
« Une vie de chien », c’est une vie difficile, pénible, désagréable.
Le syntagme (c'est-à-dire la combinaison de mots) « de chien » est attesté dans la langue française dès le 16ème siècle. En effet, d’après le Dictionnaire historique de la langue française du lexicographe français Alain Rey (1928-2020), il est employé pour la première fois à l’écrit en 1552 par l’écrivain François Rabelais (qui naît vers 1490 et meurt en 1553) dans son roman Le Quart Livre. Il porte en lui une idée de pénibilité, de difficulté, sans doute liée aux mauvais traitements souvent subis alors par cet animal ainsi qu’à sa servitude à l’égard de l’Homme.
Il faut dire que dans l’Europe de l’époque, et jusqu’au 19ème siècle environ, les chiens ne tiennent qu’exceptionnellement le rôle d’animaux de compagnie qu’on leur connaît aujourd’hui. Dans l’immense majorité des cas, leur intérêt aux yeux des humains se limite au fait qu’ils peuvent se rendre utiles pour différentes tâches - essentiellement la chasse, la protection des troupeaux ainsi que la garde des biens et des personnes.
En ce qui concerne plus spécifiquement l’expression « une vie de chien », elle est recensée dès 1690 dans le Dictionnaire universel du lexicographe français Antoine Furetière (1619-1688), un des tout premiers dictionnaires de langue française. On la retrouve également en 1694 dans la première édition de celui conçu par l’Académie française.
Présente également dans la langue anglaise (exactement sous la même forme), elle est mise à l’honneur en 1918 par le court-métrage intitulé Une vie de chien (A Dog’s Life, en version originale), du célèbre acteur et réalisateur américain Charlie Chaplin (1889-1977). Charlot y est représenté en train de vagabonder et traîner sa misère habituelle, mais est accompagné cette fois-ci d’un petit chien errant.
On peut aussi méditer sur cette citation de l’écrivain français Henri Fauconnier (1879-1973), parue en 1930 dans le roman Malaisie : « Combien de gens mènent une vie de chien qui nous paraîtraient plus estimables s’ils devenaient enragés ». Une vie de chien, donc, est une vie peu estimable…
Paradoxalement, l’expression continue d’être employée de nos jours, alors même que dans le monde occidental, la plupart des chiens vivent au cœur d’un foyer aimant, où ils sont choyés et dorlotés. C’est sans doute parce que les souffrances de ceux qui n’ont pas cette chance (c’est-à-dire qui sont maltraités ou errants) continuent de toucher, et même plus encore qu’autrefois : les questions de bien-être animal occupent une place beaucoup plus grande dans le débat public, et la maltraitance sous toutes ses formes choque beaucoup plus l’opinion publique.






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