
En français du Québec, « avoir la chienne » signifie avoir très peur.
Cette expression familière est très utilisée et préférée au plus franco-français « avoir la trouille », qui a la même signification. Il convient cependant de noter que, de manière moins fréquente mais tout aussi familière, elle prend parfois le sens d’« avoir la flemme ».
La question reste en suspens de savoir comment le mot « chienne » en est venu à remplacer le mot « peur » ou « flemme », mais il semble en tout cas que le sens premier de l’expression ait été celui lié la paresse. En effet, dans son dictionnaire Le Parler populaire des Canadiens français (1909), le journaliste et linguiste québécois Narcisse-Eutrope Dionne (1848-1917) évoque l’expression « avoir la chienne sur le dos », et indique qu’elle signifie être paresseux.
De fait, on n’a aucun mal à imaginer qu’avoir une chienne sur le dos peut être gênant pour accomplir des activités du quotidien – plus encore d’ailleurs qu’avoir un poil dans la main, une autre expression voulant dire la même chose.
L’usage du féminin demeure cependant intriguant. Il semble difficile de rapprocher le sens que le mot prend ici de la valeur d’insulte qui lui est souvent rattaché. En effet, depuis l’ancien français – et plus précisément les toutes dernières années du 12ème siècle, d’après le Dictionnaire historique de la langue française du lexicographe français Alain Rey (1928-2020) –, « chienne » est employé pour désigner une femme de mauvaise vie. C’est ce sens que l’on retrouve dans l’une des rares expressions avec « chien » où le mot est employé au féminin : « chienne de vie ».
Il semble donc plus probable que, comme dans les jurons par euphémisme « nom d’un chien » ou « nom d’une pipe », le choix de cet animal se soit fait de façon totalement arbitraire – voire volontairement absurde, car l’absence de lien entre le sentiment évoqué et le mot utilisé peut avoir un effet comique.
Quoi qu’il en soit, le site internet Traduction du français au français : Un guide linguistique franco-québécois donne différents exemples dans lesquels l’emploi de cette expression peut aboutir à un résultat particulièrement savoureux - notamment « J’ai vraiment la chienne des gros chiens » ou « Mon chien a la chienne du vétérinaire. »
Enfin, comme toute expression, aussi familière soit-elle, « avoir la chienne » peut aussi très bien trouver sa place dans un contexte poétique. On la retrouve ainsi notamment sous la plume de la poétesse québécoise Marie-Élaine Guay (née en 1983), qui écrit en 2018 dans son recueil Castagnette : « J’ai la chienne d’eux de l’automne du sable qui s’engouffre ».