L'histoire du Xoloitzcuintle

La genèse du Xoloitzcuintle

Aussi connu sous le nom de Chien nu du Mexique et parfois surnommé simplement « Xolo », le Xoloitzcuintle (prononcé « cho-loïz-kouintlé »), est considéré comme le premier chien des Amériques. Il existe depuis plusieurs millénaires, comme en témoignent les représentations retrouvées sur bon nombre de poteries précolombiennes – notamment aztèques, mayas et colimas - datant d’il y a plus de 3000 ans. Des rapports écrits des conquistadors espagnols témoignent également de la présence de la race lors de leurs conquêtes.

 

Son absence de poils est due à un gène que l’on trouve également chez le Chien Chinois à Crête. De ce fait, il n’est pas écarté que la race descende - ou en tout cas ait un lien plus ou moins étroit – avec d’anciens chiens asiatiques sans poils. Certains chercheurs avancent d’ailleurs que les ancêtres du Xolo accompagnèrent des peuples nomades sur la Béringie, ces terres immergées depuis plus de 10 000 mais qui reliaient autrefois le continent asiatique et le continent américain.

 

Quoi qu'il en soit, il était considéré durant l’époque préhispanique comme un porte-bonheur permettant de repousser des maisons les mauvais esprits et les intrus. Guidant les âmes à travers l’enfer, il fut, selon la mythologie aztèque, créé à partir de « l’os de la vie » par Xolotl, dieu de la foudre et de la mort – le mot « itzcuintle » signifie quant à lui « chien » en langue aztèque. Cet os conféra au Xoloitzcuintle un pouvoir de guérison physique et spirituel. Les légendes racontent qu’il escortait les défunts vers l’au-delà ; pour cette raison, beaucoup de chiens étaient sacrifiés lorsque leur maître décédait.

 

Connu pour être une source de chaleur, il était apprécié et utilisé pour ses propriétés curatives, et connu pour soulager les maux de dents de ses propriétaires, ainsi que leurs insomnies et autres douleurs (rhumatismes, asthme…). Il était ainsi utilisé comme un coussin chauffant : les malades n’avaient qu’à se recroqueviller sur lui pour bénéficier de ses soins. Toutefois, contrairement à ce que l’on croit parfois, la température corporelle du Xolo n’est pas plus élevée que celle d’un autre chien. Simplement, l’absence de poils fait qu’on la ressent davantage.

 

Le Xoloitzcuintle était également utilisé pour la chasse et la garde, et était consommé lors de cérémonies religieuses, dont les funérailles et les mariages.

 

Toutefois, alors que les témoignages visuels de l’existence de ce chien remontent à plusieurs millénaires, les premiers écrits qui en parlent datent de seulement 1492 et sont le fait d’un certain… Christophe Colomb. L’arrivée des Espagnols – et de leurs maladies - marqua d’ailleurs un tournant et faillit conduire à la disparition de la race, en même temps que leurs propriétaires des peuples autochtones étaient maltraités voire parfois massacrés. Un nombre restreint parvint à survivre, principalement dans les régions reculées de l’actuel Mexique et de l’Amérique Centrale, où les conquistadors ne s’aventuraient que peu.

La diffusion du Xoloitzcuintle dans son pays d'origine

Le Xolo demeura peu connu au Mexique jusqu'au début du 20ème siècle. Il connut toutefois une certaine popularité dans les années 1930 et 1940, lorsque de célèbres artistes mexicains les représentèrent sur de nombreuses œuvres. Ce fut le cas notamment de Frida Kahlo et Diego Rivera : ils furent à l’origine d’un gros travail de promotion de la race, notamment à travers l’art et la photo, qui permit d’éloigner la perspective d’une extinction.

 

Dans les années 40, le Xolotzcuintle commença à apparaître dans les expositions canines mexicaines, et l’organisme canin de référence du pays, la Federación Canofila Mexicana (FCM), finit par le reconnaître officiellement en 1956. L’association travailla alors énormément pour sa reconnaissance au niveau mondial.

La reconnaissance du Xoloitzcuintle par les organismes officiels

Sensible au travail de la Federación Canofila Mexicana (FCM), la Fédération Cynologique Internationale (FCI) se rendit compte de la situation délicate dans laquelle le Xolotzcuintle se trouvait. En 1954, elle soutint le projet d’un groupe de passionnés britanniques et mexicains, qui parcourèrent le territoire mexicain de fond en comble afin de trouver des sujets susceptibles d’être utilisés pour créer de nouvelles lignées. Sous la direction d’un historien spécialiste de la race, Norman Pelham Wright, ils parvinrent effectivement à trouver dix spécimens qui furent sélectionnés pour créer un programme d’élevage et servirent de base pour la rédaction du standard officiel de la FCI, lorsqu’en 1961 elle reconnut à son tour la race.

 

Cette étape marqua évidemment un tournant, car la FCI coordonne les organismes nationaux de plus d'une centaine de pays - dont ceux notamment de la France (la Société Centrale Canine, ou SCC), la Belgique (la Société Royale Saint-Hubert, ou SRSH) et la Suisse (la Société Cynologique Suisse, ou SCS).

 

Les choses furent plus compliquées en Amérique du Nord. En effet, le Xolotzcuintle fut reconnu dès 1887 par l'American Kennel Club (AKC), sous le nom de Mexican Hairless (Chien Nu Mexicain). Il eut même un petit moment de gloire en 1940, quand un de ses représentants nommé Chinito Jr. obtint le titre de champion décerné par l’organisme – exploit qu’aucun Xoloitzcuintle n’a été en mesure de reproduire depuis lors. Ses effectifs n’en restèrent pas moins très limités dans le pays, ce qui conduisit l’AKC à mettre fin à sa reconnaissance en 1959. Elle demeure d'ailleurs la seule race à avoir été dans ce cas dans toute l’histoire de l'association.

 

Il fallut attendre 2011 pour que cette dernière revienne sur sa décision et reconnaisse à nouveau le Chien Nu Mexicain. L'autre organisme de référence du pays, l'United Kennel Club, lui avait pour sa part accordé sa bénédiction en 1993. Le Xoloitzcuintle est également reconnu par le Club Canin Canadien (CCC) voisin.

 

Quant au Kennel Club britannique, qui n'est pas non plus membre de la FCI et possède une certaine influence, il le reconnaît depuis 1988.