Les superstitions sur les chiens

Un chien levant la tête vers le ciel avec une pleine lune en arrière-plan

Compagnons des humains depuis des millénaires, les chiens occupent un peu partout dans le monde et depuis longtemps une place centrale non seulement dans les foyers, mais aussi dans l’imaginaire collectif.


Des présages d’amour aux augures funestes en passant par les figures fantastiques du folklore ou les rites de protection de l'Antiquité, les superstitions qui entourent la gent canine sont ainsi d'une richesse insoupçonnée.


Voici dix superstitions sur les chiens qui restent bien ancrées de nos jours, précédées d’un propos introductif sur l’origine de ces croyances populaires et la manière dont elles ont traversé les âges et les continents.

Qu'est-ce qu'une superstition ?

Une clef et un porte-clef portant le numéro 13

Le mot « superstition » est étymologiquement issu du latin superstitio, qui désignait à l'origine le fait de « se tenir au-dessus » dans un état d’étonnement ou de crainte. Il s’agit d’une croyance populaire selon laquelle certains actes, objets, mots ou événements auraient une influence occulte et directe sur le cours de notre existence.


Les superstitions sont ainsi en quelque sorte des pensées magiques servant de mécanisme de défense psychologique face à l’imprévisibilité de la nature, aux maladies et aux aléas du destin : des tentatives d'expliquer l'inexplicable, de donner du sens au chaos et de restaurer un sentiment de contrôle sur l'avenir.

À quand remontent les superstitions ?

Trois statuettes en argile utilisées dans les rituels babyloniens
Des statuettes de rituels babyloniens

C’est dans le berceau de la civilisation, en Mésopotamie, que l’on retrouve les plus anciennes preuves écrites et archéologiques de superstitions. En l’occurrence, elles visaient à se protéger du mauvais sort. En effet, comme le montre l'historien et assyriologue français Jean Bottéro (1914-2007) dans La Plus Vieille Religion : En Mésopotamie (1998), la société mésopotamienne était imprégnée de rituels magiques censés repousser les forces invisibles.


Ainsi, dès le deuxième millénaire avant notre ère, des recueils de rituels babyloniens, comme le fameux traité d'exorcisme Bīt Mēseri, dictaient la marche à suivre pour protéger les habitations contre les démons et les maladies.


Ces textes prescrivaient de façonner de petites figurines protectrices en argile cuite et d'y graver des ordres magiques destinés à effrayer les esprits invisibles, avant de les enterrer sous le seuil des portes ou aux quatre coins des édifices.


Or, il se trouve que c'est précisément aux chiens que les Mésopotamiens attribuaient ce rôle de gardiens occultes : l'archéologie a en effet confirmé ces textes anciens en découvrant à Ninive et à Ur des statuettes canines d'argile datant du 7ème siècle avant notre ère et portant les formules magiques « Ne réfléchis pas, aboie ! » ou encore « Chasseur du mal ».


Il y a près de trois mille ans, certains humains voyaient donc déjà les chiens comme des protecteurs magiques.

Les superstitions aujourd’hui

Une personne tenant un trèfle à quatre feuilles entre ses doigts sur un chemin entouré de verdure

Contrairement à ce que l'on aurait pu penser, l'avènement de la science moderne et la rationalisation du monde n'ont pas fait disparaître les superstitions. Mais si autrefois elles relevaient souvent d'un dogme collectif lié au sacré, elles se sont aujourd'hui métamorphosées.


En effet, elles s'expriment désormais de manière plus individuelle, discrète et inconsciente : éviter de passer sous une échelle ou toucher du bois sont devenus des réflexes culturels ou des rituels rassurants. On ne met plus dans les superstitions la même ferveur craintive qu'au Moyen Âge, mais la plupart des gens continuent d’y croire plus ou moins, « au cas où » – ce qui prouve que le besoin d’être rassuré face à l'incertitude demeure profondément ancré dans la psyché humaine.

La place des animaux dans les superstitions et le paradoxe canin

Un chat noir assis dehors

Les animaux occupent une place prépondérante dans les croyances populaires. Intermédiaires naturels entre l'homme et la vie sauvage, ils ont toujours été perçus comme des passeurs entre le monde sensible et l’invisible.


Au sein de ce bestiaire superstitieux, le chien occupe une position discrète mais intéressante. En effet, alors qu'il est le premier animal à avoir été domestiqué par l’Homme et qu’il partage depuis plus de quinze mille ans le foyer, les repas ainsi que le quotidien de ce dernier, il est nettement moins représenté dans les superstitions que d'autres espèces comme le chat, le corbeau ou le crapaud.


Les chats en particulier ont concentré pendant des siècles toutes sortes d’angoisses liées à la sorcellerie, en particulier les spécimens de couleur noire. Les chiens pour leur part ont été largement préservés, et c’est sans doute justement du fait de leur statut d’allié indispensable et de leur utilité vitale au quotidien – par exemple pour la garde, la chasse ou la conduite des troupeaux. Il est probable que leur présence constante aux côtés des humains les ait en quelque sorte « démystifiés », les rendant trop familiers pour devenir l’objet de pensées magiques.

Le chien dans les superstitions : un passeur entre deux mondes

La tête d'un chien dans l'obscurité

Lorsqu'on analyse les superstitions autour du chien à travers les âges et les continents, certains traits ressortent de façon assez nette.


Le plus marquant est sa capacité à percevoir l'invisible. Doté d’une ouïe et d’un odorat plus développés que ceux de l’Homme, il a très tôt été vu comme un être liminaire, évoluant à la frontière du monde matériel et du monde spirituel.


Qu'il s'agisse de pressentir la mort en hurlant à la Lune ou de repousser les mauvais esprits grâce à des marques physiques particulières (comme les taches des chiens « à quatre yeux »), il apparaît souvent dans les superstitions comme un gardien de l'au-delà et un protecteur psychique.


Plus largement, il incarne en général des valeurs positives, telles que la fidélité quand il choisit de suivre un passant, ou encore l’abondance pécuniaire quand il arbore une robe particulière – par exemple un pelage tacheté, à l’instar du Dalmatien. Il existe même une croyance qui veut que marcher dans une crotte de chien porte chance, à condition toutefois que ce soit du pied gauche. Dans ces différents cas de figure, il est donc annonciateur de bons présages.


Toutefois, il peut aussi être d'augure funeste – notamment lorsqu'il se teinte de noir, hurle à la mort la nuit ou vient séparer deux amis.


En définitive, à travers les pensées magiques ou les peurs que l’on a projetées sur lui dans les superstitions, le chien révèle moins sa propre nature que la façon dont les humains ont, de tout temps, cherché à se protéger du monde et à apprivoiser l'invisible.

Page 1 :
Le chien dans les superstitions
Auteur : Muriel L. - Dernière modification : 09/20/2026