Chien soldat : l'usage des chiens de guerre

Berger Allemand assis à coté de son maître soldat

Dans le cadre de sa domestication par l'Homme, le chien est amené depuis des siècles à exercer bien des métiers : chasseur, gardien, secouriste, auxiliaire de vie… mais aussi par exemple soldat.


En effet, que ce soit notamment pour attaquer des positions ennemies, chercher des blessés, repérer des intrus ou encore transporter au front des messages et des munitions, il a su au fil du temps se rendre utile aux armées dans toutes sortes de guerres et de conflits, quitte parfois à se retrouver directement impliqué dans quelques-uns des épisodes les plus sombres de l’histoire de l’humanité...

Les chiens de guerre dans l’Antiquité : entre mythe et réalité

Une peinture du roi Cambyse au siège de Péluse, par Paul-Marie Lenoir
Le roi Cambyse au siège de Péluse

Vers l’an 600 avant J.-C., Alyatte II (vers 640 avant J.-C. – vers 560 avant J.-C.), roi de Lydie (un ancien pays d’Asie Mineure, situé dans l’actuelle Turquie) voit ses terres envahies par les armées cimmériennes. Pour aider ses troupes à repousser l’ennemi, il a l’idée d’envoyer des chiens au front. Il espère profiter de la pagaille alors semée par ces animaux au sein des troupes adverses pour mieux les écraser avec son infanterie.


Cette bataille est racontée quatre siècles plus tard par l’orateur et écrivain militaire grec Polyen. Si ce témoignage tardif est avéré, on aurait là l’utilisation de chiens dans le cadre d’un conflit armé la plus ancienne jamais documentée. La fiabilité des sources constitue toutefois un problème majeur quand il s’agit d’en savoir plus sur la participation de la gent canine aux efforts militaires de l’Ancien Monde.


En tout cas, toujours selon Polyen, quelques décennies après cet événement, c’est au tour de Cambyse II (mort en 525 avant J.-C.), grand roi achéménide de l’Empire perse, de compter sur des animaux pour l’aider à vaincre les Égyptiens lors de la bataille de Péluse, qui se déroule en 525 avant J.-C. Il y déploie non seulement des chiens, mais aussi des chats. L’auteur explique que cette fois-ci, l’objectif est dissuasif :  les Égyptiens peuvent attaquer de loin les positions perses avec leurs projectiles mais rechignent à le faire, pour ne pas tuer ces animaux qu’ils considèrent comme sacrés. 


Il convient toutefois de souligner que dans un cas comme dans l’autre, aucune source de l’époque ne permet d’étayer la véracité de ces faits, qui ne sont rapportés que bien plus tard. De manière générale, l’utilisation de chiens de guerre pendant l’Antiquité reste mal documentée.


Par exemple, on sait qu’en 480 avant J.-C., le grand roi de Perse Xerxès 1er (vers 519 avant J.-C. - 465 avant J.-C.) emmène avec lui des meutes de Caravan Hounds pour envahir la Grèce, mais on ne dispose pas de la moindre trace écrite concernant l’utilisation concrète qu’il en fait pendant la guerre.


Comme l’explique l’historien britannique Gervase Phillips, spécialiste des conflits humains, dans un article intitulé « The Employment of War Dogs in the Medieval and Early Modern West » et publié en 2021 dans la revue scientifique British Journal for Military History, il faut prendre avec des pincettes les sources écrites évoquant l’emploi de chiens à la guerre dans les temps reculés. D’après ses recherches, la majorité des récits identifiés par les spécialistes relèvent « du mythe, de la rumeur formulée à une époque ultérieure aux faits et de l’invention fantaisiste ».


Pour autant, il serait erroné d’en déduire qu’en réalité cet animal n’est pas du tout utilisé par les armées de l’Ancien Monde. Les chiens ne sont sans doute pas souvent présents au cœur de la bataille, mais il est avéré qu’à cette époque lointaine ils servent déjà de manière sporadique à monter la garde ou à traquer des ennemis.

« Chien de guerre » ou « chien à la guerre » ?

Une gravure représentant un soldat romain tenant en laisse un molosse
Un soldat romain tenant un molosse

Dans un article intitulé « Dogs of War, or Dogs in War? The Use of Dogs in Classical Greek Warfare » et publié en 2020 dans la revue académique Greece & Rome, l'historien britannique Owen Rees fait une distinction importante entre « un chien de guerre », à savoir un chien préparé spécifiquement pour le champ de bataille, et « un chien à la guerre », c’est-à-dire un chien employé au combat ou pour soutenir l’effort de guerre, mais qui n’a pas été formé dans ce but. Ses recherches l’amènent en effet à penser qu’aucun chien n’est formé pour la guerre durant l’Antiquité, et qu’aucune race n’est créée à l’époque dans ce but - contrairement à certaines idées reçues.


Selon Gervase Philips, il faut attendre le 19ème siècle pour que des chiens soient spécifiquement formés à la guerre, mais depuis bien plus longtemps certains sont utilisés par diverses armées pour des tâches militaires ou « quasi militaires » : par exemple des missions de garde dans des bâtiments militaires, sur des ports et même parfois dans les rues.


Des témoignages montrent par exemple qu’au milieu du 15ème siècle, en Bretagne (ouest de la France), les autorités élèvent de grands chiens puis leur font arpenter librement les rues le soir venu : ils les utilisent ainsi en lieu et place de sentinelles humains pour dissuader les gens d’arpenter les villes la nuit, sachant que celles-ci sont alors plongées dans le noir. Leur formation n’est pas vraiment documentée, mais on sait qu’ils sont formés pour réagir au son du cor au petit matin : celui-ci leur indique qu’il est l’heure de rentrer. Cette pratique perdure au cours des siècles suivants. Toutefois, ces chiens représentent un tel danger pour les populations qu’on finit par mettre fin à cette pratiqu en 1770, lorsqu’un officier naval français est tué. 


Certains documents suggèrent également que l’armée anglaise emploie vers la même époque des chiens de garde dans ses campagnes militaires. Ainsi, des rapports d’espionnage laissent penser que des Mastiffs sont déployés en Irlande en 1598 pour garder des bâtiments militaires lors de la guerre de Neuf Ans. L’emploi de sentinelles canines pour défendre les fortifications britanniques durant l’occupation de Tanger (au Maroc) de 1662 à 1684 est quant à lui avéré. 


Mais même en ces temps reculés, les chiens n’ont pas toujours un rôle défensif à la guerre. Selon The True Chronicles of Jean le Bel (paru vers 1360) et The Actes and Life of the Most Victorious Conqueror Robert Bruce King of Scotland (publié en 1376), deux sources considérées comme fiables par les historiens, les Anglais en déploient également contre les Scots en Écosse vers 1306-1307, afin de traquer dans les forêts le roi d’Écosse Robert 1er (1274-1329) et ses troupes durant la première guerre d’indépendance de l’Écosse (1296-1328). Ils ont aussi fréquemment recours à eux au cours des siècles suivants pour mater les diverses rébellions écossaises.


Peu à peu, cette pratique s’exporte dans le reste du monde occidental. Elle est notamment reprise à partir de la fin du 15ème siècle dans le contexte de la conquête de l’Amérique et des guerres coloniales qui s’ensuivent, notamment pour faciliter l’asservissement des populations conquises.

Le rôle des chiens de guerre dans la colonisation de l’Amérique

Une gravure représentant des soldats espagnols et leurs chiens attaquant des Indiens d'Amérique
Des Espagnols et leurs chiens attaquant des Indiens

Nombreux sont les témoignages évoquant l’utilisation de chiens de guerre par les Espagnols dans le contexte de la colonisation de l’Amérique. Dans Brevísima relación de la destrucción de las Indias (« Très bref rapport sur la destruction des Indes », en français), le moine dominicain espagnol Bartolomé de Las Casas (1484-1566) décrit avec précision l’utilisation de chiens par son peuple contre les populations locales, principalement afin de les éliminer : « les Espagnols ont dressé leurs chiens féroces pour attaquer, tuer et mettre en pièce les Indiens […] L’appétit des chiens pour la chair humaine est maintenu ».


Il est difficile toutefois de se prononcer sur la véracité et la fréquence des exactions que les conquistadors auraient commises. À l’instar de la plupart des auteurs s’exprimant sur la question, Las Casas est un anticolonialiste passionné qui n’hésite pas à exagérer - voire imaginer de toutes pièces - les faits pour défendre sa cause. Comme le note Gervase Philips dans son article intitulé « The Employment of War Dogs in the Medieval and Early Modern West » et paru en 2021 dans le British Journal for Military History, « vérifier l’hypothèse courante affirmant que des chiens étaient fréquemment et délibérément utilisés contre des êtres humains durant les conquêtes espagnoles est […] difficile. » Il invite à la plus grande prudence, évoquant par exemple le travail d’archéologues ayant examiné les squelettes des victimes du massacre de Coosa, perpétré par les soldats espagnols en 1540 dans l’équivalent actuel de la Géorgie (États-Unis) : ils n’ont pas trouvé la moindre trace de blessure qui aurait été infligée par les énormes molosses qu’on présente pourtant comme employés fréquemment dans ces campagnes militaires. 


L’usage de chiens par les Espagnols durant la colonisation de l’Amérique reste néanmoins avéré, mais ils semblent surtout cantonnés aux mêmes rôles que dans les campagnes militaires européennes : traquer l'ennemi et garder des bâtiments militaires. Ils font aussi office de nourriture de secours pour les soldats dans les situations les plus désespérées - au même titre que les chevaux.


Les Espagnols ne sont d’ailleurs pas les seuls à employer des chiens en renforts de leurs troupes en Amérique du Nord. Les Anglais et les Français font de même lors de leur arrivée sur le continent, en les utilisant là encore principalement comme sentinelles et gardiens. Selon certains témoignages de l’époque, les autochtones sont d’ailleurs particulièrement impressionnés par les Mastiffs des Anglais, au point de s’enfuir lorsqu’ils en voient qui ne sont pas attachés. 


Les forces françaises trouvent aussi un nouvel usage aux chiens qui les accompagnent dans leurs campagnes : tirer les traîneaux remplis de provisions – particulièrement en hiver, quand les conditions météorologiques sont rudes. 

Un traqueur dans les conflits en Amérique du Nord avant l'indépendance des États-Unis

Une gravure d'un Chien de Saint-Hubert
Un Chien de Saint-Hubert

Après le massacre de la colonie de Virginie perpétré par les guerriers Powhatan en 1622, les Anglais commencent à employer des Chiens de Saint-Hubert pour partir à leur recherche, ainsi que leurs fameux Mastiffs pour les capturer.


Jusqu’à la proclamation de l’indépendance des États-Unis en 1776, ces animaux sont aussi déployés comme sentinelles le long de certaines frontières. C’est le cas notamment au nord, où ils sont mobilisés contre les Abénaquis (un peuple autochtone traditionnellement allié aux Français contre les Britanniques dans la dispute de ces territoires) ainsi que dans la guerre de la Conquête (1754-1760), qui se solde par la victoire de l’Empire britannique face à la France et ses alliés autochtones. En effet, les sentinelles canines sont alors couplées à la cavalerie légère : les premiers détectent les troupes ennemies dissimulées, tandis que la seconde les élimine. 


Après la victoire des Britanniques, l’utilisation des chiens de guerre sur la frontière nord ne présente plus d’intérêt. En effet, les rares conflits s’y déroulant n’impliquent plus des conscrits mais des soldats de carrière, pour qui ces animaux ne représentent guère un intérêt tactique. Ceux-ci considèrent en effet que les chiens font des traqueurs efficaces, mais que leurs aboiements sont trop préjudiciables, dans la mesure où ils empêchent généralement de profiter d’un quelconque effet de surprise.

Un instrument de terreur chez les régimes esclavagistes

Des Dogues de Cuba en train de s'en prendre à des esclaves aux États-Unis
Des Dogues de Cuba s'en prenant à des esclaves

Jusqu’au milieu du 19ème siècle, des chiens sont utilisés par les régimes esclavagistes pour mater diverses rébellions et asservir les populations locales.


C’est par exemple le cas dans la Jamaïque sous occupation britannique de la seconde moitié du 17ème siècle : des représentants de la gent canine sont employés notamment lors de la révolte des esclaves en 1795-1796 pour traquer les insurgés s’étant enfuis afin de fonder des communautés libres dans les montagnes de l’île.


À la même époque, les Espagnols en font de même à Cuba et vont même jusqu’à créer un molosse puissant et massif, le Dogue de Cuba, qu’ils utilisent comme chien de rapport pour capturer et parfois même éliminer les esclaves en fuite. 


Baptisés « Chasseurs del Rey », ces chiens dont le dressage est particulièrement brutal (ils sont régulièrement battus par leurs dresseurs pour les rendre plus obéissants) sont ensuite déployés sur d’autres théâtres militaires similaires.


C’est le cas notamment à Haïti, lorsqu’en la France veut mettre fin à l’insurrection des esclaves en lançant l’expédition de Saint-Domingue (1801-1803). Pour ce faire, Donatien-Marie-Joseph de Vimeur (1755-1813), vicomte de Rochambeau, qui prend les commandes des forces françaises à la suite de Charles Victoire Emmanuel Leclerc (1772-1802), déploie en 1803 une centaine de chiens achetés par son prédécesseur, qu’il décrit à tort comme des bouledogues. Il interdit qu’on leur donne à manger, déclarant qu’ils doivent se nourrir de la chair des rebelles qu’ils débusquent. Il fait même la démonstration de leur brutalité sur une estrade en mars 1803, lâchant plusieurs d’entre eux sur l’esclave d’un général français afin qu’ils le tuent et le dévorent. L’efficacité des Dogue de Cuba sur le terrain est cependant moindre. En effet, malgré leur physique impressionnant, ils n’ont pas vraiment l’effet escompté sur le moral des rebelles.


Les Britanniques achètent eux aussi des Dogues de Cuba pour les déployer en Jamaïque, mais certains militaires assujettis à a la couronne se défendent d’en faire un usage aussi drastique. Par exemple, le capitaine Marcus Rainsford (1750-1817) souligne qu’il n’utilise des Dogues de Cuba que pour traquer les esclaves rebelles, et non pour les tuer. 


Les Américains emploient également des Dogues de Cuba et d’autres limiers comme rapporteurs d’esclaves ; là encore, leur usage prend parfois une tournure quasi militaire. C’est le cas par exemple lorsque 33 chiens importés de Cuba sont déployés en Floride durant la Seconde Guerre séminole (1835-1842), qui oppose les troupes fédérales à une alliance de peuples autochtones et des séminoles noirs (c’est-à-dire des descendants d’esclaves échappés qui se sont mêlés aux populations indigènes). Toutefois, le commandement américain, représenté par le général Zachary Taylor (1784-1850) et le secrétaire d’État pour la guerre Joel R. Poinsett (1779-1851), stipule que ces chiens ne sont utilisés que pour « traquer et trouver les Indiens, non pour les inquiéter ou les détruire ». Ces dires sont néanmoins difficilement vérifiables. En tout état de cause, ces chiens peinent à accomplir leur tâche, tant leur odorat est perturbé dans les marécages.


Durant la guerre de Sécession (1861-1865), les troupes confédérées utilisent des chiens pour garder les camps de prisonniers de guerre et traquer les fugitifs en cas d’évasion. Toutefois, les captures sont brutales et ces derniers sont parfois mutilés – voire tués - par ces animaux. L’Amérique s’émeut lorsqu’en 1865 ces faits deviennent connus du grand public lors du procès pour crimes de guerre d’Henry Wirz (1823-1865), directeur du camp d’Andersonville (plus connu sous le nom de camp Sumter). En effet, les victimes ne sont pas cette fois des esclaves en fuite, mais des blancs. 

Une lente professionnalisation

Un dessin de la prise de Marovoay, Madagascar, par les Français, 1895
La prise de Marovoay (Madagascar) en 1895

La mécanisation des conflits à partir de la guerre franco-allemande de 1870 fait évoluer le rôle des chiens de guerre, du moins en Europe. Leur formation se professionnalise tandis que le champ de bataille s’élargit et que les troupes s’affrontent sur des distances plus élevées. Ils deviennent des soutiens logistiques fort utiles pour retrouver les blessés et ravitailler les troupes en munitions.


Le changement prend cependant du temps. Dans les conflits les plus éloignés du Vieux Continent, qui revêtent en général un caractère racial et colonial, la majorité des chiens déployés ne sont pas des « professionnels », mais des spécimens qu’on prépare sporadiquement à la traque et à la capture des ennemis. C’est le cas par exemple lors de la deuxième expédition militaire française à Madagascar en 1894-1895, qui conduit à la colonisation de l’île, ou encore durant la seconde guerre des Boers (1899-1902) en Afrique du Sud.

Le chien, un allié indispensable pendant la Première Guerre mondiale

Une photo de 1914 montrant deux chiens tirant un chariot avec une mitrailleuse pendant la Première Guerre mondiale
Deux chiens tractant une mitrailleuse en 1914

Durant la Première Guerre mondiale (1914-1918), alors que les opérations se complexifient et demandent une bonne communication entre le front et l’arrière, les chiens deviennent indispensables pour soutenir l’effort de guerre. 


On les retrouve même dans les tranchées, pour repousser et éliminer la vermine qui contamine les rations et propage des maladies. En dehors, on les voit notamment transmettre le courrier et des messages nécessaires pour le bon déroulement des opérations, tirer les chariots de rations et de munitions, ou encore assister les médecins de guerre dans le repérage et l’évacuation des blessés.


Lorsqu’un spécimen est sélectionné pour ce dernier usage, il reçoit un entraînement spécial qui dure plusieurs mois. Il apprend alors à rester auprès d’un blessé si nécessaire, ou bien à ramener une preuve de sa présence. Certains sont même équipés d’une trousse de secours que soldats et médecins peuvent utiliser sur le champ de bataille. 


Par ailleurs, dans les deux camps, nombreux sont les soldats à adopter un chien comme mascotte. Le meilleur ami de l’Homme apporte ainsi un réel réconfort à de nombreux combattants, et a un impact significatif sur le moral des troupes.


La grande diversité des rôles occupés par les représentants de la gent canine tout au long de la Première Guerre mondiale explique que leur nombre est conséquent. Basé en Angleterre, l’Imperial War Museum estime qu’au cours de ces quatre années, près de 100.000 chiens servent leurs pays. Cela dit, ce nombre est à mettre en perspective avec les 16 millions d’animaux employés au cours des hostilités, toutes espèces confondues. En particulier, les chiens demeurent discrets en comparaison des chevaux, qui restent les plus sollicités et paient d’ailleurs le plus lourd tribut : environ 10 millions d’entre eux trouvent la mort dans le cadre du conflit.


Certains chiens deviennent en tout cas de véritables héros. C’est le cas par exemple de Stubby (1916-1926), un Boston Terrier qui sert de mascotte non officielle au 102ème régiment d’infanterie américain. En effet, il sauve la vie de nombreux soldats en les alertant d’attaques imminentes au gaz moutarde, mais aussi de l’arrivée d’obus. Il parvient même à détecter un espion allemand et ce faisant à provoquer sa capture, ce qui lui vaut d’être promu au grade de sergent et de devenir ainsi le premier chien gradé de l’histoire des États-Unis. Son histoire fait les gros titres de la presse américaine, et il devient le chien le plus décoré de la Grande Guerre.


D’autres acquièrent également une certaine notoriété à travers celle de leur propriétaire. Un Dogue Allemand nommé Moritz reste ainsi dans l’histoire pour être le fidèle compagnon de Manfred von Richthofen (1892-1918), dit le Baron rouge : l’as des as de l’aviation allemande peut compter sur lui pour obtenir du réconfort entre deux missions.


L’utilité des chiens tant sur le front que dans les lignes arrière est donc évidente tout au long de la Première Guerre mondiale. Le commandement des Forces Américaines Expéditionnaires (AEF) va même jusqu’à émettre en octobre 1918 à l’encontre de ses troupes une interdiction d’acheter ou de posséder un chien appartenant à une race susceptible de servir les armées, afin d’éviter qu’ils ne viennent à manquer et d’entraver les efforts du Service Français des Chiens de Guerre.

Les chiens de guerre et leur utilisation expérimentale durant la Seconde Guerre mondiale

Une photo d'une unité soviétique de chiens anti-chars pendant la Seconde Guerre mondiale
Des chiens anti-chars pendant la Seconde Guerre mondiale

Les chiens ayant prouvé leur efficacité à l’occasion de la Première Guerre mondiale et d’autres conflits, plusieurs centaines de milliers d’entre eux sont également employés dans les deux camps durant la Seconde Guerre mondiale. Ils servent encore une fois principalement de messagers et de mascottes, mais sont aussi parfois impliqués dans des techniques de combats expérimentales dont l’efficacité n’est pas toujours très convaincante.


Par exemple, les troupes soviétiques n’hésitent pas à équiper des centaines de chiens de mines magnétiques avant de leur ordonner de s’élancer sur les chars d’assaut allemands pour se faire exploser. Toutefois, la plupart manquent leur cible, sont fauchés par les balles allemandes avant d’avoir pu s’approcher d’un tank voire font demi-tour et se font exploser dans les tranchés soviétiques, provoquant la mort de plusieurs soldats.


L’URSS n’est pas le seul pays à envisager une telle tactique. Ainsi, le Japon tente d’en faire de même sur le front Pacifique, avec là aussi des résultats décevants. De leur côté, les États-Unis lancent en 1943 un programme secret assez similaire, qui vise à faire exploser des bunkers ennemis. Ils finissent toutefois par l’annuler avant même d’éventuels essais sur le front, de peur que les chiens ne reviennent vers leurs troupes et provoquent des victimes parmi elles.


En revanche, ils ont beaucoup recours au Dobermann pour leurs opérations dans le Pacifique – au point d’ailleurs que celui-ci devient le chien officiel de la Marine. Ils lancent d’ailleurs un autre programme destiné pour sa part à former ces chiens (ainsi que d’autres de grande taille) pour tuer des soldats japonais. L’idée est d'en larguer par milliers sur les îles occupées par les troupes nippones et de les laisser semer la zizanie, avant de lancer des assauts terrestres. Le programme coûte des millions de dollars, mais ne dépasse pas lui non plus le stade de l’expérimentation. En effet, les résultats lors des différentes simulations menées s’avèrent décevants : les chiens ont du mal à s’attaquer à leurs cibles, peinent à progresser sous le feu nourri de l’ennemi, et le pilonnage à l’artillerie les effraie. Ainsi, cette tactique n’est elle non plus jamais employée en conditions réelles. 


De leur côté, les Britanniques décident à l’occasion du débarquement de Normandie de faire sauter avec certains de leurs parachutistes des chiens entraînés à détecter des mines. Cette pratique peu orthodoxe n’est toutefois que peu reprise par la suite, que ce soit au cours de la Seconde Guerre mondiale ou d’autres conflits. 


Quant aux nazis, ils n’hésitent pas à employer des chiens dans les camps de concentration et d’extermination, pour effrayer, torturer et parfois même éliminer les prisonniers juifs. Cette utilisation à caractère racial n’est pas sans rappeler celle observée lors des siècles précédents au cours des conflits coloniaux et dans la lutte contre les rébellions d’esclaves. 


En tout cas, comme durant la Grande Guerre, certains chiens s’illustrent au cours des hostilités et deviennent de véritables héros canins. L’un des plus connus est Chips (1940-1946), un croisé Berger Allemand / Border Collie / Malamute qui s’illustre notamment en prenant d’assaut un bunker allemand sur une plage d’Italie en 1943, puis plus tard en aidant à faire prisonniers 10 soldats italiens. Ses faits d’armes lui valent d’ailleurs d’être le chien le plus décoré de la Seconde Guerre mondiale.

Le chien de guerre à l’heure des conflits modernes

Un chien et un soldat face à des barbelés pendant la guerre du Vietnam
Un chien et un soldat pendant la guerre du Vietnam

Les chiens ne quittent pas les théâtres de guerre après 1945, bien au contraire.


En particulier, ils sont plus de 5000 à soutenir les troupes américaines au cours de la Guerre du Vietnam, entre 1966 et 1973. On estime d’ailleurs que les unités K9, comme on les appelle désormais, sauvent alors plus de 10.000 vies humaines. C’est bien sûr un nombre significatif, mais qu’il convient de mettre en perspective des 1,7 million de morts que fait ce conflit.


Les choses évoluent toutefois par la suite : au 21ème siècle, le développement de nouvelles technologies de surveillance et de communication rend leur déploiement de plus en plus superflu. Ils continuent malgré tout de jouer un rôle durant la guerre en Afghanistan (2001-2021) ainsi que dans celle menée en Irak (2003), en aidant à détecter les mines et les explosifs. Ils s’illustrent aussi parfois en tant que sentinelles au cours de missions importantes, comme celle qui en 2011 permet l’assassinat d’Oussama Ben Laden (1957-2011) lors de l’assaut d’un complexe fortifié où il est caché à Abbottabad, au Pakistan. 

Un avenir sans chien de guerre ?

Un robot de combat en forme de chien et portant une arme, créé par la Chine
Le chien-robot de combat créé par la Chine

En 2024, lors d’exercices militaires communs avec les forces cambodgiennes, la Chine dévoile un robot de combat prenant la forme d’un chien. Contrôlée à distance par un opérateur humain, la machine est équipée d’une mitrailleuse sur son dos.


Semblant tout droit sortie d’un film de science-fiction, cette invention n’a en réalité rien de très surprenant :  les militaires s’inspirent de certaines caractéristiques des animaux (dureté de la peau des requins, capacité de vol des insectes, de camouflage des caméléons, etc.) pour développer diverses technologies (notamment des drones et des robots), en particulier depuis la fin du 20ème siècle. 


De telles innovations marqueront-elles la disparition des chiens sur les théâtres de guerre ? Rien n’est moins sûr. En effet, les armées modernes peuvent certes de plus en plus se passer des animaux, mais les formations et groupuscules disposant de moins de ressources et menant des opérations de type guérillas y ont encore parfois recours – et risquent de continuer à le faire.

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L'histoire des chiens à la guerre
Par Aurélia A. - Dernière modification : 01/27/2026.

Commentaires sur cet article

Si vous aimez les mascottes embarquées à bord des navires de guerre, j'ai ouvert un poste forum sur le site anciens cols bleus et pompons rouges. Bienvenue aux invités.

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Par mercier romain

Bonjour à toutes et à tous,
Je me présente, je suis un spécialiste de la bête du Gévaudan. Je résume : Si aujourd'hui presque tout le monde est d'accord sur l'identité de la bête; un hybride de chienne et de loup, il y a encore beaucoup de flou. Certains historiens pensent que la bête ( les bêtes ) ? portait une sorte de cataphractaire en cuir avec des écailles de métal insérées pour pouvoir survivre à tous ces coups de feu reçus à courte distance et tous ces coups de baïonnette. Possible ou pas ? Pourtant, tous les témoins signalent la grande facilité de l'animal à se retourner sur elle-même, sa souplesse. "bondissante" "plus souple qu'un loup" "ne ressemble pas tout à fait un loup". Et tous ceux qui se sont battus corps à corps avec elle se seraient bien aperçus de la présence de métal ? Elle est toujours blessée, jamais morte ! Est-ce qu'un cuir avec un renforcement particulier, spécifique aurait pu suffire pour atténuer l'effet des balles, lingots et postes reçus ? J'aimerais avoir votre avis. Merci.

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Par sebastien

On leur a vraiment tout fait faire à nos chiens ....

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Par Maxime
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