« Être d’une humeur de chien » : signification, origine...

Un chien en colère et montrant les dents

« Être d’une humeur de chien », c’est être de très mauvaise humeur.


L’usage de cette expression remonte au moins au 18ème siècle. Le dictionnaire d’argot en ligne Bob recense une première occurrence connue à l’écrit dans une lettre datée de 1740 tirée de la correspondance de la femme de lettres française Françoise de Graffigny, dite madame de Graffigny (1695-1758).


L’expression elle-même, mais aussi le fait qu’elle soit toujours couramment employée, ont de quoi surprendre. En effet, quand on pense au meilleur ami de l’Homme, on imagine plutôt une petite – ou grosse – boule de poil bien moins encline à se montrer grincheuse qu’à manifester sa bonne humeur en remuant frénétiquement la queue, qui plus est pour des petits plaisirs qui auraient plutôt tendance à laisser les humains blasés (par exemple accueillir un membre du foyer qui rentre du travail, aller faire une promenade, ou même juste manger).


Pour mieux comprendre, il faut se tourner vers les dictionnaires.


Jugée familière, l’expression n’y fait son apparition qu’au 19ème siècle. On la trouve ainsi dans le célèbre Dictionnaire de la langue française publié en 1863 par le lexicographe français Émile Littré (1801-1881), au côté de l’expression synonyme « humeur de dogue ».


Quant au Dictionnaire de l’Académie française, qui existe depuis 1694, il ne la recense pas avant son édition de 2024, mais mentionne en revanche l’expression « être d’une humeur de dogue » dès celle de 1835.


Moins utilisé de nos jours, « être d’une humeur de dogue » semble être apparu à l’écrit vers la même époque qu’« être d’une humeur de chien » : le dictionnaire de l’argot en ligne Bob indique ainsi que sa première occurrence connue remonte à 1791, en l’occurrence dans le journal Révolutions de Paris, dédiées à la Nation.


Nombre de dogues sont aujourd’hui adoptés comme simples compagnons domestiques. Toutefois, jusqu’au 19ème siècle, ils étaient comme leurs congénères destinés avant tout à remplir certaines fonctions. En l’occurrence, ces chiens de types molossoïdes, grands, musclés et munis d’une mâchoire extrêmement puissante, étaient du fait de ces particularités morphologiques destinés à la garde ou au combat – par exemple comme chiens de guerre.


Dans l’imaginaire collectif, les dogues étaient donc loin d’être de sympathiques et innocentes petites boules de poils remuant joyeusement la queue. Ce sont sans doute les chiens de ce type, ou en tout cas ceux utilisés pour la garde ou le combat, qui ont inspiré l’expression « être d’une humeur de chien ».


Dans son roman Bel-Ami (1885), l’écrivain français Guy de Maupassant (1850-1893) s’amuse à l’amplifier en lui accolant l’adjectif « enragé » : « Il était d’une humeur de chien enragé et se promettait bien de faire nette de suite la situation ».

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