Ivoire (dont la moitié seraient vaccinés), pour une population d’un peu plus de 30 millions d’habitants. En outre, même si certains groupes ethniques du Burkina Faso pratiquent encore la consommation de viande de chien, ces derniers sont plutôt bien considérés dans les deux pays – notamment parce qu’on leur attribue traditionnellement la capacité de chasser les mauvais esprits.
Néanmoins, comme dans beaucoup d’autres endroits pauvres, les chiens errants sont nombreux – ce qui d’ailleurs pose de vrais problèmes de santé publique pour les humains. Là où le chien est mort, c’est donc n’importe où.