L’histoire du Berger Allemand commença dans l’Allemagne de la fin du 19ème siècle. À cette époque, le pays comptait plusieurs races de chiens de berger, qui jusqu’alors n’avaient jamais intéressé que les éleveurs de bétail, lesquels avaient procédé pendant des siècles à des sélections purement utilitaires visant à améliorer leurs aptitudes. De ce fait, elles étaient efficaces sur le plan du travail mais étaient évidemment très différentes en termes d’apparence : certaines ressemblaient à des loups alors que d’autres étaient dotées d’une ossature plus lourde et d’oreilles tombantes ; on comptait des races à poil long, à poil court, lisse ou au contraire dur, certaines avaient une robe claire et d’autres pas, etc.
À la fin du 19ème siècle, l’Allemagne découvrit la cynophilie telle qu’elle existait déjà depuis une vingtaine d’années dans certains pays comme la France et le Royaume-Uni. Au tout début, les chiens de berger furent ignorés par les premiers amateurs de chiens de race, mais après quelques années ils finirent par éveiller leur intérêt. Des éleveurs allemands tentèrent alors d’unifier et d’améliorer ce cheptel par un travail de sélection portant à la fois sur des critères physiques et utilitaires : intelligence, calme, capacité à travailler sans un humain à proximité, etc. Ce fut le premier pas vers la création du Berger Allemand tel qu’on le connaît aujourd’hui.
Il convient au passage de souligner que le loup n’a pas été utilisé pour créer le Berger Allemand, contrairement à ce qu’affirment des rumeurs fondées sur une certaine ressemblance physique. Cela fut prouvé par des analyses ADN, et de tels croisements auraient d’ailleurs été illogiques, puisque le loup est un prédateur naturel des troupeaux.
Un club dédié au « chien de berger allemand » issu des sélections effectuées par les éleveurs vit le jour en 1891. Il fut baptisé Phylax, un mot grec qui signifie « gardien ». Dès l’année suivante, un premier spécimen fut présenté lors d’une exposition canine à Hanovre, dans le nord du pays.
Malgré des débuts prometteurs, les membres du Phylax ne tardèrent pas à se diviser sur la question des caractéristiques à privilégier chez le chien de berger allemand : certains visaient les prix de beauté et voulaient mettre l’accent sur l’apparence, alors que d’autres ne s’intéressaient qu’aux aptitudes de travail. Ces conflits finirent par entraîner la dissolution du club en 1894, soit à peine trois ans après sa création.
Ce fut alors qu’entra en scène Max Emil Friedrich von Stephanitz (1864-1936), un capitaine de cavalerie appartenant à la noblesse foncière allemande. Il devint rapidement et unanimement reconnu comme le créateur et l’infatigable promoteur du Berger Allemand que l’on connaît de nos jours.
Il admirait les qualités des chiens de berger allemands, mais avait pour ambition d’aller au-delà et de créer un berger « parfait », un chien de travail qui soit à la fois robuste, hautement qualifié et polyvalent.
En 1899, il se lança donc à son tour dans l’élevage, sous l’affixe de Grafarth. Il acheta alors son premier étalon : un mâle de 4 ans nommé Hektor Linksrhein, qu’il rebaptisa Horand von Grafarth. Celui-ci ressemblait physiquement déjà beaucoup au Berger Allemand moderne, et en est incontestablement l’ancêtre direct.
Dans un premier temps, Max von Stephanitz recourut à la consanguinité pour consolider sa lignée. Horand fut donc souvent accouplé avec des femelles de sa propre descendance, et son meilleur fils se reproduisit avec sa demi-sœur ainsi qu’avec ses petites-filles. À lui seul, Horand engendra ainsi 53 portées, dont 149 chiots furent enregistrés par la suite dans le livre d’origines Zuchtbuch für Deutsche Schäferhunde, et contribuèrent beaucoup à fixer le type. Ce pool génétique réduit fut inévitablement à l’origine de tares héréditaires, mais Max von Stephanitz parvint ultérieurement à régler ce problème par l’introduction de sang neuf.
Toujours en 1899, il fonda le Verein für Deutsche Schäferhunde (SV), club de race qui organisa l’année même à Francfort (dans le centre de l’Allemagne) la première exposition canine dédiée à cette nouvelle version de la race, et en publia un standard.
Présidée par Max von Stephanitz jusqu’à sa mort en 1936, l’association ne comptait à ses débuts guère plus d’une soixantaine de membres, mais devint ensuite sous la houlette de son fondateur le plus grand club de race canin du monde. C’est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui.
L’objectif de von Stephanitz étant d’obtenir un chien de berger excellant dans la conduite et la garde des troupeaux, il développa la race en se focalisant sur l’utilité. Ainsi, seuls comptaient pour lui les critères d’efficacité : intelligence, stabilité du caractère… Les caractéristiques physiques n’importaient que dans la mesure où elles étaient liées aux aptitudes au travail : robustesse, puissance, déplacements fluides et rapides… Autrement dit, la beauté pure n’entrait pas en ligne de compte.
S’inscrivant pleinement dans cette logique, le standard de 1899 était très souple sur les aspects physiques non liés à l’utilité. Par exemple, il admettait aussi bien que le pelage soit court ou long et dur. Quant aux oreilles, il préférait qu’elles soient droites, mais acceptait aussi qu’elles soient semi-dressées. Au fil du temps et en fonction de l’évolution de la race, le standard fut revu une dizaine de fois (en 1901, 1909, 1930, 1961, 1976, 1991, 1997, 2008 et 2011), jusqu’à celui en vigueur de nos jours. À l’exception de celle de 2011, qui correspondait à l’intégration de la variété à poil long dans le cadre de sa reconnaissance cette année-là par la Fédération Cynologique Internationale (FCI), ces révisions eurent principalement pour objectifs d’éliminer certains défauts et d’admettre de nouvelles robes.
La création du club en 1899 alla de pair avec l’ouverture d’un livre des origines administré par ses soins, le Zuchtbuch für Deutsche Schäferhunde (SZ). Les deux premiers chiens inscrits – Horand et une femelle du nom de Mari von Grafrath – appartenaient à Max von Stephanitz.
Le Berger Allemand ne tarda pas à devenir populaire en Allemagne. Le nombre d’élevages diminua certes durant la Première Guerre mondiale, mais il repartit de plus belle à la hausse dès la fin du conflit.
Max von Stephanitz constata toutefois que cet essor s’accompagnait de divergences par rapport au standard. En particulier, beaucoup de sujets étaient trop grands. On observait aussi des problèmes de dentition et de tempérament, probablement dus à une trop grande consanguinité. Dans les années 20, alors qu’il était toujours à la tête du Verein für Deutsche Schäferhunde, il entreprit via ce dernier de mieux encadrer le travail des éleveurs allemands, mais aussi de le recentrer sur les critères d’utilité.
C’est dans cette optique que le club prit en 1922 deux décisions majeures. D’une part, seuls les sujets ayant remporté des épreuves de travail pourraient dorénavant être primés dans les expositions. D’autre part, il créa la Körung, un examen toujours en vigueur aujourd’hui et qui permet de sélectionner les meilleurs reproducteurs – c’est-à-dire ceux qui s’avèrent exceptionnels à la fois en termes de tempérament, d’aptitudes au travail et de morphologie. Il créa également le Körbuch, un registre listant tous les chiens ayant réussi la Körung, qui lui aussi existe encore de nos jours. Ces mesures avaient pour objectifs d’améliorer – et par la suite de préserver – la qualité de la race.
Elles portèrent leurs fruits : le Berger Allemand continue aujourd’hui d’être reconnu et apprécié partout dans le monde pour ses qualités sportives, mais aussi pour sa loyauté, son intelligence, son tempérament et son apparence intimidante. Ces caractéristiques et sa polyvalence en font d’ailleurs une des races les plus utilisées par l’Homme dans toutes sortes de domaines : police, armée, détection (drogues, explosifs…), sauvetage, assistance, thérapie… La liste semble infinie, tant ce chien est capable d’apprendre.
D’abord sous la houlette de Max von Stephanitz puis sous celle de ses successeurs, le Verein für Deutsche Schäferhunde joua un rôle majeur dans la diffusion du Berger Allemand en Allemagne.
Dès sa création en 1899, il organisa à Francfort la première exposition canine de l’histoire dédiée à cette race, lors de laquelle s’illustrèrent le mâle Jörg von der Krone et la femelle Lisie von Schwenningen. Il ne tarda pas également à lancer des concours de travail sur troupeau – ce qui n’est guère surprenant, étant donné que l’objectif premier de son créateur était d’obtenir un excellent chien de berger.
Toutefois, l’industrialisation tardive mais intense de l’Allemagne changea la destinée du Berger Allemand. En effet, la modernisation de l’élevage ovin le rendit moins nécessaire dans les campagnes. Max von Stephanitz se tourna alors vers la police et l’armée, qui s’intéressaient de plus en plus à l’emploi de chiens pour les aider à remplir leurs missions. Il avait la certitude que la race qu’il était en train de développer y avait sa place, du fait de son intelligence et de sa polyvalence.
À partir de 1901, le Verein für Deutsche Schäferhunde se mit d’ailleurs à organiser des épreuves de chiens de défense, en plus des concours de travail sur troupeau. Cela permit au Berger Allemand de se faire mieux connaître du grand public et de susciter de l’intérêt auprès de toutes les couches sociales du pays.
Par la suite, les faits donnèrent raison à Max von Stephanitz : il fut très largement utilisé par l’armée allemande pendant la Première Guerre mondiale - ce qui d’ailleurs permit d’asseoir définitivement sa notoriété. Il faut dire que depuis les années 1880, les forces armées envisageaient d’utiliser des chiens et testaient différentes races : le Dobermann, le Rottweiler, le Colley, l’Airedale Terrier, le Caniche, différentes races de spitz et de chiens d’arrêt… L’objectif était de les employer comme sentinelles, estafettes (c’est-à-dire messagers) ou encore chiens sanitaires, c’est-à-dire en charge de localiser les blessés et signaler leur position afin qu’on vienne leur porter secours. Lors du premier conflit mondial, on comptait ainsi dans les rangs allemands un total de 6000 représentants de la gent canine, et ils étaient en quelque sorte considérés comme des soldats : par exemple, ils étaient eux aussi équipés de masques à gaz lors des attaques chimiques.
Parmi les chiens retenus dès avant le début des hostilités figuraient notamment des Bergers Allemands, qui furent intégrés dans l’armée via le Verein für Deutsche Schäferhunde. En effet, le club établit une liste de dizaines de milliers d’individus mobilisables appartenant à des particuliers, et plusieurs milliers d’entre eux furent effectivement réquisitionnés.
Le Berger Allemand ne fut pas la seule race utilisée, mais son intelligence, sa loyauté ainsi que sa polyvalence en firent rapidement une des préférées. Non seulement il convint parfaitement pour les rôles de sentinelle, d’estafette et de chien sanitaire, mais il s’illustra aussi dans la détection des gaz de combat.
Les années qui suivirent la Première Guerre mondiale marquèrent un tournant décisif dans son histoire, tant en termes d’utilisation que de diffusion. En effet, en plus de servir comme chien de guerre et de berger (ce dernier rôle étant toutefois de plus en plus marginal), il commença à être utilisé aussi comme chien de police, de garde, de compagnie… Des soldats qui avaient perdu la vue sur les champs de bataille se mirent en outre à l’employer pour les guider : ainsi, il devint également chien-guide pour aveugles, rôle qui lui resta presque exclusivement dévolu jusqu’aux années 1970-1980.
De fait, le conflit n’eut pas vraiment de conséquences négatives durables sur son développement. Certes, le nombre d’élevages diminua pendant les hostilités, mais il repartit rapidement à la hausse par la suite.
Ainsi, le nombre de chiens enregistrés au Zuchtbuch für Deutsche Schäferhunde explosa lui aussi. Alors qu’en cumulé seuls 9000 spécimens avaient été enregistrés au cours des dix premières années d’existence de ce livre des origines (soit entre 1899 et 1909), les chiffres de 1919 et 1920 firent état de 26.000 inscriptions rien que ces deux années-là.
Le nombre de membres du Verein für Deutsche Schäferhunde connut également une croissance considérable, passant de 6000 en 1921 à plus de 40.000 l’année suivante.
La donne changea dans les années 30. Après une bonne reprise économique à la fin de la Première Guerre mondiale, la crise majeure et prolongée que connut le pays dans les années 20 et 30 finit par faire reculer la demande – et donc l’élevage – de Bergers Allemands. Compte tenu de la situation ailleurs dans le monde à partir de 1929, cela ne fut pas compensé par les exportations : au contraire, elles reculèrent également. Enfin, l’arrivée au pouvoir en 1933 d’Adolf Hitler (1889-1945) apporta son lot de changements et d’incertitudes. En particulier, le Verein für Deutsche Schäferhunde fut comme tous les clubs et sociétés canins englobé dans la Reichsverband Deutscher Kleintierzüchter, ou RDK (Association Nationale des Éleveurs de Petits Animaux), créée dès cette année-là. Cette institution unique et émanant des autorités nazies se vit interdire toute réunion à partir de 1939.
Le Berger Allemand tira toutefois mieux son épingle du jeu que d’autres chiens. Il était en effet admiré par les nazis, du fait qu’il incarnait les valeurs allemandes. Hitler lui-même en posséda d’ailleurs plusieurs, avec lesquels il aimait être photographié.
Néanmoins, il fut énormément utilisé par l’armée lors de la Seconde Guerre mondiale, bien plus encore que lors de la première. On estime que celle-ci employa pas moins de 200.000 chiens tout au long du conflit (contre environ 6000 un quart de siècle plus tôt), et plus de la moitié d’entre eux étaient des Bergers Allemands. Bien qu’elle ne réclamât pas les sujets titrés, qui restèrent auprès de leurs propriétaires (éleveurs ou particuliers), cela supposa la réquisition d’un tel nombre d’individus qu’on craignit que la race ne s’en remette pas.
Quant au Reichsverband Deutscher Kleintierzüchter (RDK), il disparut en 1945, en même temps que le régime qui l’avait créé. Cela permit au Verein für Deutsche Schäferhunde d’exister à nouveau en tant que tel. Ainsi, malgré le décès de son fondateur en 1936, il fut en mesure de poursuivre son œuvre et de rester le plus grand club canin du monde (40.000 membres en 1949).
C’est aussi en 1945 que l’Allemagne fut scindée en deux pays distincts, délimitant les zones d’influence occidentale et communiste. On distingua alors la République Fédérale d’Allemagne (RFA), communément appelée Allemagne de l’Ouest, et la République Démocratique Allemande (RDA), incluse dans le bloc de l’Est.
Malgré les divergences politiques, le Berger Allemand resta apprécié de part et d’autre de la frontière, et son élevage augmenta fortement après la guerre. Toutefois, chaque camp fit ses propres choix de sélections. Ainsi, la RDA donna la priorité au Altdeutscher Schäferhund, ou « Berger Allemand Ancien Type », une version rustique et marginale du Berger Allemand qu’elle utilisa à des fins militaires, entre autres pour garder les frontières. En RFA, les éleveurs se focalisèrent davantage sur la beauté, notamment en privilégiant un dos incliné et une angulation arrière plus marquée. À la réunification du pays en 1990, la préférence alla au Berger Allemand « occidental » : l’Altdeutscher Schäferhund fut abandonné et ne dut sa survie qu’à quelques passionnés qui poursuivirent les sélections rigoureuses effectuées en ex-RDA, axées sur l’intelligence et la loyauté. Sur le plan morphologique, il s’agissait de préserver un dos droit, ce qui le rendait moins enclin que son cousin de l’ouest aux problèmes articulaires - notamment la dysplasie de la hanche.
L’exportation du Berger Allemand commença dès l’aube du 20ème siècle, notamment dans les pays européens voisins de l’Allemagne, mais également en Amérique.
Le sentiment anti-allemand qui se développa pendant la Première Guerre mondiale ne l’affecta qu’assez peu, et celle-ci joua ensuite un rôle essentiel dans sa diffusion internationale - y compris dans des contrées éloignées de ses terres natales. En effet, des soldats de diverses nationalités (Français, Britanniques, Américains…) en rapportèrent avec eux lorsqu’ils furent démobilisés.
Le cinéma de l’entre-deux-guerres contribua également à le rendre populaire un peu partout, grâce notamment aux stars canines Strongheart (1917-1929) et Rintintin (1918-1932), puis la télévision prit le relais après la Seconde Guerre mondiale.
En outre, s’il fut à nouveau victime d’un certain sentiment anti-allemand lors du deuxième conflit mondial, sa popularité et sa diffusion à travers le monde étaient alors déjà telles que cela ne mit guère en péril son avenir. D’ailleurs, il s’illustra aussi chez les Alliés en étant utilisé par les forces armées comme sentinelle, messager, gardien, détecteur de mines, etc.
Ainsi, dès les décennies d’après-guerre, ce chien devint un des plus répandus sur la planète.
Il existait alors dans de nombreux pays un club de race, suivant globalement les préceptes du Verein für Deutsche Schäferhunde pour encadrer le travail des éleveurs locaux, mais jouissant tout de même d’une certaine indépendance. Cela risquait évidemment de poser problèmes en termes d’homogénéité, un principe si cher au club allemand. Afin d’éviter les dérives, ce dernier proposa donc à ses homologues européens de se fédérer.
C’est ainsi que naquit en 1968 la European Union of German Shepherd Associations, dont étaient membres les associations et clubs dédiés au Berger Allemand de 11 pays : Autriche, Belgique, Danemark, Finlande, France, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suisse, Tchécoslovaquie, et bien évidemment RFA.
En 1974, cette fédération devint mondiale et prit le nom de Welt Union der Vereine für Deutsche Schäferhunde (WUSV). Elle est toujours active aujourd’hui, et regroupe pas moins de 95 clubs répartis dans 88 pays – y compris les États-Unis et le Canada. Elle œuvre sur de nombreux plans : uniformité du standard de race, harmonisation des pratiques d’élevage et des évaluations de performances, lutte contre les tares héréditaires, mais aussi réflexion sur des questions de fond comme l’élevage, l’éducation, la formation des chiens de travail… S’étendant au-delà de l’Europe, elle finit par transformer en 1988 son Championnat d’Europe du Berger Allemand en Championnat du Monde WUSV, qui existe toujours et est très renommé.
De fait, la diffusion du Berger Allemand à l’international est un succès : il est présent partout dans le monde et fait partie dans de nombreux pays des races les plus populaires. Il faut dire qu’il se distingue tant comme simple compagnon domestique que comme chien de travail très polyvalent, capable d’accomplir toutes sortes de tâches au service des humains.
Les éleveurs de moutons belges montrèrent de l’intérêt pour le Berger Allemand dès sa création. Séduits par son intelligence et ses qualités de travail, ils importèrent dans les premières années du 20ème siècle des sujets d’Allemagne, en privilégiant des individus à poil long et dos droit.
Le Berger Allemand fut d’abord employé en Belgique comme chien de berger et de garde, mais ses missions se diversifièrent après la Première Guerre mondiale : il devint également un auxiliaire précieux pour la police et l’armée, mais aussi un chien d’assistance pour les blessés de guerre, ainsi qu’un animal de compagnie très prisé.
Créé en 1925, le Royal Club du Berger Allemand de Belgique (RCBA) joue depuis sa fondation un rôle essentiel dans la promotion, mais aussi la préservation et l’amélioration de la race - notamment sur le plan de la santé, du tempérament et des aptitudes au travail.
Comme en Belgique, le Berger Allemand fut introduit en Suisse par des éleveurs de bétail qui admiraient son intelligence, sa loyauté et surtout ses compétences comme chien de berger et de garde. Des premiers spécimens furent importés d’Allemagne dès la publication du standard en 1899.
Après la Première Guerre mondiale, il fut de plus en plus employé par l’armée et la police (notamment dans le cadre de la surveillance des frontières et de la recherche en montagne), ainsi que comme chien d’assistance pour les aveugles et comme animal de compagnie.
Dès les années 1920, des élevages ainsi que des clubs dédiés à la race virent le jour dans le pays. L’organisation d’expositions canines, ainsi que la participation des Bergers Allemands suisses à des concours internationaux d’obéissance et de travail, contribua à sa notoriété et sa diffusion.
À cette époque, un élevage en particulier attira l’attention bien au-delà des frontières suisses : celui de madame Harrison Eustic, qui élevait des spécimens destinés à devenir chiens-guides pour les aveugles. Plusieurs d’entre eux furent importés aux États-Unis et servirent de base à la création du premier centre de formation américain de chiens-guides, le Seeing Eye (1929), toujours en activité aujourd’hui.
Le Berger Allemand fut introduit au Royaume-Uni dans les premières années du 20ème siècle, via l’importation de sujets originaires d’Allemagne.
Il devint assez populaire dès les années 1910, tant pour ses aptitudes de travail que comme animal de compagnie.
Il faut dire que même s’il fut victime d’un sentiment anti-allemand lors du premier conflit mondial, celui-ci fut contrebalancé par l’admiration que lui vouaient les Britanniques qui le connaissaient. L’image négative qu’avait alors son pays d’origine eut toutefois un impact durable sur son appellation officielle au Royaume-Uni : en 1917, celle-ci changea au profit de « Alsacian », et il en fut ainsi jusqu’en 2010. Nombre d’amateurs britanniques continuent d’ailleurs de l’appeler ainsi.
À la fin de la Première Guerre mondiale, des soldats britanniques ramenèrent des sujets issus de l’armée allemande, ce qui contribua également à sa diffusion. Il fut d’ailleurs reconnu dès 1919 par le Kennel Club (KC), qui était déjà à l’époque l’organisme cynologique de référence du pays. La même année naquit le premier club de race britannique, le Alsacian Club of Great Britain. Rebaptisé Alsacian League en 1920, il oeuvra à promouvoir la race, qui remporta effectivement un succès croissant. En effet, le nombre de chiens enregistrés dans l’année auprès du Kennel Club passa d’une cinquantaine en 1919 à près de 8000 en 1926.
Sa popularité ne s’est pas démentie depuis, que ce soit comme chien d’utilité (garde, protection des personnes, pistage, détection, sauvetage, assistance…) ou comme simple animal de compagnie.
Les premières importations de Bergers Allemands en France eurent lieu en 1910. La race y éveilla immédiatement l’intérêt de certains éleveurs canins, s’illustrant d’abord dans des expositions canines ainsi que des concours de chiens policiers.
Un club de race fut d’ailleurs fondé dès cette année-là : le Club Français du Chien de Berger Allemand (CFCBA), dont une des premières actions fut d’offrir à l’armée française un chiot issu de chiens militaires importés d’Allemagne. L’année suivante fut créé un autre organisme dédié à cette race : la Société du Chien de Berger Allemand (SCBA), qui organisa en 1912 à Paris la première exposition canine française dédiée à cet animal. Les importations explosèrent d’ailleurs cette année-là : rien que sur le premier semestre, plus de 4000 spécimens firent leur entrée dans l’Hexagone.
À la veille de la Première Guerre mondiale, les deux organisations se désolidarisèrent de leur homologue allemand. En 1913, le Club Français du Chien de Berger Allemand (CFCBA) décida même de se renommer Club du Berger d’Alsace. Ce faisant, il précéda la décision de la Société Centrale Canine (SCC), l’organisme cynologique de référence du pays, qui rebaptisa officiellement la race ainsi en 1915. Le club reprit son nom initial lorsqu’en 1922 la SCC rétablit l’appellation « Berger Allemand », et le garda jusqu’à sa dissolution vers 1939.
En 1920 naquit une nouvelle association, la Société du Chien de Berger d’Alsace (SCBA), qui fut renommée Société du Chien de Berger Allemand (SCBA) en 1922. Bien qu’ayant le même nom, il s’agit d’une entité distincte de celle fondée en 1911. Elle est toujours en activité de nos jours, sous le nom de Club du Chien de Berger Allemand (CCBA).
La SCBA fut fondée par Georges Barais, un admirateur de la race qui acheta ses premiers reproducteurs en Allemagne et créa dès la fin de la Première Guerre mondiale un élevage baptisé Beauchamp. Présidant la SCBA jusqu’à sa mort en 1955, il y oeuvra non seulement à faire mieux connaître la race (notamment via l’organisation d’expositions canines et de concours de travail), mais également à l’améliorer.
La Société continua à travailler dans ce sens après la disparition de son fondateur, à travers l’instauration d’une politique de sélection rigoureuse. Par exemple, elle introduisit différents tests : le test du coup de feu (destiné à s’assurer que le chien n’est pas craintif) lors des expositions multiraces à partir de 1968, le dépistage de la dysplasie de la hanche à partir de 1970, le test de caractère à partir de 1978, ou encore l’examen Körung pour l’aptitude à la reproduction à partir de 1990. Dans les années 80, elle créa également la Nationale de Travail, une compétition portant sur diverses disciplines (défense, protection, obéissance, pistage, recherche utilitaire), visant notamment à révéler les meilleurs sujets et à promouvoir la race auprès des utilisateurs professionnels.
Le Berger Allemand était très peu représenté au Canada avant la Première Guerre mondiale. On y trouvait certes des sujets importés par des passionnés ou amenés par des immigrés allemands, mais leur nombre était faible et ils vivaient principalement cantonnés dans des fermes, où ils étaient utilisés pour la garde et le travail sur troupeaux. Par conséquent, la race était méconnue du grand public.
Là comme ailleurs, c’est surtout après le conflit qu’elle commença vraiment à se diffuser hors du monde agricole, notamment grâce aux soldats qui ramenèrent des spécimens dans leur pays.
Le Berger Allemand y suscita vite de l’intérêt, au point que des premiers clubs et sociétés lui étant dédiés virent le jour dès les années 20. Ils jouèrent un rôle essentiel dans sa promotion et le développement de son élevage. Le fait que la Gendarmerie Royale du Canada (GRC) se mette à l’utiliser (notamment dans des missions de garde, de protection et de pistage) contribua également à le rendre populaire.
Comme dans d’autres pays, le Berger Allemand fut largement employé par l’armée lors de la Seconde Guerre mondiale. Après le conflit, il fut massivement utilisé par les forces de l’ordre (GRC, police, douane), l’armée, les unités de recherches et de sauvetage, ainsi que les organismes de formations de chiens d’assistance (guides pour aveugles ou soutien psychologique). Il devint également un animal de compagnie très apprécié, et l’est d’ailleurs toujours.
Il est aujourd’hui moins présent dans les institutions chargées du maintien de l’ordre, même si on le trouve encore comme chien de protection et de détection (drogues, explosifs…) dans les opérations de police. Quant aux douanes, elles lui préfèrent le Labrador Retriever, dont l’apparence est moins impressionnante. Enfin, dans le domaine de l’assistance et du soutien psychologique, d’autres races ont largement pris le relais : notamment le Berger Australien, le Labrador Retriever, le Golden Retriever et le Labernois (ou Saint-Pierre), qui fut d’ailleurs créé au Canada.
Introduit aux États-Unis dans les premières années du 20ème siècle, le Berger Allemand s’y diffusa rapidement : l’American Kennel Club (AKC) le reconnut d’ailleurs dès 1908. Cela permit rapidement à plusieurs sujets de participer et s’illustrer dans des expositions canines, dont le prestigieux Westminster Kennel Club Dog Show de New York en 1909. En outre, ses aptitudes comme chien policier firent en 1911 l’objet d’un article au sein de la célèbre revue American Review of Reviews.
En 1913, un club de race vit le jour : le German Shepherd Dog Club of America (ou GSDCA), toujours en activité aujourd’hui. Il organisa dès cette année-là à New York une démonstration des aptitudes de ce chien pour aider la police à appréhender les délinquants : l’événement fut un succès, puisqu’il attira environ 5000 spectateurs.
Toujours à l’initiative du GSDCA, la première exposition canine américaine dédiée au Berger Allemand eut lieu en 1915 à Greenwich (dans le Connecticut, dans le nord-est du pays).
À l’instar de ce qu’il se passa également au Royaume-Uni, la race fut renommée par l’American Kennel Club (AKC) lorsque les États-Unis entrèrent en guerre en 1917. Le mot « German » (« Allemand ») fut ainsi supprimé de son nom : au lieu de German Shepherd Dog, on se mit à l’appeler simplement Shepherd Dog, et le club fut rebaptisé Shepherd Dog Club of America. Le sentiment anti-allemand n’empêcha toutefois pas ce chien de continuer à faire parler de lui et de se diffuser dans le pays, à la fois pendant et après la Première Guerre mondiale.
L’intérêt portés par les Américains au Berger Allemand crut d’autant plus après le conflit que certains soldats revenus du front en avaient ramené au pays. C’est ce que fit notamment un certain Lee Duncan, qui avait adopté en France deux chiots trouvés dans un chenil allemand en ruines : une femelle et un mâle. La première mourut pendant la traversée de l’Atlantique, mais le second survécut. Il fut nommé Rintintin (1918-1932), et Hollywood en fit une star de cinéma internationale dans les années 20 - à l’instar de Strongheart (1917-1929), un autre Berger Allemand américain vedette de nombreux films au cours de la même décennie. Il est indéniable que le cinéma participa grandement à la popularité et à la diffusion de la race, aux États-Unis comme ailleurs dans le monde.
La demande à cette époque était telle que sa population explosa. Ainsi, pas moins de 21500 spécimens furent enregistrés en 1926 auprès de l’American Kennel Club (AKC), soit 30% du nombre total d’inscriptions cette année-là.
Cependant, cet engouement eut des effets négatifs : désireux de « produire » un maximum de chiens et le plus rapidement possible, beaucoup d’éleveurs américains étaient insuffisamment vigilants en termes de consanguinité. Les malformations et autres tares héréditaires se multiplièrent donc au sein de la race, au point que la demande – et donc la population – baissa à la fin des années 20. D’autres éleveurs plus consciencieux entreprirent alors de relancer un élevage éthique centré sur un élargissement du pool génétique. Ils importèrent pour cela de nombreux sujets depuis l’Allemagne.
Parallèlement, le travail d’un élevage suisse servit de base pour former officiellement le Berger Allemand à une nouvelle mission : celle de chien-guide pour aveugles, un rôle qu’il jouait déjà auprès de vétérans ayant perdu la vue pendant la guerre. En effet, une certaine Harrison Eustic possédait en Suisse un élevage de Bergers Allemands destinés spécifiquement à ce rôle : plusieurs d’entre eux furent importés à Morristown dans le New Jersey (nord-est des États-Unis), où fut fondé en 1929 Seeing Eye, le plus ancien et le plus grand centre de formation pour chiens-guides du pays. Celui-ci est d’ailleurs toujours en activité aujourd’hui.
En 1930, l’American Kennel Club (AKC) redonna au Berger Allemand son nom initial : German Shepherd Dog, au lieu de simplement Shepherd Dog. Par ailleurs, les mesures prises pour améliorer la race via un travail d’élevage plus rigoureux portèrent leurs fruits au cours des années 30, si bien qu’elle regagna en popularité.
Le Berger Allemand joua ensuite un rôle important dans l’armée américaine lors de la Seconde Guerre mondiale. En effet, l’efficacité et la polyvalence dont il avait fait preuve dans les rangs allemands pendant le premier conflit ne lui avait pas échappé : entre 1941 et 1945, elle en utilisa près de 10.000, au point d’ailleurs qu’ils représentaient la grande majorité des chiens mobilisés.
Toutefois, comme lors de la Première Guerre mondiale, le Berger Allemand fut victime d’un certain sentiment anti-allemand, qui se traduisit par une baisse de la demande – et donc de sa population – après le conflit.
Cette baisse se prolongea jusque dans les années 50, mais le rejet de ce qui rappelait l’Allemagne n’était pas sa seule cause. En effet, un certain fossé s’était creusé au fil du temps entre les élevages allemands et américains : alors que les premiers continuaient de donner la priorité aux aptitudes de travail, les seconds privilégiaient l’apparence et les concours de beauté. Les performances utilitaires des spécimens américains n’étaient donc pas très bonnes. En outre, même si la situation s’était améliorée par rapport aux années 20, il y avait encore des problèmes de consanguinité. Dans les années 50, certains éleveurs américains se mirent donc à importer des sujets d’Allemagne, avec le double objectif de restaurer ces aptitudes et d’élargir le pool génétique.
Ce fut une réussite, et impacta également la demande. En effet, comme les élevages furent alors en mesure de proposer des chiens de meilleure qualité, celle-ci repartit à la hausse. La popularité du Berger Allemand aux États-Unis ne s’est depuis lors jamais démentie.
L’American Kennel Club (AKC) fut en 1908 le premier organisme cynologique non allemand et d’envergure à reconnaître le German Shepherd Dog, nom anglais du Berger Allemand.
Ses homologues ne tardèrent pas à en faire de même : le Club Canin Canadien (CCC) dès 1912, suivi par le Kennel Club britannique (KC) en 1919.
Le second organisme américain de référence, le United Kennel Club (UKC), mit un peu plus de temps, mais finit par leur emboîter le pas en 1924.