
Dans de nombreuses cultures, les chiens présentant deux taches de couleur plus claire au-dessus des yeux (comme le Rottweiler, le Dobermann ou le Husky Sibérien) occupent depuis longtemps une place à part. En effet, comme ces motifs évoquent une seconde paire de pupilles, ils valent à ces animaux le surnom de « chiens à quatre yeux ».
Pour autant, l’interprétation qu’on en tire et les superstitions qui en découlent varient.
C'est dans la Perse antique que se trouve la trace la plus ancienne des superstitions relatives aux « chiens à quatre yeux ». Ils sont en effet évoqués dans la religion zoroastrienne, notamment dans le Vendidad, un recueil d’écrits sur les mauvais esprits intégré aux textes sacrés de l’Avesta, et sans doute rédigé entre le 3ème siècle avant J.-C. et le 3ème siècle après J.-C. Ils y sont présentés comme possédant un pouvoir spirituel d'une puissance rare.
Il existait d’ailleurs un rituel funéraire nommé « Sagdid » (« le regard du chien ») consistant à faire approcher un chien à quatre yeux du corps du défunt. On croyait en effet que son double regard avait la capacité unique de repousser Nasu, le démon de la décomposition, et d'assurer un passage sécurisé de l'âme vers l'au-delà.
Bien loin des rites funéraires de la Perse antique, les traditions chinoises et la philosophie du Feng Shui considèrent également les chiens à quatre yeux (« Si Yan Gou », en mandarin) comme des protecteurs.
On estime en effet que leurs « faux yeux » restent symboliquement ouverts en permanence, même quand ils dorment. De ce fait, les représentants de la gent canine arborant cette particularité anatomique sont perçus comme des gardiens d'exception, capables de dissuader les voleurs le jour et de traquer les entités négatives la nuit pour maintenir une énergie saine dans la maison.
Bien loin de la Chine, dans certaines régions d’Europe (notamment au Royaume-Uni, dans les Balkans et dans l’est du continent), ces taches sont traditionnellement considérées comme un don de vision extra-sensorielle. On considère donc que les chiens à quatre yeux évoluent à la frontière des deux mondes, ce qui les rend capables de percevoir des spectres ainsi que de saisir des messages de l’au-delà. Ainsi, quand l’un d’entre eux aboie dans le vide, on dit qu’il signale la présence d’un esprit.
Le fait qu’un représentant de la gent canine arbore deux taches claires au-dessus des yeux a longtemps été interprété comme un mauvais signe au pays du Soleil levant. Dans le Japon médiéval et rural, ces chiens (les « yotsu-me inu ») étaient associés à la duplicité, aux masques de démons du théâtre nô et aux inugami (des esprits canins vengeurs). Ils étaient donc considérés comme de mauvais augure, susceptibles d'attirer la discorde au sein du foyer.
Cette croyance traditionnelle a totalement disparu de nos jours. Au contraire, les Japonais nomment désormais affectueusement ces taches au-dessus des yeux « maro-mayu » : signifiant « sourcils de nobles », ce terme fait référence aux nobles de l'ère Heian (794-1185), qui se rasaient les sourcils pour les redessiner. Les chiens à quatre yeux, notamment les Shiba Inus et Akita Inus au pelage noir et feu, font même l’objet d’un véritable engouement et sont devenus très recherchés.






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