Algérie - Le sloughi ne court plus les rues à Khenchela

04/01/2008
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L’élevage du sloughi, ou lévrier d’Afrique du Nord, un chien de chasse et de compagnie renommé pour sa vitesse et sa vivacité, est menacé aujourd’hui de disparition dans les campagnes de Khenchela où il était aussi répandu que l’élevage équin.
Il n’y a pas si longtemps en effet, beaucoup de campagnards khenchelis élevaient, aux côtés de leurs chevaux, cette race canine pour les besoins de la garde ou de la chasse mais aussi pour les exhibitions de fantasia pendant les grandes occasions.
Durant les expéditions, les chasseurs rivalisaient entre eux en faisant valoir les performances de leurs lévriers, lesquels atteignaient plus vite le gibier, mieux ils étaient appréciés. Dans certains jeux, les éleveurs testaient aussi la vitesse de leurs canidés préférés.
Docile et fidèle à ses maîtres, le sloughi est très méfiant à l’égard des personnes qu’il ne reconnaît pas. Ces deux qualités, ajoutées à une certaine «élégance» toute naturelle, lui ont valu chez les Khenchelis une place bien à part dans les familles.
Selon les spécialistes, l’élevage d’un sloughi diffère beaucoup de celui des autres chiens de garde ou de chasse et exige un très haut degré d’hygiène et de soins sanitaires sans compter, bien sûr, une alimentation irréprochable.
Sa nourriture doit être, en effet, très saine et de faible teneur en amidon. Elle est généralement constituée de viandes, de dérivés du lait et de certaines... pâtisseries traditionnelles. Les quantités doivent être régulièrement contrôlées pour lui éviter la prise de poids, avertissent les connaisseurs.
«On ne peut ni vendre ni acheter un sloughi et c’est pourquoi il n’a pas de prix», affirme par ailleurs Amar, ancien éleveur de la région de Meyta, dans la partie saharienne de Khenchela, qui explique que pour acquérir un sloughi, il fallait en faire la demande auprès d’un éleveur et attendre que la femelle mette bas pour avoir le privilège de se faire offrir l’un de ses chiots, et l’offrir à son tour est tout simplement «prohibé».
Comme pour un vieux fusil, une jument de race ou pour tout autre bien précieux de la famille, on ne se défaisait jamais d’un sloughi, qui est ainsi transmis en héritage de père en fils. Comparé aux autres espèces canines, un sloughi de pure race a un «caractère noble et très affirmé», signale Maârouf, un autre éleveur, pour qui cet animal est très sensible et, pour ainsi dire, très raffiné : même affamé, il refuse de dévorer une bête morte ou de s’alimenter à proximité des ordures.
D’une anatomie fine et élancée avec toutefois des muscles secs et robustes, un sloughi se distingue aussi par une témérité telle qu’il ne recule jamais devant des animaux supposés mieux armés que lui comme le sanglier sauvage, le loup ou encore la hyène.
Son odorat, très développé, lui permet de traquer le gibier avec des performances inégalées et dès qu’il attrape un lièvre, une perdrix ou un renard, il ne manque jamais de ramener le butin directement à son maître. Considéré plus comme un «compagnon» que comme un chien de chasse, le sloughi est toujours récompensé et reçoit immanquablement sa part de gibier une fois la chasse terminée.
Confirmation finale du responsable de la chambre locale de l’agriculture: l’élevage du sloughi, comme d’ailleurs l’élevage équin, a pratiquement disparu de campagnes de Khenchela, notamment à cause de la disponibilité de moyens plus modernes de chasse et pour la garde des biens et des personnes.
Mais d’anciens membres de l’association locale d’équitation ne désarment pas et soutiennent qu’avec quelques efforts, il serait possible de réintroduire ces deux activités qui faisaient jusqu’à récemment encore la réputation et la fierté de Khenchela.
Agence