
En français du Québec, dire au sujet d’une personne que son chien est mort signifie qu’elle n’a plus aucune chance, aucun espoir, ou que son projet est voué à l’échec. L’équivalent de l’autre côté de l’Atlantique serait « les carottes sont cuites » ou « c’est fichu pour lui/elle ».
L’origine de cette expression est inconnue, mais il est avéré que son usage est assez ancien. En effet, elle est déjà évoquée en 1909 dans ce que l’on considère comme le premier vrai dictionnaire de lexicographie québécoise : Le Parler populaire des Canadiens français, du journaliste et linguiste québécois Narcisse-Eutrope Dionne (1848-1917). Toutefois, Dionne lui attribue alors un sens légèrement différent de celui qu’elle a aujourd’hui : il écrit qu’elle signifie que la personne dont il est question est ruinée.
Il semble donc qu’à l’origine elle était spécifiquement utilisée pour parler de débâcle financière, mais que son sens se soit peu à peu élargi pour porter sur toutes sortes de situations.
Ainsi, dès 1950, on la retrouve dans un sens plus général sous la plume du dramaturge québécois Gratien Gélinas (1909-1999) dans la pièce Tit-Coq : « Il voudrait sortir avec toi, ça crève les yeux. — Eh bien! ma chère, son chien est mort depuis toujours ».
Comme dans de nombreuses autres, le meilleur ami de l’Homme est associé dans cette expression à quelque chose de négatif – en l'occurrence, la mort. Cela dit, on peut aussi voir les choses sous un angle plus positif, en raisonnant par la négative tant par rapport au sens originel de l’expression qu’à son sens élargi. Ainsi, avoir un chien en vie revient à avoir une situation financière correcte, voire confortable. Et si la mort d’un chien est associée à la fin de tout espoir, on peut considérer que symboliquement le chien incarne l’espoir.