
« chien vert » est une injure employée au Cameroun, dont un bon équivalent serait sans doute « sale bâtard ».
Comme beaucoup d’insultes, elle ne veut pas dire grand-chose.
Toutefois, on peut souligner que le meilleur ami de l’Homme a plutôt mauvaise réputation dans les deux principales religions pratiquées au Cameroun. Ainsi, alors qu’environ 20 % des Camerounais sont musulmans, la majorité des théologiens de l’Islam le considèrent comme un animal impur. Cela dit, l’image du chien dans la Bible (environ 70 % de la population du pays est chrétienne) n’est pas vraiment meilleure : il y est le plus souvent associé à des comportements voraces et violents, ainsi qu’à une sexualité débridée.
D’ailleurs, déjà en ancien français, le mot « chien » a un sens fortement péjoratif quand il est appliqué à une personne : d’après le Dictionnaire historique de la langue française du lexicographe français Alain Rey (1928-2020), il serait devenu une insulte à part entière dès la toute fin du 12ème siècle.
Quant à la couleur verte, son symbolisme est assez ambivalent, que ce soit au Cameroun ou dans bien d’autres pays. D’un côté, étant celle de la végétation, elle évoque la vie, ce qui est évidemment quelque chose de positif. De l’autre, elle est aussi associée à la mort et à la maladie, du fait qu’elle est celle que peut prendre le teint des personnes malades, des cadavres ou encore le pus.
Son association avec le mot « chien » dans l’injure camerounaise « chien vert » demeure mystérieuse. Quoi qu’il en soit, c’est sans doute son côté saugrenu qui explique qu’elle est populaire – en tout cas dans ce pays.
Cela dit, elle existe aussi en France, mais dans des contextes particuliers et sans qu’un lien ne puisse être établi avec l’injure camerounaise. Elle figure d’ailleurs dès 1881 dans le Dictionnaire du jargon parisien : L’Argot ancien et l'argot moderne de Lucien Rigaud, qui la définit comme un « terme d’amitié à l’adresse de filles entretenues, Mon petit chien vert. » D’après plusieurs dictionnaires en ligne (notamment Wiktionnaire.com et LaLanguefrançaise.com), elle désigne aussi dans l’argot militaire un officier.