La superstition concernant le fait de croiser un Dalmatien ou autre chien tacheté

Un Dalmatien marchant vers une jeune fille dans un parc

Dans le folklore britannique et américain, croiser la route d'un Dalmatien ou d'un chien au pelage tacheté est traditionnellement considéré comme un présage de chance et de prospérité.


Cette croyance a vu le jour au 19ème siècle au Royaume-Uni, puis s’est diffusée aux États-Unis.

Le chien de coche vu comme symbole de richesse

Une photo en noir et blanc d'un Dalmatien courant à côté d'un attelage de chevaux au 19ème siècle

À l'époque victorienne (1837-1901), les Dalmatiens étaient principalement élevés pour servir comme chiens de coche. Leur rôle consistait ainsi à courir le long des essieux des calèches de la haute société pour ouvrir la voie et protéger les chevaux.


Par conséquent, il est probable que comme ils accompagnaient exclusivement des membres de la haute société, ils soient devenus des symboles de noblesse et de voyage sous de bons auspices.


On comprend donc mieux que ce chien à la robe tachetée ait été associé à la réussite financière et à la bonne fortune.

La valeur magique des taches dans le folklore

Le Dalmatien Lucky dans le dessin animé « Les 101 dalmatiens »
Lucky dans « Les 101 dalmatiens »

Au-delà du prestige social des Dalmatiens servant comme chiens de coche, la culture populaire britannique attribue aux animaux à pelage tacheté une charge magique bénéfique.


D’ailleurs, la superstition liée aux Dalmatiens s’appuie en réalité sur une croyance sans doute encore plus ancienne liée aux chevaux à robe pie, c’est-à-dire tachetée. Celle-ci est répertoriée dès le 19ème siècle par le folkloriste britannique William Henderson (1813-1891) dans ses Notes on the Folk-Lore of the Northern Counties of England, parues en 1879. Selon l’auteur, une tradition du nord de l’Angleterre voulait que croiser un animal au pelage tacheté offrait le privilège de faire un vœu qui se réaliserait à coup sûr.


Cette fascination s'explique sans doute par la symbolique même de la tache : des superstitions britanniques anciennes associaient les motifs ronds à des pièces de monnaie semées sur le corps de l'animal, transformant dès lors ce dernier en un présage direct de prospérité financière.


De la finesse des mouchetures du Setter Anglais aux motifs complexes de la robe merle du Berger Australien, la singularité des chiens arborant des taches était donc perçue comme la marque d’une bénédiction divine.


Le Dalmatien occupe toutefois une place à part. Alors que la plupart des autres pelages de ce type présentent des marbrures ou des mélanges de poils, celui du Dalmatien se distingue par des motifs noirs ou foie parfaitement délimités sur un fond d'un blanc pur. Ces taches sont d’ailleurs dites nummulaires : ce terme est dérivé du mot latin nummulus, qui désigne une petite pièce de monnaie.


Ainsi, le Dalmatien s'est imposé dans l'imaginaire populaire anglo-saxon comme le porte-bonheur canin par excellence, une sorte de trèfle à quatre feuilles ambulant. On trouve d’ailleurs un témoignage direct de cette croyance dans Les 101 Dalmatiens, le célèbre roman jeunesse de l'autrice britannique Dodie Smith (1896-1990) paru en 1956 et ayant inspiré le film éponyme de Walt Disney : un des chiots se nomme précisément Lucky (« Chanceux »), en référence directe à cette superstition.