
« Être malade comme un chien », c’est être souffrant.
Cette expression familière insiste sur l’aspect éprouvant des symptômes, plus que sur la gravité ou non de ce qui en est la cause. On l’emploie ainsi très fréquemment pour décrire les maux d’une personne qui vomit suite à une intoxication alimentaire bénigne ou un abus d’alcool, bien qu’elle puisse aussi décrire d’autres souffrances physiques (douleurs, fièvre…) pouvant avoir toutes sortes de causes. Quoi qu’il en soit, une personne malade comme un chien se sent mal au point d’éprouver le besoin de s’isoler.
Cette expression remonte au moins au 17ème siècle, puisque le dictionnaire d’argot en ligne Bob évoque une première occurrence connue à l’écrit en 1679 dans Les Œuvres de Monsieur Poisson, de l’acteur et dramaturge français Raymond Poisson, dit Belleroche (1633-1690).
Comme beaucoup d’expressions familières, elle tarde à être recensée par les dictionnaires. Ainsi, alors que le Dictionnaire de l’Académie française existe depuis 1694, il faut attendre l’édition de 1935 pour qu’elle y fasse son apparition.
Il semble pourtant qu’elle est déjà très fréquemment utilisée bien avant cette date. Elle apparaît par exemple en 1838 dans une lettre que le compositeur franco-polonais Frédéric Chopin (1818-1849) adresse au pianiste polonais Julian Fontana (1810-1869), lorsqu’il évoque la maladie dont il souffre (la tuberculose, qui finit par l’emporter) alors qu’il séjourne sur l’île espagnole de Majorque avec sa compagne l’écrivaine George Sand (1804-1876) : « J’ai été malade comme un chien, ces deux dernières semaines. J’avais pris froid en dépit des dix-huit degrés de chaleur, des roses, des orangers, des palmiers et des figuiers. Trois médecins — les plus célèbres de l’île — m’ont examiné. L’un a flairé mes crachats, l’autre a frappé pour savoir d’où je crachais, le troisième m’a palpé en écoutant comment je crachais. Le premier a dit que j’allais crever, le deuxième que j’étais en train de crever, le dernier que j’étais crevé déjà ».
Mais pourquoi cette expression est-elle bâtie sur une comparaison avec un chien ? Pourquoi a-t-on choisi cet animal pour illustrer l’idée des souffrances physiques liées à une maladie ?
Plusieurs hypothèses se côtoient, et il est probable qu’elles se soient combinées pour contribuer à la création de l’expression puis à sa diffusion.
D’abord, comme elle est antérieure au 17ème siècle, il se peut qu’elle remonte même à l’époque médiévale, où les chiens errants étaient nombreux. Ne bénéficiant naturellement d’aucun soin, ces derniers étaient porteurs de maladies et de parasites, et véhiculaient toutes sortes d’infections. On comprend dès lors aisément que la gent canine ait pu être associée à l’idée d’être malade.
Par ailleurs, jusqu’au 19ème siècle, les chiens étaient globalement considérés comme purement utilitaires. Si on en possédait, c’était presque toujours uniquement pour l’aide qu’ils pouvaient apporter dans différentes tâches – en particulier la chasse, la garde des troupeaux ainsi que celle des biens ou des personnes. La plupart d’entre eux passaient tout leur temps dehors, y compris quand il faisait un temps de chien, et ne bénéficiaient pas non plus de beaucoup de soins ni d’attention. De fait, quand ils étaient malades et ne pouvaient plus accomplir leurs tâches habituelles, il était courant qu’on les délaisse et qu’on les ignore en attendant qu’ils meurent. Autrement dit, les chiens malades étaient rejetés.
Ceci étant, il faut noter aussi qu’un chien malade a parfois tendance à s’isoler volontairement. Cela s’expliquerait par au moins deux facteurs :
Être malade comme un chien reviendrait donc à être malade au point de se sentir rejeté par la société ou de ressentir soi-même le besoin de s’isoler.