« Nom d’un chien ! » : signification, origine...

Une personne trouvant le canapé déchiqueté par son chien

Comme tout juron, « Nom d’un chien ! » exprime le dépit, la surprise ou la colère.

Il convient pour commencer de noter que le mot « juron » découle du verbe « jurer ». Jurer, au sens premier, c’est prêter un serment, souvent en invoquant Dieu comme témoin. Parallèlement, et ce dès le 12ème siècle, le verbe prend un autre sens : celui de blasphémer, non pas dans le sens de faire injure à Dieu mais dans celui d’évoquer son nom hors contexte particulier, en le vidant ainsi de toute substance. Parmi les Dix Commandements, un passage du livre de l’Exode figurant dans l’Ancien Testament énonce ainsi une consigne très claire sur le sujet : « Tu n'invoqueras pas le nom de Dieu en vain » (20:7).

Le mot « juron » apparaît relativement tardivement : 1599, d’après le Dictionnaire historique de la langue française du lexicographe français Alain Rey (1928-2020). Il désigne à l’origine à la fois le serment et le blasphème, bien qu’il n’ait conservé dans la langue actuelle que le second sens. À ce dernier s’ajoute, par extension, celui d’une exclamation grossière exprimant une réaction de mécontentement ou de surprise, sans nécessairement qu’il soit fait référence à Dieu.

Par euphémisme, c'est-à-dire pour éviter d’employer directement un terme qui pourrait être considéré comme choquant, en l’occurrence le nom de Dieu (du fait que cela serait considéré comme blasphématoire), il est devenu courant de remplacer dans les jurons ce mot par un autre.

« Nom d’un chien ! » est ainsi un euphémisme pour « Nom de Dieu ! » qui est utilisé depuis au moins le 18ème siècle. En effet, la Base Historique du Vocabulaire Français (BHVF) situe son premier usage connu à l’écrit en 1744, sous la plume du dramaturge français Charles-Simon Favart (1710-1792) dans la pièce L’École des amours grivois. On y trouve plus précisément l’expression « ventre-non d’un chien », sorte de condensé de « ventre de Dieu », juron tombé en désuétude, et de « nom de Dieu ».

Mais pourquoi en l’occurrence avoir choisi le mot « chien » pour remplacer le mot « Dieu » ?

Cette substitution est sans doute liée à la connotation fortement péjorative attribuée à ce terme quand il est employé pour parler d’un humain, et ce dès l’ancien français. En effet, comme le souligne le Dictionnaire historique de la langue française, « chien » prend valeur d’insulte dès 1195 à 1200. Cette association d’idée est elle aussi liée à la Bible, référence essentielle à l’époque : les chiens qui y sont évoqués sont quasiment tous des chiens errants, si bien que cet animal y est associé à des comportements voraces et violents ainsi qu’à une sexualité débridée. C’est d’ailleurs encore l’image qu’en donnent les autorités religieuses au Moyen Âge, ce qui génère mépris et dégoût à son encontre au sein des populations.

On peut donc supposer que c’est pour cela que le mot « chien » a paru particulièrement approprié pour exprimer le mécontentement ou l’étonnement, et remplacer ainsi le mot « Dieu » dans l’expression « nom de Dieu ».

Il convient cependant de noter qu’il n’est pas le seul : d’autres mots sont eux aussi utilisés dans ce cadre, sans d’ailleurs nécessairement avoir une valeur péjorative. On peut penser en particulier à « nom d’une pipe », « nom d’un petit bonhomme » ou encore « nom de nom », dont l’usage remonte lui aussi au moins au 18ème siècle, et où le choix du mot de substitution semble parfaitement arbitraire – voire absurde.

Peut-être en est-il en fait de même pour « chien », mais on peut soupçonner quand même que la valeur péjorative du mot a joué un rôle dans le fait que « nom d’un chien » demeure plus populaire actuellement que les autres formes.

On peut souligner au passage qu’il arrive que la forme euphémique d’un juron se construise sur une déformation, parfois assortie d’une contraction. C’est le cas notamment de « morbleu » (pour « par la mort de Dieu »), de « pardi » (pour « par Dieu »), de « sacrebleu » (pour « sacre de Dieu »), ou encore de « sapristi » et « saperlipopette » (pour « sacristi »).

Et si ces expressions sont aujourd’hui un peu tombées en désuétude, le recours à un euphémisme reste une pratique courante pour divers jurons, afin d’éviter d’employer un mot vulgaire. C’est le cas par exemple quand on dit « punaise » ou « purée » pour « putain », ou « mercredi » pour « merde ».

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