Les expressions autour des chiens : 30 expressions avec le mot « chien »

Un chien blanc souriant et entouré de livres, dont l'un sur lequel il étend les pattes

Premiers animaux à avoir été domestiqués par les humains, les chiens vivent aux côtés de ces derniers depuis très longtemps et interagissent avec eux en toutes occasions.


Il n’est donc pas étonnant qu’ils soient présents dans diverses expressions, ces suites de mots que l’on doit employer en l’état et dont le sens est souvent figuré, c'est-à-dire imagé. Ces images reflètent à chaque fois un certain point de vue porté sur cet animal.


Voici une sélection de 30 expressions en français avec le mot « chien », précédée d’une réflexion sur le regard que la langue française porte à travers elles sur le meilleur ami de l’Homme.

Sommaire de l'article

  1. Page 1 : L’image du chien dans les expressions françaises
  2. Page 2 : Une vie de chien
  3. Page 3 : Chienne de vie
  4. Page 4 : Être malade comme un chien
  5. Page 5 : Mourir comme un chien / Crever comme un chien
  6. Page 6 : Un air de chien battu / Des yeux de chien battu
  7. Page 7 : Se regarder en chiens de faïence
  8. Page 8 : S’entendre comme chien et chat / Être comme chien et chat
  9. Page 9 : Traiter quelqu’un comme un chien / Parler à quelqu’un comme à un chien
  10. Page 10 : Un temps de chien / Un froid de chien
  11. Page 11 : Un mal de chien
  12. Page 12 : Avoir du chien
  13. Page 13 : La rubrique des chiens écrasés
  14. Page 14 : Comme un chien dans un jeu de quilles
  15. Page 15 : Être d’une humeur de chien
  16. Page 16 : Avoir un caractère de chien
  17. Page 17 : Être couché en chien de fusil / Dormir en chien de fusil
  18. Page 18 : Entre chien et loup
  19. Page 19 : Garder à quelqu’un un chien de sa chienne
  20. Page 20 : Nom d’un chien !
  21. Page 21 : Ce n’est pas (fait) pour les chiens !
  22. Page 22 : Merci qui ? Merci, mon chien
  23. Page 23 : En chien
  24. Page 24 : Avoir la chienne (Québec)
  25. Page 25 : Un coup de chien (Québec)
  26. Page 26 : Un chien de poche (Québec)
  27. Page 27 : Fourrer le chien / Fucker le chien (Québec)
  28. Page 28 : Son chien est mort (Québec)
  29. Page 29 : Un chien avec un chapeau (Belgique)
  30. Page 30 : Où le chien est mort (Burkina Faso & Côte d’Ivoire)
  31. Page 31 : Chien vert ! (Cameroun)

Une image le plus souvent négative

Les expressions françaises avec le mot « chien » sont très nombreuses, et force est de constater que la vaste majorité d’entre elles renvoient de cet animal une image négative ou l’associent à quelque chose de négatif. Le Dictionnaire de l’Académie française les classe dans différentes catégories, que l’on peut reprendre ici.

Le chien comme être inférieur

Un chien allongé en boule dans le caniveau d'une rue

Les chiens font l’objet d’un mépris évident dans nombre d’expressions encore couramment utilisées de nos jours. Certaines sont anciennes, antérieures au 19ème siècle. C’est le cas par exemple de « mourir comme un chien » (mourir seul et dans l’indifférence générale), de « traiter quelqu’un comme un chien » (traiter une personne de façon brusque et méprisante), ou encore de « ce n’est pas fait pour les chiens » (pour désigner une chose dont on doit se servir).


À partir du 19ème siècle, l’image des chiens s’améliore, car il devient de plus en plus courant d’en posséder simplement pour le plaisir de leur compagnie, plutôt que pour leur faire effectuer toutes sortes de tâches : la chasse, la protection des biens ou des personnes, la garde des troupeaux… Cela n’empêche pas l’apparition d’autres expressions les présentant comme inférieurs. C’est le cas notamment de « la rubrique des chiens écrasés » pour désigner les faits divers dans les journaux, ainsi que de « merci qui ? Merci mon chien » qu’on dit aux enfants pour les inciter à nommer la personne qu’ils remercient.


Cette image du chien comme un être inférieur n'est pas propre à la France : on la retrouve aussi dans certaines expressions spécifiques à d'autres pays francophones. C’est le cas notamment de « où le chien est mort », utilisé au Burkina Faso et en Côte d’ivoire pour désigner vaguement un endroit ou mentionner un lieu imaginaire, ou encore de l’expression québécoise péjorative « chien de poche » pour désigner une personne qui en suit une autre partout.


Dans une moindre mesure, cette idée de dédain est aussi présente en Belgique dans l’expression « un chien avec un chapeau », et au Québec dans « Le premier chien qui gratte à la porte ». L’une comme l’autre désignent de manière péjorative un individu quelconque et ne sont pas sans évoquer le désuet « le premier chien coiffé », qu’on utilisait jadis en France avec la même signification.

Le chien comme symbole de malheur

Un chien errant mal en point allongé dehors sur une bâche sale

Bon nombre d’expressions de la langue française associent les chiens au malheur sous toutes ses formes, notamment en s’inspirant des mauvais traitements qu’ils subissaient souvent par le passé – et d’ailleurs que certains subissent encore de nos jours.


C’est le cas par exemple du très parlant « une vie de chien », qui décrit une existence particulièrement pénible, difficile et désagréable. L’expression « un mal de chien » s’inscrit dans la même veine, évoquant une notion de pénibilité ou de souffrance physique (en fonction du verbe avec lequel elle est employée).


L’existence misérable des chiens transparaît aussi dans des expressions ayant un sens plus spécifique, comme « être malade comme un chien » (qui signifie être souffrant), « un temps de chien » (c’est-à-dire un temps tellement mauvais que seuls les chiens restent dehors) ou encore « en chien », utilisé en France pour décrire une personne délaissée ou en manque de quelque chose.


Les mauvais traitements subis par le meilleur ami d l’Homme sont même directement évoqués dans l’expression « un air de chien battu », qui sert à décrire un visage triste et attendrissant, souvent pris dans un but intéressé.


Le français du Québec n’est pas en reste : « son chien est mort », pour dire d’une personne que sa situation est sans espoir, illustre également cette association entre chien et malheur.

Le chien comme être insupportable, odieux

Un petit chien montrant les crocs

Tandis que certaines expressions de la langue française décrivent le chien comme un être inférieur et/ou misérable, d’autres le présentent carrément comme détestable. D’ailleurs, tant au masculin qu’au féminin, le mot lui-même a valeur d’insulte.


C’est le cas notamment dans l’expression « chienne de vie », qui sert à exprimer un ressentiment envers une existence injuste et cruelle.


Il est probable que la valeur d’insulte du mot ait également joué un rôle dans le choix du terme utilisé pour remplacer le mot « Dieu » dans le juron « nom de Dieu », et ainsi obtenir l’euphémisme « nom d’un chien ». Cette valeur d’injure a aussi certainement joué un rôle au Québec dans la construction de l’expression « avoir la chienne », qui désigne le fait d’avoir très peur.


Toujours au Québec, on retrouve aussi cette idée d’injure dans « un coup de chien », qui désigne une mauvaise action perfide menée contre quelqu’un. Elle est présente aussi dans l’expression camerounaise « chien vert », qui est une insulte en soi.


Paradoxalement, celui qu’on présente pourtant souvent comme le meilleur ami de l’Homme (et donc comme pacifique à son encontre) incarne aussi l’idée d’agressivité dans l’expression « être d’une humeur de chien », qui désigne le fait d’être de très mauvaise humeur et est assez ancienne, ainsi que dans « avoir un caractère de chien », qui est plus récente et correspond au fait d’avoir mauvais caractère.


De l’idée d’agressivité, on peut rapidement passer à celle de conflit. C’est cette notion qui est au cœur de « s’entendre comme chien et chat », utilisé pour qualifier les relations de deux personnes qui justement ne s’entendent pas du tout. On la retrouve aussi dans « se regarder en chiens de faïence », utilisée pour décrire deux personnes qui se défient du regard. Cela dit, c’est de figurines de chiens qu’il est question ici, et non directement d’animaux eux-mêmes.


Enfin, dans le même ordre d’idée, le meilleur ami de l’Homme incarne à la fois le tort subi et la vengeance dans « garder à quelqu’un un chien de sa chienne », qu’on utilise quand on envisage de prendre sa revanche suite à un préjudice.

Les quelques expressions neutres ou positives

Les expressions avec le mot « chien » qui ont une connotation négative sont légion, mais celles qui sont neutres voire positives sont en revanche assez rares. En outre, quand on étudie leur origine ou l’image qu’elles véhiculent, on se rend compte que certaines ne sont pas si innocentes qu’elles le paraissent.

Des expressions pas si neutres qu’elles en ont l’air

Un loup gris sur un rocher

Parmi les très rares expressions avec un chien que l’on peut qualifier de neutres, on peut citer notamment « être couché en chien de fusil », qui décrit une position du corps humain. Néanmoins, elle fait en réalité référence à la forme d’une pièce d’artillerie spécifique, plus qu’elle n’évoque réellement la gent canine.


Il en va autrement du très ancien « entre chien et loup », pour parler de la tombée de la nuit. Cette expression fort poétique repose sur les similitudes physiques entre le chien et l’animal sauvage qui en est le plus proche – et pour cause, puisqu’il s’agit de son ancêtre.


On peut aussi évoquer l’expression « en chien », du moins au Québec : elle y est en effet utilisée pour signifier « beaucoup, très », et est globalement neutre.

« Avoir du chien », une expression positive… du moins en apparence

Un Caniche posant lors d’uns exposition canine

La seule expression avec le mot « chien » qui semble franchement positive est « avoir du chien », utilisée pour indiquer qu’une personne (généralement une femme) a du charme – un charme « racé », précise même le Dictionnaire historique de la langue française du lexicographe français Alain Rey (1928-2020).


Cependant, cette expression qui remonte sans doute au 19ème siècle s’appuie en réalité sur une image pas si neutre. En effet, elle dérive sans doute de l’adjectif « chienne », utilisé à titre d’insulte depuis l’ancien français mais dont le sens s’est légèrement adouci au 18ème siècle pour devenir synonyme de « coquine » ou de « canaille ».

Les origines du désamour pour les chiens dans la langue française

La mauvaise image des chiens que renvoient nombre d’expressions de la langue française s’explique principalement par deux facteurs :

  • la Bible, qui en donne une image négative et a pendant des siècles fortement influencé les esprits ;
  • le traitement dont ils faisaient l’objet avant d’acquérir le statut d’animaux de compagnie.

L’image des chiens dans la Bible

Une représentation de Lazare mendiant et entouré de chiens, avec en arrière-plan des hommes riches qui l'ignorent
Lazare mendiant et entouré de chiens

Pour comprendre la mauvaise image que nombre d’expressions françaises renvoient des chiens, il faut sans doute remonter à la Bible.


En effet, les représentants de la gent canine qui y sont évoqués sont le plus souvent errants, et plusieurs passages les associent à des comportements voraces et violents. C’est le cas par exemple dans le Premier Livre des Rois : « Tu lui diras : Ainsi parle l’Éternel : N'es-tu pas un assassin et un voleur ? Et tu lui diras : Ainsi parle l'Éternel : Au lieu même où les chiens ont léché le sang de Naboth, les chiens lécheront aussi ton propre sang » (21:19).


Le chien y est aussi parfois associé à l’immoralité sexuelle. C’est le cas notamment dans le Deutéronome : « Tu n’apporteras pas à la maison de Yahvé ton Dieu ni le salaire d’une prostituée, ni le paiement d’un chien, quel que soit le vœu que tu aies fait » (23:19). Un autre exemple est fourni par le Livre de l’Apocalypse : « Dehors les chiens, les sorciers, ceux qui vivent dans l’immoralité sexuelle, les meurtriers, les idolâtres et tous ceux qui aiment et pratiquent le mensonge ! » (22:15)


Enfin, il est également associé à la malpropreté, par exemple dans le Livre des Proverbes : « Comme un chien qui retourne à ce qu'il a vomi, Ainsi est un insensé qui revient à sa folie » (26:11).


S’appuyant sur ces sources, les autorités religieuses du Moyen Âge présentent le chien comme un symbole du vice et de l’impureté, voire comme un représentant du Diable, des païens et des hérétiques. Compte tenu de la grande influence que la religion exerce alors sur les esprits, cela contribue grandement à ce que cet animal suscite globalement dégoût et mépris – même si, paradoxalement, il devient peu à peu aussi un symbole de fidélité.


Cette mauvaise image explique sans doute en grande partie pourquoi les mots « chien » et « chienne » deviennent des insultes dès l’ancien français (plus précisément dès 1195 à 1200, d’après le Dictionnaire historique de la langue française), et pourquoi nombre d’expressions véhiculent une image si négative de cette espèce.

Article détaillé : Le chien dans le christianisme

Le rôle purement utilitaire des chiens jusqu’au 19ème siècle

Une illustration d'un livre du 14e siècle représentant des chasseurs à cheval accompagnés de leurs chiens

Au-delà des aspects religieux, l’image du chien dans la langue française doit aussi être comprise à l’aune de la place tenue par cet animal auprès des humains au fil des siècles. En effet, ce n’est que depuis récemment (plus précisément le 19ème siècle) que les représentants de la gent canine sont couramment considérés comme simplement des animaux de compagnie.


Avant cela, ils étaient essentiellement perçus comme purement utilitaires, au même titre que par exemple des chevaux de trait. On leur confiait ainsi différentes fonctions à remplir au service des humains : chasser, protéger des troupeaux, sécuriser des biens ou des personnes…


Ils ne bénéficiaient donc généralement que de très peu de soins et d’attention. En outre, quand ils étaient malades ou trop vieux pour effectuer la fonction à laquelle ils étaient destinés, il était fréquent qu’on les délaisse et qu’ils meurent dans l’indifférence.


Les choses ont bien changé de nos jours, a fortiori dans les pays riches. Désormais, la plupart des chiens y vivent dans des foyers aimants, où ils sont choyés et dorlotés – voire considérés comme un membre à part entière de la famille. En outre, la maltraitance sous toutes ses formes choque beaucoup plus qu’auparavant, et la question du bien-être animal s’est frayée une place dans le débat public.


Malgré tout, et même si cela peut paraître paradoxal, nombre d’expressions péjoratives impliquant un ou des chiens continuent d’être couramment employées de nos jours, et la langue française continue d’associer le plus souvent cet animal à des choses négatives.

Un constat qui n’est pas propre à la langue française

Un chien posant ses pattes avant sur un mur avec Big Ben en arrière-plan

Le fait que l’immense majorité des expressions où il est question de chiens renvoient de cet animal une mauvaise image n’est pas une spécificité de la langue française. En effet, les facteurs explicatifs (son image dans la Bible et le fait que pendant des siècles il était considéré essentiellement de manière utilitariste) s’appliquent en réalité à l’ensemble du monde occidental. Par conséquent, il n’est pas surprenant de faire le même constat quand on analyse les autres langues européennes.


D’ailleurs, même si chacune d’entre elles a son lot d’expressions bien spécifiques, certaines expressions sont présentes dans plusieurs langues à la fois. C’est le cas par exemple de « mourir comme un chien », qu’on retrouve notamment en anglais (« to die like a dog »), en espagnol (« morir como un perro »), en italien (« morire come un cane »)… Il en va de même pour « une vie de chien », présente aussi entre autres en anglais (« a dog’s life »), en allemand (« Hundeleben »), en italien (« une vita de cani ») et en portugais (« uma vida de cão »).


Certains auteurs s’offusquent d’ailleurs de la mauvaise image que leur langue renvoie du meilleur ami de l’Homme. C’est le cas notamment du Britannique James Herber (1943-2013) : dans son roman Fluke (1977), il donne la parole à un chien (ou plus précisément à un humain réincarné en chien) qui présente son point de vue sur toutes sortes d’expressions négatives de la langue anglaise. Son texte permet aussi de mesurer à quel point nombre d’expressions françaises avec le mot « chien » existent aussi en anglais :


« Vie de chien, comme un chien enragé, malade comme un chien, se battre comme des chiens, temps de chien, caractère de chien, un chien dans un jeu de quilles, métier de chien, coup de chien, traiter comme un chien, mourir comme un chien – pourquoi tant abuser de notre nom ?


Dirait-on une vie de hérisson, ou un caractère de lapin, ou une grenouille dans un jeu de quilles ? Les hommes utilisent, c'est vrai, certains noms d'animaux pour décrire un type particulier de personne : ils disent « paresseux comme un loir » ou « sale comme un cochon » ou « bête comme une oie », mais ce ne sont que des descriptions individuelles, qui ne s'étendent pas à toute une espèce.


Seul le chien fait l'objet d'un tel abus.


Certains noms d'espèces servent également à complimenter : fier comme un coq (faux), brave comme un lion (absolument faux), sage comme un hibou (c'est une plaisanterie ?).


Mais enfin, quels compliments réserve-t-on au chien ? L'homme nous aime pourtant, il nous considère comme son meilleur ami. Nous le gardons, nous le guidons, nous savons chasser avec lui, et jouer avec lui. Il fait courir certains des nôtres, il nous fait travailler, et nous lui gagnons des médailles. Nous lui donnons loyauté et confiance, et amour – le moins estimable d'entre les hommes n'est-il pas adoré de son chien ?


Alors, pourquoi user de notre nom de manière aussi désobligeante ? Pourquoi ne peut-on être « libre comme un chien », ou « fier comme un chien », ou « rusé comme un chien » ? Une vie malheureuse, est-ce forcément une vie de chien ? Et pourquoi ne pas mettre dehors même un chien par une nuit glaciale ? De quoi sommes-nous coupables pour encourir tant de blâmes de sa part ? De sembler toujours tomber d'un malheur dans l'autre ? D'avoir l'air idiot ? D'être enclins aux excès d'enthousiasme ? D'être ardents au combat et poltrons quand la main du maître se lève sur nous ? D'avoir des habitudes malpropres ? Serions-nous coupables d'aimer l'homme plus qu'aucune autre créature vivante ? Et s'il reconnaissait dans nos infortunes une ressemblance avec les siennes, dans notre personnalité un reflet sommaire de la sienne ? Offre-t-il aux chiens sa pitié, son amour et sa haine parce qu'il voit en nous sa propre humanité ? Est-ce pour cette raison qu'il insulte notre nom ? N'est-ce qu'une façon de s'insulter soi-même ? »

Page 1 :
L’image du chien dans les expressions françaises
Auteur : Muriel L. - Dernière modification : 10/05/2026

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