La superstition concernant le fait de choyer un chien avant un départ

Une femme faisant un câlin à son chien avant quitter son domicile

Dans plusieurs traditions d'Asie du Sud, du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, interagir avec un chien avant un départ n'est pas un simple geste d'affection, mais une superstition ancrée dans la recherche de protection et de bonne fortune pour le trajet à venir.

Dans la tradition hindouiste, une recherche d’alliance avec Bhairava

Une illustration de la déesse Bhairava et de son chien
Bhairava et son chien

Avant d'entreprendre un long voyage ou de franchir les limites de leur village, les hommes cherchent traditionnellement à s'assurer qu'aucune menace ne viendra entraver leur route.


Dans la spiritualité hindoue, cette quête de sécurité s'incarne à travers la figure de Kala Bhairava. Loin d’être d'une divinité paisible, Bhairava représente la manifestation féroce et terrifiante du dieu Shiva. C'est précisément sur cette nature redoutable que s’appuient les voyageurs : sa férocité n'est pas tournée contre eux mais sert en revanche de bouclier contre les démons, la peur et les dangers de la route.


Or, dans l'iconographie hindouiste, le chien est entre autres le compagnon indissociable et la monture divine de Bhairava. En ce sens, il incarne la vigilance sans faille du dieu.


Cela explique qu’il existe en Inde une coutume populaire consistant à offrir du pain ou une caresse apaisante à un chien de rue avant de prendre la route. En honorant l'animal associé à la forme féroce de Shiva, on s'assure d’avoir à ses côtés la puissance d'un dieu gardien tout au long du trajet.


Ce rôle protecteur des chiens est célébré au Népal lors de la fête du Kukur Tihar. Étant vus là aussi comme des représentants de Bhairava ainsi que des messagers du dieu de la mort Yama, ils sont alors bénis d'une marque rouge sur le front, parés de colliers de fleurs et nourris de mets délicats.

Article détaillé : Le chien dans l'hindouisme

Dans le monde musulman, une coutume en lien avec l’aumône (Sadaqah)

Un homme arabe caressant son chien

Il existe également une coutume consistant à choyer un chien avant un départ en Turquie, en Égypte et dans certaines régions du Moyen-Orient. Toutefois, elle ne repose pas sur une superstition à proprement parler, car la théologie islamique rejette la croyance aux présages. Elle s'appuie plutôt sur les préceptes éthiques de l'Islam concernant la miséricorde envers les créatures, et sur les traditions rurales qui en découlent.


En effet, même si les représentants de la gent canine ne sont pas supposés être gardés à l'intérieur de la maison pour des raisons de pureté rituelle, la bienveillance envers les animaux de rue occupe une place centrale dans la piété populaire.


Ainsi, offrir de l'eau, de la nourriture ou un geste attentionné à un chien errant avant un départ s'inscrit dans la notion de Sadaqah, l'aumône volontaire.


Cette pratique s'inspire directement d'un enseignement célèbre du prophète Mahomet, dans lequel un homme voyageant dans le désert voit ses péchés pardonnés par Dieu après avoir donné à boire à un chien mourant de soif.


Par conséquent, il ne s'agit pas de prêter un pouvoir magique à l'animal, mais d'accomplir un acte de bonté (« ar-Rahma ») envers un être vulnérable juste avant les incertitudes d'un long trajet, dans l'espoir de s’attirer la bénédiction (« darakah ») et la protection de Dieu.

Article détaillé : Le chien dans l’islam