Le chien dans la mythologie japonaise

Une statue d'un Shisa au sanctuaire Naminoue, à Okinawa (Japon)

La mythologie japonaise est très influencée par les deux spiritualités principales du pays : le bouddhisme, importé de Chine et de Corée à partir du 6ème siècle de notre ère, et le shintoïsme, qui lui est originaire de l’archipel.


Comme celle de nombreuses autres civilisations, elle regorge de créatures anthropomorphiques et d’esprits animaliers aux pouvoirs surnaturels, et le chien y joue souvent le rôle de compagnon ou d’adversaire pour l’Homme.

Les inugamis, des dieux chiens vengeurs et protecteurs

Un Inugami, créature de la mythologie japonaise.
Un inugami

Il existe dans la mythologie japonaise des créatures appelées « inugamis », ce qui signifie littéralement « dieux chiens ». Protecteurs de leur maître et très puissants, ils ont pour fonction de le venger lorsque celui-ci le leur ordonne

 

Les inugamis trouvent leur origine dans une légende très sombre et déjà ancienne, puisqu'on sait qu’elle était déjà connue sous l’ère Heian, du 9ème au 12ème siècle de notre ère. Celle-ci narre l’histoire d’une vieille femme décidée à se venger de quelqu’un. Pour ce faire, elle enterre son chien et lui demande de la venger, en lui promettant qu’elle le vénérerait alors comme un dieu. Après une longue agonie, l’animal meurt. Elle tranche alors sa tête avec une scie en bambou, ce qui libère son esprit sous la forme d’un inugami qui accomplit la vengeance qu’elle avait souhaitée. Une fois sa mission achevée, il hante la vieille dame jusqu’à la fin de ses jours afin de se venger de sa propre mort.

 

Les inugamis sont présentés comme étant généralement très protecteurs de leur maître, mais peuvent également se montrer impitoyables - y compris à l’encontre de ce dernier. Autrement dit, malgré leur fidélité, ils peuvent parfois se retourner contre leur propriétaire.

 

Ils constituent donc un parfait exemple de l’ambivalence de la figure du chien dans la mythologie, et on retrouve d’ailleurs cette ambivalence dans le rituel de création d’un inugami. En effet, une des méthodes communément présentées consiste à enterrer un chien vivant jusqu’au cou et à placer à proximité de lui de la nourriture, qu’il ne peut donc atteindre. Lorsqu’il finit par mourir, celle-ci fait office d’offrande à son esprit, ce qui l’apaise et le rend globalement obéissant.

 

Par ailleurs, certaines légendes racontent qu’un inugami peut se mettre à prendre possession du corps de son maître. En effet, lorsqu’il part exaucer le souhait de ce dernier, il doit laisser son enveloppe corporelle à l’abandon, c’est-à-dire sous forme de cadavre. S’il ne retourne pas dans son propre corps avant la décomposition totale de celui-ci, il peut se rabattre sur celui de son maître.

 

Être possédé par un inugami est supposé guérir de toutes les maladies, même pour une personne à la santé fragile. Néanmoins, ceci n’est pas sans inconvénients, notamment le fait d’aboyer comme un chien.

Les Komainu, des statues mi-lion mi-chien

Deux Komainu devant un sanctuaire shinto
Deux Komainu devant un sanctuaire shinto

Les Komainu sont des statues gardant l’entrée des sanctuaires shinto et des temples bouddhistes au Japon, mais on les retrouve aussi parfois dans d’autres lieux au sein de l’archipel - notamment sur les toits de lieux de pouvoir de l’archipel d’Okinawa.

 

Elles puisent leurs origines dans les statues de lion que l’on trouvait en Inde au 3ème siècle, ainsi que dans les statues de lion-gardien qui firent leur apparition durant la dynastie Han (-206 avant J.-C. – 220 après J.-C.) devant les palais impériaux chinois et les tombes. Pour autant, les Komainu ne représentent pas des lions, mais des créatures mi-lion, mi-chien. Celles-ci sont censées cumuler deux qualités essentielles de ces animaux : la puissance du premier et le caractère protecteur du second.

 

Leur apparence est aujourd’hui harmonisée, mais ce ne fut pas toujours le cas. En effet, pendant l’époque Edo (1603-1868), ils pouvaient tout aussi bien prendre la forme de tigres, de renards ou même de dragons japonais - une créature légendaire sans ailes et au corps serpentin, censée protéger les divinités des sanctuaires bouddhistes.

 

Les Komainu sont en général placés par paires et sont légèrement différents l’un de l’autre. L’animal situé à droite est un mâle ; il est sculpté la bouche ouverte et a pour fonction d’éloigner le mauvais esprit. Celui de gauche est une femelle, représentée la bouche fermée afin de ne pas laisser s’échapper le bonheur. Le premier ressemble davantage à un lion, tandis que le second se rapproche plus du chien.

 

La position de la bouche serait également une référence à la syllabe sanskrite « Om̐ », qui représente le son originel structurant l’univers dans plusieurs religions orientales - notamment le bouddhisme, l’hindouisme et le jainisme. La première statue formerait ainsi le son « a » avec sa bouche, tandis que la seconde formerait le son « um ». L’association des deux sons permettrait ainsi d’obtenir le son « Om̐ ».

 

Les Komainu remontent à l’époque Nara (710-784), période caractérisée notamment par le développement du bouddhisme dans l’archipel. Les premières statues apparues à cette époque sont appelées des Jinnai Komainu, ce qu’on peut traduire par « Komainu à l’intérieur ».

 

En effet, les Komainu étaient à l’origine faits en bois et placés à l’intérieur des bâtiments qu’ils gardaient. Les choses changèrent à partir de l’époque Heian (794-1185) : on se mit à substituer le métal au bois, afin de les préserver plus longtemps.

 

Au 14ème siècle, on commença à en placer à l’extérieur - et plus particulièrement sur les « sando », les chemins menant aux sanctuaires shinto et aux temples bouddhistes. Les statues en question prirent alors le nom de Sando Komainu, pour mieux les différencier des Jinnai Komainu.  C’est aussi à cette époque qu’on commença à les tailler directement dans la pierre.

 

Dans l’archipel d’Okinawa, à l’extrême sud-ouest du pays, les Komainu sont appelées Shīsā, ce qui signifie « chien de garde ». Ils ont une apparence plus extravagante que les Komainu, et comportent même quelques détails humoristiques. Ils jouent aussi un rôle légèrement différent, puisqu’ils protègent les habitants contre le mauvais sort. On les trouve notamment sur les toits des maisons traditionnelles, des palais et des lieux de pouvoir. Les plus grands sont généralement en pierre ou en béton, tandis que les plus petits sont faits en céramique ou en plâtre. Par ailleurs, à l’inverse des Komainu, ils font l’objet de nombreuses légendes et superstitions locales. En particulier, il existe depuis le 19ème siècle des talismans prenant la forme de Shisa qui sont supposés avoir le pouvoir de repousser les mauvais esprits. 

Dernière modification : 28/01/2023.