
En français du Québec, « un chien de poche » est une personne qui en suit une autre partout.
Au sens premier, c’est aussi un chien trop petit pour marcher longtemps aux côtés de son maître et qu’on doit donc promener dans ses bras, dans un sac, dans une poussette ou tout autre véhicule. Bien que mignonne à première vue, cette expression a une valeur péjorative : c’est un moyen dédaigneux de désigner ces petits chiens, manquant d’indépendance et supposément toujours collés à leur maître.
Par extension, elle est utilisée pour désigner une personne qui en suit une autre partout, qui est collante, envahissante, voire un peu « lèche-botte ».
Contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord, elle n’est pas si récente. Elle est d’ailleurs apparue bien avant que les très petits chiens ne soient à la mode, puisqu’elle est évoquée dès 1909 dans ce que l’on considère comme le premier vrai dictionnaire de lexicographie québécoise : Le Parler populaire des Canadiens français, du journaliste et linguiste québécois Narcisse-Eutrope Dionne (1848-1917).
Il faut avoir en tête qu’avant le 19ème siècle, les chiens étaient presque toujours considérés comme des assistants exerçant différentes tâches au service des humains : la chasse, la protection des troupeaux, la garde des biens et des personnes... Cependant, les quelques spécimens qui échappaient à cette règle, c'est-à-dire qui étaient déjà considérés comme de simples compagnons domestiques (une particularité qui était l’apanage des milieux aisés), étaient presque tous des petits chiens – par exemple des Cavalier King Charles Spaniel ou des Carlins. Ce sont ces petits animaux de compagnie, pas très endurants et qu’il faut parfois porter, qui sont visés par cette expression moqueuse.
Quoi qu’il en soit, Dionne explique donc en 1909 que l’expression « chien de poche » sert à décrire un « enfant qui s'attache à ses parents et les suit partout, comme le chien qui suit son maître sans jamais se lasser ».
Il semble donc qu’à l’origine elle ait été spécifiquement utilisée pour évoquer une relation entre un enfant et ses parents. Par ailleurs, Dionne ne précise pas qu’elle a une dimension négative : il se peut donc que le glissement péjoratif se soit lentement opéré au fil du temps.
En ce sens, cette expression reflète bien l’ambivalence de l’image du chien dans l’imaginaire collectif. D’un côté, il représente la fidélité (comme en atteste manifestement le sens de l’expression au début du 20ème siècle), qui est évidemment une valeur positive. Mais de la fidélité, on peut vite passer à la servitude, ce que reflète le glissement sémantique dont l’expression semble avoir fait l’objet au fil du temps, pour prendre le sens péjoratif qu’elle a aujourd’hui.
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