
« Avoir un caractère de chien », c’est avoir très mauvais caractère.
Étonnement, cette expression semble assez récente, puisqu’elle commence à être recensée dans les dictionnaires seulement à partir de la fin du 20ème siècle.
Il convient à ce titre de remarquer que le Dictionnaire de l’Académie française répartit les expressions avec le mot « chien » dans différentes rubriques. « Avoir un caractère de chien » figure dans celle intitulée « Le chien, considéré comme un être insupportable, odieux ». Elle y côtoie notamment « garder à quelqu’un un chien de sa chienne », « ce sont deux chiens après un os », « se regarder en chien de faïence », ou encore « être d’une humeur de chien ».
Il est possible que « avoir un caractère de chien » se soit construite en référence à cette dernière, qui pour sa part est plus ancienne puisqu’elle existe depuis au moins le 18ème siècle. Il se peut aussi que cela n’ait rien à voir, et que sa construction se soit simplement appuyée sur le syntagme (c'est-à-dire la combinaison de mots) « de chien », utilisé depuis au moins le 16ème siècle pour décrire une idée de pénibilité ou de difficulté. On le retrouve dans différentes autres expressions, telles que « une vie de chien » ou « un mal de chien ».
Cependant, comme le souligne bien la présentation choisie par l’Académie pour regrouper les différents emplois du mot, celui qu’on présente pourtant souvent comme le meilleur ami de l’Homme est un mal-aimé de la langue française. En effet, l’immense majorité des expressions renvoient de lui une image négative – c’est notamment le cas de celles qui le présentent comme un « être insupportable ou odieux » incarnant parfois l’agressivité ou la violence.
L’explication est sans doute en partie culturelle, et plus précisément à chercher du côté du rôle prépondérant que la Bible a longtemps tenu dans les esprits. En effet, les chiens qui y sont évoqués sont très majoritairement errants, et souvent associés à des comportements violents. C’est le cas par exemple dans le Premier Livre des Rois : « Celui de la maison de Jéroboam qui mourra dans la ville sera mangé par les chiens, et celui qui mourra dans les champs sera mangé par les oiseaux du ciel. Car l'Éternel a parlé. » (14:11), ou encore « Tu lui diras : Ainsi parle l'Éternel : N'es-tu pas un assassin et un voleur ? Et tu lui diras : Ainsi parle l'Éternel : Au lieu même où les chiens ont léché le sang de Naboth, les chiens lécheront aussi ton propre sang » (21:19).
Cela contribue sans doute à expliquer nombre d’expressions avec un chien déjà anciennes et donnant de cet animal une image négative. Toutefois, « avoir un caractère de chien » est pour sa part assez récente. Or, l’influence de la Bible a clairement régressé par rapport à autrefois, et cet animal a acquis à partir du 19ème siècle un statut de compagnon domestique qu’il n’avait que rarement aux époques antérieures : jusqu’alors, il était considéré presque toujours comme purement utilitaire, destiné à accomplir diverses tâches au service des humains (la garde, la protection des troupeaux, la chasse, etc.). L’apparition récente de cette expression peut donc d’une certaine manière être considérée comme une anomalie.
Quoi qu’il en soit, le meilleur ami de l’Homme n’est pas le seul à être malmené par la langue française. En effet, il peut ici être remplacé par un cochon (« avoir un caractère de cochon »), animal avec qui il pourrait d’ailleurs sans doute disputer la première place dans la liste de ceux dont les expressions véhiculent le plus une mauvaise image. Ils sont d’ailleurs interchangeables dans plusieurs d’entre elles, comme « un temps de chien » ou le québécisme « un coup de chien ».
Pour finir sur une note plus légère, on peut citer ces quelques lignes de l’écrivain français Louis Calaferte (1928-1994), qui dans son roman Choses dites (1997) s’amuse des expressions animalières en juxtaposant « un caractère de chien » à d’autres qui pour le coup ont plutôt un sens positif : « Elle avait un cou de cygne, des yeux de chatte, un regard d'aigle, une taille de guêpe, des jambes de gazelle, un tempérament de lion, un caractère de chien. Pourtant, ce n'était qu'une femme ».





