Le chien au cinéma : 40 films avec des chiens

Le chien au cinéma : 40 films avec des chiens

Qu’il soit le partenaire inséparable ou compagnon d’infortune d’un des personnages, ou bien qu’il figure en haut de l’affiche, le chien est présent au cinéma depuis les tout débuts, à la fin du 19ème siècle.


À l’instar par exemple de Rintintin, Lassie ou Beethoven, certains représentants de la gent canine ont même marqué de leur empreinte l’histoire du septième art. Plus largement, nombreux sont les héros à quatre pattes dont le seul nom suffit à rendre nostalgiques les plus cinéphiles des amoureux des chiens.


Voici une petite rétrospective de l’histoire du chien au cinéma, ainsi que 40 films célèbres avec des chiens.

Sommaire de l'article

  1. Page 1 : L’histoire du chien au cinéma
  2. Page 2 : Scraps dans « Une vie de chien » (1918)
  3. Page 3 : Rintintin dans « Where the North Begins » (1923)
  4. Page 4 : M. Smith dans « Cette sacrée vérité » (1937)
  5. Page 5 : Toto dans « Le magicien d’Oz » (1939)
  6. Page 6 : Le chien des Baskerville (1939)
  7. Page 7 : Wildfire dans « It’s a dog’s life » (1955)
  8. Page 8 : Wilby dans « Quelle vie de chien ! » (1959)
  9. Page 9 : Benji (1974)
  10. Page 10 : Le chien de « Mad Max 2 : Le Défi » (1981)
  11. Page 11 : Cujo (1983)
  12. Page 12 : Hachiko (1987)
  13. Page 13 : Baxter (1989)
  14. Page 14 : Hooch dans « Turner et Hooch » (1989)
  15. Page 15 : Croc-Blanc (1991)
  16. Page 16 : Beethoven (1992)
  17. Page 17 : Shadow et Chance dans « L'incroyable voyage » (1993)
  18. Page 18 : Lassie (1994)
  19. Page 19 : Ficelle dans « Babe, le cochon devenu berger » (1995)
  20. Page 20 : Les 101 Dalmatiens & Les 102 Dalmatiens (1996 & 2001)
  21. Page 21 : Didier (1997)
  22. Page 22 : Buddy dans « Air Bud » (1997)
  23. Page 23 : Les chiens de « Bêtes de scène » (2000)
  24. Page 24 : Lou dans « Comme chiens et chats » (2001)
  25. Page 25 : Bruiser dans « La blonde contre-attaque » (2001)
  26. Page 26 : Crockdur dans « Harry Potter à l'école des sorciers » (2002)
  27. Page 27 : Odie dans « Garfield » (2004)
  28. Page 28 : Les chiens de « Antartica, prisonnier du froid » (2006)
  29. Page 29 : Sam dans « Je suis une légende » (2007)
  30. Page 30 : Marley dans « Marley & Moi » (2008)
  31. Page 31 : Bambou (2009)
  32. Page 32 : Trésor (2009)
  33. Page 33 : Hachiko dans « Hatchi » (2010)
  34. Page 34 : Jack dans « The Artist » (2011)
  35. Page 35 : Bill dans « Boule & Bill » (2013)
  36. Page 36 : Belle dans « Belle et Sébastien » (2013)
  37. Page 37 : Hagen dans « White God » (2014)
  38. Page 38 : Max (2015)
  39. Page 39 : Wiener-Dog (2016)
  40. Page 40 : La Belle et le Clochard (2019)
  41. Page 41 : Togo (2019)
  42. Page 42 : Buck dans « L’appel de la forêt » (2020)
  43. Page 43 : Clifford (2021)

1891 – 1918 : des débuts précoces

Un jeune enfant et un chien dans le film « Sauvée par Rover » (« Rescued by Rover »).
Une image du film « Sauvée par Rover »

C’est en 1891 que sont réalisés les premiers films au monde grâce au kinétographe, une caméra mise au point par l’inventeur et électricien britannique William Kennedy Laurie Dickson (1860-1935) sous la direction de l’inventeur américain Thomas Edison (1847-1931).

 

Le meilleur ami de l’Homme ne tarde alors pas à se faire une place devant la caméra. En effet, dès 1894, Dickson met en scène un représentant de la gent canine dans Athlète à la baguette, un court-métrage qu’il réalise lui-même. On y voit un gymnaste manipulant une baguette devant un chien très attentif au moindre de ses mouvements. La prestation est banale, mais en cette fin de 19ème siècle, Dickson et les autres inventeurs, dont les frères Lumières, en sont encore à explorer les nombreuses possibilités qu’offrent les caméras argentiques : la prouesse technique de la représentation importe plus que le sujet de cette dernière.

 

À mesure que l’art cinématographique se développe, les chiens multiplient les apparitions sur les écrans. En 1905, un Colley à Poil Long du nom de Blair devient le premier héros canin du cinéma en déjouant la tentative d’enlèvement d’un bébé dans le court-métrage Sauvée par Rover (Rescued by Rover), réalisé par le Britannique Lewin Fitzhamon (1869-1961). Il est suivi notamment par Jean the Vitagraph Dog, un Border Collie qui tourne entre 1910 et 1915 dans une vingtaine de courts-métrages. Il ne reste toutefois que peu de traces de ces derniers, hormis un exemplaire de Playmates (1912) et des tirages sur papier de Jean the Match-Maker (1910) et Jean Rescues (1911) conservés à la bibliothèque du Congrès américain.

 

En 1918, le premier moyen-métrage centré autour d’un chien voit le jour, et son réalisateur n’est autre que Charlie Chaplin (1889-1977). Le bien nommé Une Vie de chien (A Dog’s Life) met en scène Mut, un croisé à la robe blanche avec qui Charlot, le personnage iconique de l’illustre acteur britannique, fait les 400 coups. La complicité entre la vedette du cinéma muet et le chien est telle que lorsque le premier part en tournée mondiale pour promouvoir le film, le second se sent abandonné et se laisse mourir de chagrin.

Les années 20 : les premières stars canines du cinéma

Au cours des années 20, deux Bergers Allemands crèvent l’écran et deviennent de véritables icônes pour toute une génération : Strongheart et Rintintin. Ils ne sont pourtant que le sommet de l’iceberg : on estime en effet que durant cette décennie, environ 80 représentants de cette race ont joué dans des productions hollywoodiennes.

Strongheart, un héros de films d’aventure

Une image du Berger Allemand acteur de cinéma Strongheart

Strongheart, de son vrai nom Etzel von Oeringen, naît en Allemagne en 1917. Il fait ses débuts au cinéma en 1921 dans Hurle à la mort (The Silent Call), un film d’aventures réalisé par Laurence Trimble (1885-1954) d’après un scénario de Jane Murfin (1884-1955), dans lequel il incarne un chien-loup tiraillé entre sa loyauté pour son maître et l’appel de la nature. Les critiques de l’époque sont impressionnés par l’intensité dramatique et l’expressivité du Berger Allemand. Il tourne ensuite dans cinq autres films du même genre, dont en 1925 la toute première adaptation cinématographique du roman Croc-Blanc. Strongheart décède en 1929 à cause d’une tumeur causée par une brûlure sur une lampe de tournage encore chaude.

 

Il est à son époque une vedette de cinéma à part entière, au point d’ailleurs qu’une marque de nourriture pour chien portant son nom fait son apparition. Celle-ci existe encore de nos jours, mais en revanche, les bobines de la plupart de ses films ont été perdues. Les deux seules exceptions sont celles du troisième d’entre eux, The Love Master (1924), réalisé par Laurence Trimble (conservées au Centre national du cinéma et de l’image animée à Paris, en France), ainsi que celles de son tout dernier, The Return of Boston Blackie (1927), réalisé par l’américain Harry O. Hoyt (1885-1961).

 

La place que Strongheart occupe dans l’histoire du cinéma est confirmée notamment lorsqu’en 1960 il se voit décerner une étoile sur le fameux Hollywood Walk of Fame. Celle-ci est visible au 1724 Vine Street.

 

Pour autant, son nom est aujourd’hui relativement peu connu du grand public, car sa popularité fut rapidement éclipsée par celle de Rintintin, un autre Berger Allemand.

Rintintin, le plus célèbre des chiens acteurs

Une photo du chien acteur Rintintin

Rintintin (1918-1932) est un chien français sauvé par le caporal américain Lee Duncan (1892-1960) à la fin de la Première Guerre mondiale. Il fait sa première apparition au cinéma en 1922 dans Gaspard le loup, un western dans lequel il campe le rôle d’un des chiens-loups du caporal Pierre de Barre. Il apparaît ensuite dans My Dad (1922), un film muet dans lequel ses talents convainquent les pontes de la Warner de lui confier des rôles plus importants. Son maître leur soumet alors le script de Where the North Begins (1923), un western dans lequel il souhaite que le rôle principal soit attribué à son animal. Le film connaît un succès retentissant, et la carrière de Rintintin est alors véritablement lancée.

 

Dans la seconde moitié des années 1920, « Rinty » (comme le surnomment alors ses fans) connaît une ascension fulgurante et enchaîne les tournages à une vitesse folle. En outre, non content d’être un héros dans ses films, il en est aussi un pour la Warner : sa popularité est telle qu’il sauve pratiquement à lui tout seul le studio de la faillite grâce aux westerns dans lesquels il tourne, peu coûteux mais extrêmement rentables. En effet, s’il faut souvent plusieurs prises à un acteur humain pour réussir une scène, Rintintin n’en a besoin généralement que d’une seule : cela fait économiser du temps et de l’argent à la production, même s’il faut bien admettre que cette efficacité est aussi liée au fait que le niveau d’exigences de l’époque n’a rien à voir avec celui d’aujourd’hui.

 

Toutefois, comme pour Strongheart, il ne reste pas grand-chose aujourd’hui de ses succès à l’ère du cinéma muet. En effet, seuls 6 de ses 25 films de l’époque ont survécu à l’épreuve du temps et nous sont parvenus. Il a cependant tourné aussi à partir de la fin des années 20 dans quatre films parlants, qui eux sont encore visibles aujourd’hui. C’est le cas notamment de The Lighting Warrior, son tout dernier film : il fut tourné en 1931, soit un an avant sa mort.

1931 – 1949 : la relève

Le Fox Terrier Skippy incarnant Asta dans la comédie policière « L’Introuvable »
Skippy dans la comédie policière « L’Introuvable »

Durant les années 30, le rôle assigné aux chiens dans les films évolue. Il faut dire que le cinéma d’aventure, et plus particulièrement le western (le genre dans lesquels s’illustraient le plus souvent Rintintin et consorts), est alors en pleine mutation. Aux séries B à petit budget d’antan succèdent des fresques ambitieuses au ton grave dans lesquelles les héros canins n’ont plus vraiment leur place.

 

C’est donc dans la comédie que le meilleur ami de l’Homme est reconverti, pour faire valoir d’autres qualités que son courage et sa force. Un Fox Terrier à Poil Dur du nom de Skippy s’illustre particulièrement à ce jeu. Dressé par Henry East (1895–1989) et sa femme Gale Henry (1893-1972), il apparaît dans une douzaine de films entre 1932 et 1941.

 

C’est la comédie policière L’Introuvable (The Thin Man), réalisée en 1934 par W. S. Van Dyke (1889-1943) et mettant en scène notamment William Powell (1892-1984) et Myrna Loy (1905-1993), qui en fait une véritable star de cinéma. Dans cette adaptation du roman éponyme de Dashiell Hammett (1894-1961), Skippy incarne Asta, le chien d’un ex-détective privé qui sort de sa retraite pour enquêter sur la disparition d’un de ses anciens clients. Doté d’un fort caractère, Asta n’en fait qu’à sa tête et n’hésite jamais à défier les ordres de son maître quand il n’a pas envie d’obéir, ce qui engendre des situations parfois très cocasses.

 

Skippy retrouve ensuite ce type de rôle plusieurs fois dans sa carrière, notamment en 1937 dans Cette sacré vérité (The Awful Truth), un film réalisé par Leo McCarey (1898-1969) dans lequel joue notamment Cary Grant (1904-1986). Il y occupe le rôle de Mr Smith, le chien d’un couple en plein divorce qui s’en dispute la garde et qu’il tente de réconcilier.

 

Avec Skippy, un archétype est né : celui du chien-enfant dont le rôle et les attributs dépassent de loin ce dont on peut attendre d’un chien. Intelligent, espiègle et drôle, il est chargé de pimenter la vie de ses maîtres ou des humains qui l’entourent, tout en leur témoignant toujours un amour inconditionnel.

 

Lassie, le Colley du film « Lassie, chien fidèle »
Lassie, le Colley du film « Lassie, chien fidèle »

 

 Dans les années 40, un autre représentant de la gent canine crève l’écran : Lassie. Toutefois, il ne s’agit pas cette fois du nom d’un chien en particulier, mais d’un personnage de fiction : le Colley à Poil Long du roman Lassie, chien fidèle (Lassie Come-Home), écrit en 1938 par l’américain Eric Knight (1897-1943). En plus de connaître une riche carrière à la télévision dans une série de 591 épisodes, le personnage de Lassie est adapté pas moins de six fois au cinéma dans les années 40. Il fera également l’objet de plusieurs nouveaux films dans les années 70, 90 et 2000.

 

C’est un chien du nom de Pal qui en 1943 a pour la première fois l’honneur d’incarner Lassie à l’écran dans Fidèle Lassie (Lassie Come Home). Adaptation du roman, le film conte les aventures d’une chienne vendue par une famille de fermiers très pauvres à un riche duc, et qui fait tout pour retrouver le chemin de sa maison. Il connaît pas moins de cinq suites, dans lesquelles Pal conserve à chaque fois son rôle.

 

Avec Rintintin, Strongheart et Uggie, le Jack Russel du film The Artist (2011), elle fait d’ailleurs partie des quatre chiens ayant une étoile à leur nom sur le Hollywood Boulevard. C’est toutefois sous le nom de Lassie que son empreinte est visible.

1950 – 1970 : Disney et les chiens

L'affiche du film « La Belle et le Clochard »
L'affiche du film « La Belle et le Clochard »

Les années 50 marquent le retour des stars canines, mais c’est désormais surtout dans la petite lucarne des foyers qu’on les retrouve. En effet, les séries télévisées ayant le vent en poupe, des producteurs décident de relancer les personnages de Rintintin et Lassie dans ce format plus moderne. Il faut dire que la capacité des chiens acteurs à tourner vite (souvent en une seule prise) et sans avoir les mêmes revendications (en termes de salaires, de conditions de travail…) que leurs homologues humains en font des acteurs naturellement adaptés aux tournages parfois éprouvants qu’une série nécessite.

 

Au cinéma, les rares apparitions canines se limitent à des rôles de chiens anthropomorphes inspirés par ceux des films de Skippy. C’est le cas notamment en 1955, lorsque l’original It’s a dog life pousse l’anthropomorphisme à son paroxysme en mettant en scène un Bull Terrier blanc contant ses mémoires en voix off.

 

On retrouve également cette dimension en 1959 avec le burlesque Quelle vie de chien ! (The Shaggy dog), dans lequel un petit garçon se retrouve transformé en chien. Il est réalisé par les studios Disney, qui signent aussi à cette époque deux films d’animation élevés par la suite au rang de classiques : La Belle et le clochard (Lady and the Tramp) en 1955, puis Les 101 Dalmatiens (One Hundred and One Dalmatians) en 1961.

 

En 1963, Disney poursuit son histoire d’amour avec les chiens en produisant L’incroyable randonnée (The incredible Journey), adaptation du roman britannique L’Incroyable voyage (1961) de Sheila Burnford (1918-1984). Ce film d’aventure raconte le périple de 400 kilomètres à travers le Canada d’un Bull Terrier, d’un Labrador et d’un chat Siamois désireux de retrouver leurs maîtres. Il fait l’objet en 1993 d’un remake intitulé L’Incroyable voyage, qui remporte davantage de succès et est aujourd’hui encore plus connu que l’original.

Les années 70 : une présence plus confidentielle

Le chien du film « Benji »
Le chien du film « Benji »

Les années 70 marquent un tournant pour Hollywood. Les changements sociopolitiques qui bouleversent les États-Unis, l’abolition du code de censure établi dans les années 30 et l’arrivée d’une nouvelle vague de cinéastes renouvellent en profondeur les thèmes et les genres du cinéma américain.

 

Le film familial, de loin le principal genre dans lequel le meilleur ami de l’Homme s’illustrait jusqu’alors, est en perte de vitesse. Les films avec des chiens se font encore plus rares qu’au cours des deux décennies précédentes.

 

Certains parviennent toutefois à tirer leur épingle du jeu : c’est le cas notamment de Benji, paru en 1974 et mettant en scène un chien errant du même nom qui élit domicile dans une maison abandonnée et tombe amoureux d’une femelle Bichon Maltais du nom de Tiffany. Le film est clairement inspiré des succès du cinéma muet et ne brille guère par l’originalité de son scénario. Toutefois, l’expressivité de Higgins (1957-1975), le chien croisé qui joue le rôle principal, impressionne la critique et les spectateurs. Benji fait d’ailleurs l’objet de quatre suites, tournées entre 1977 et 2004, ainsi que d’un remake paru en 2018. Higgins ne participe néanmoins à aucun de ces projets, car il décède un an après la sortie du premier opus.

 

On s’intéresse aussi aux chiens de cinéma en Europe. En 1972, le réalisateur britannique Ken Annakin (1914-2009) signe la première adaptation depuis 1935 du roman L’Appel de la forêt (The Call of the Wild) de Jack London (1876-1916), avec un certain Charlton Heston (1923-2008) dans le rôle principal. Un an plus tard, en 1973, la filiale britannique de la 20th Century Fox confie à l’Écossais Joseph McGrath la réalisation de Digby, le plus grand chien du monde (Digby, The Biggest Dog in the World). Il s’agit d’une parodie de film de monstres dans laquelle un Bobtail boit un produit chimique qui le transforme en chien gigantesque que l’armée britannique cherche à éliminer.

Les années 80 : une vedette venue d’Orient

Hachiko, héros du film qui lui est consacré
Hachiko, héros du film qui lui est consacré

De nombreux films américains des années 80 demeurent cultes, mais rares sont ceux dans lesquels on trouve un chien. Il existe toutefois quelques exceptions.

 

C’est le cas notamment d’Annie, paru en 1982 et réalisé par l’Américain John Huston (1906-1987). Cette adaptation de la comédie musicale éponyme met en scène une jeune orpheline qui se lie d’amitié avec Sandy, un terrier croisé qu’elle ramène d’une de ses nombreuses fugues. Ce dernier s’impose comme l’un des personnages les plus mémorables du film. On le retrouve en 2014 dans un remake signé Will Gluck, mais il se présente alors sous les traits d’un Shiba Inu.

 

Le succès est également au rendez-vous en 1989 pour la comédie policière Turner & Hootch, dans laquelle le jeune Tom Hanks (né en 1956) fait équipe avec un chien. Il s’agit d’une parodie du buddy movie, ces films policiers mettant en scène des duos improbables mais complémentaires, dont L’arme fatale (Lethal Weapon), sorti en 1987, est le principal représentant. Dans ce film rocambolesque, l’inspecteur Turner hérite du Dogue de Bordeaux de son ami assassiné. La cohabitation du policier méticuleux et ordonné avec le chien massif au caractère bien trempé fait rapidement des étincelles. Hootch ne tarde cependant pas à dévoiler ses qualités de fin limier et à mettre la patte à la pâte pour aider Turner dans son enquête. Le résultat est sympathique, mais le personnage de Hootch n’est au fond qu’une redite de l’archétype du chien-enfant initié par Skippy dans les années 30.

 

Finalement, pour trouver LA vedette canine des années 80, il faut se rendre au Japon où Hachiko (1987), récit biographique réalisé par Seijirō Kōyama (né en 1941) fait un véritable carton. Le film retrace l’histoire vraie de Hachikō (1923-1935), un Akita Inu devenu célèbre pour sa très grande loyauté. Après le décès de son maître des suites d’un arrêt cardiaque survenu sur son lieu de travail tokyoïte, ce chien à la fidélité sans faille s’est en effet rendu à la gare de Shibuya chaque jour pendant près de dix ans, afin de guetter son éventuel retour. Premier au box-office japonais en 1987 mais jamais sorti dans les salles en occident, Hachiko fait en 2008 l’objet d’un remake américain. Réalisé par le suédois Lasse Hallström (1946), il contribue pour beaucoup à la popularité de l’Akita Inu en dehors du Japon.

Les années 90 : le come-back

Les Saint-Bernard du film « Beethoven »
Les Saint-Bernard du film « Beethoven »

Alors qu’ils étaient en perte de vitesse depuis les années 70, les films avec des animaux marquent un étonnant come-back à partir du début des années 90. Ils se concentrent alors en grande partie sur des espèces encore peu présentes sur les écrans, comme la baleine avec Sauver Willy (Free Willy) en 1993, ou le cochon avec Babe, le cochon devenu berger (Babe) en 1995, mais les chiens signent aussi leur retour en grâce. En témoigne le succès par exemple de Beethoven en 1992, L’Incroyable voyage (Homeward Bound: The Incredible Journey) en 1993, Les 101 dalmatiens (101 Dalmatians) en 1996 ou encore Air Bud en 1997, qui tous mettent en scène des chiens aux capacités hors normes et au potentiel comique certain.

 

En 1991, une adaptation plutôt libre de Croc-Blanc (White Fang) est aussi très bien accueillie par la critique et le public. Le réalisateur américain Randal Kleiser y met en scène un jeune Ethan Hawke dans le rôle de Jack Conroy. Celui-ci se lie d’amitié avec Croc-Blanc, interprété par un chien nommé Jed (1977-1995).

 

Trois ans plus tard, en 1994, on retrouve ce dernier dans la suite intitulée Croc-Blanc 2 : Le Mythe du loup blanc (White Fang 2: Myth of the White Wolf). Celle-ci n’a toutefois pas les honneurs d’une sortie au cinéma, et est proposée directement en vidéo. Elle reçoit pourtant des critiques plutôt positives.

 

Une fois n’est pas coutume, le film canin le plus surprenant de la décennie est français. Réalisée par Alain Chabat, la comédie Didier (1997) prend au pied de la lettre l’archétype du chien anthropomorphique et raconte l’histoire de Didier, un Labrador qui se change en humain mais conserve sa personnalité canine. Elliot, le chien qui campe Didier sous sa forme originelle, n’a que peu de temps à l’écran, mais le film reste assurément une œuvre honorant corps et âme la gent canine. Il remporte d’ailleurs le César du meilleur film.

Les années 2000 : des chiens plus humains que jamais

L'affiche du film « Comme chiens et chats »
L'affiche du film « Comme chiens et chats »

Les années 90 voient arriver un tel nombre de films avec des animaux que le genre arrive très rapidement à saturation. Dans les années 2000, les spectateurs sont en quête d’expériences nouvelles et se désintéressent de Beethoven, Air Bud et consorts : leurs suites sortent pour la plupart directement en vidéo, plutôt qu’au cinéma.

 

En 2001, le réalisateur canadien Lawrence Guterman fait quant à lui le pari de l’originalité, avec la parodie de film d’espionnage Comme chiens et chats (Cats & Dogs). S’amusant des situations rocambolesques dans lesquels les chiens se retrouvent souvent lorsqu'ils apparaissent sur le grand ou le petit écran, il les imagine en agents secrets devant protéger le monde de la terrible menace des chats.

 

Toutefois, s’il ne faut retenir qu’un seul film avec des chiens paru au cours de cette décennie, ce serait sûrement la comédie américaine Bêtes de scènes (Best in Show), proposée en 2000 par le réalisateur américano-britannique Christopher Guest. Cette parodie de documentaire plonge dans les coulisses d’une exposition canine, où des propriétaires n’ayant pas tout à fait les pieds sur terre traitent leurs animaux comme leurs enfants ou leurs partenaires. Critique acerbe de la société américaine, Bêtes de scènes se fait aussi témoin d’un anthropomorphisme poussé à son paroxysme.

Les années 2010 jusqu’à nos jours : une prise de conscience

Une image du film « White God »
Une image du film « White God »

Depuis les années 2010, les films familiaux font encore la part belle aux chiens. Néanmoins, les mœurs évoluent : la question du traitement des animaux dans le show-business, et dans la société de façon plus générale, impacte de plus en plus les rôles qu’on leur offre au cinéma.

 

White God (2014), film indépendant du réalisateur hongrois Kornél Mundruczó, est la parfaite incarnation de cette prise de conscience. Il raconte le parcours de Hagen, un chien abandonné puis dressé pour participer à des combats de chiens. Critique d’une société qui traite les représentants de la gent canine comme des objets dont on peut se débarrasser lorsqu’on en a plus besoin, White God s’inspire aussi largement du cinéma d’horreur en montrant comment Hagen se transforme peu à peu en monstre pour pouvoir survivre face aux abus dont il est victime. Récompensé par le prix de la section « Un certain regard » du Festival de Cannes 2014, White God marque particulièrement les esprits par sa scène d’introduction, qui représente la fugue dans les rues de Budapest de centaines de chiens placés en fourrière.

 

Le chien clown et enfantin n’a cependant pas totalement disparu, comme en témoigne en 2011 le succès de The Artist, du réalisateur français Michel Hazanavicius, dans lequel un acteur de cinéma muet est accompagné d’un intrépide Jack Russell. Uggie (2002-2015), le chien qui l’incarne, se voit d’ailleurs décerner son étoile sur le célèbre Walk of Fame à Hollywood. En plus d’un siècle de cinéma, il n’est que le quatrième représentant de la gent canine à avoir un tel honneur.

Le chien, ce personnage américain

La tête de Pluto, le célèbre chien de Disney
Pluto, un des chiens Disney les plus célèbres

Même si les choses évoluent depuis le début du 21e siècle, c’est surtout le cinéma américain qui plébiscite le chien comme personnage – voire comme héros – de ses films. Cela s’explique avant tout par le fait que les studios l’associent davantage au film familial, genre cinématographique destiné en priorité aux enfants - ou parlant des enfants - et dont les Américains ont une vision bien différente de celles des Européens et des Asiatiques. 

 

Aux États-Unis, sous l’impulsion des studios Disney, le film familial s’est développé comme un genre avant tout humoristique où le réalisme n’est qu’une préoccupation secondaire. Les animaux y ont généralement des comportements ainsi que des raisonnements humains, et interviennent directement dans l’histoire pour aider les héros - en particulier les enfants - dans leur quête. Le public ciblé est très large, puisque l’objectif est que l’œuvre soit visible même par des enfants en bas âge. En outre, nombre de ces œuvres illustrent et perpétuent le cliché de « l’American way of life », dans laquelle la famille occupe une place centrale et où celle-ci n’est jamais vraiment complète sans la présence d’un chien de compagnie.

 

Jusque dans les années 2000, le cinéma européen résiste à cette vision du film familial. À partir des années 30 et 40, époque où apparaissent les premiers films familiaux en Europe, et jusque dans les années 90, les scénarios s’évertuent à dépeindre les mêmes épisodes que les films pour adultes, mais du point de vue des enfants. Les films sont ainsi capables de traiter dans un registre relativement mature de sujets sérieux comme la guerre en 1962 dans La Guerre des boutons du Français Yves Robert (1920-2002), la violence en 1963 dans Sa Majesté des mouches (Lord of the Flies) du Britannique Peter Brook (né en 1925), ou encore le deuil en 1984 dans L'Histoire sans fin (Die unendliche Geschichte) de l’Allemand Wolfgang Petersen (né en 1941). Autrement dit, pour les studios européens, film familial ne rime pas forcément avec comédie loufoque sans profondeur. En conséquence, ces œuvres se destinent bien souvent à des enfants un peu plus matures, et les chiens – au même titre que les autres animaux, de façon générale - y sont beaucoup moins présents.

 

Une image du film japonais « Le Château ambulant »
Une image du film « Le Château ambulant »

Même son de cloche en Asie, où le film familial est un genre néo-réaliste. Quelques productions japonaises dépeignant des expériences difficiles pour les enfants sont là pour en témoigner : c’est le cas par exemple de Vingt-quatre prunelles (Nijū-shi no Hitomi), réalisé en 1954 par Keisuke Kinoshita (1912-1998) et montrant la montée du nationalisme, de Bad Boys (Furyō shōnen) de Susumu Hani (né en 1928), qui en 1961 aborde la question de la délinquance juvénile, ou encore de Nobody Knows (Hotaru no haka) de Hirokazu Kore-Eda (né en 1962), sorti en 2004 et mettant les projecteurs sur l’extrême pauvreté. Ce n’est qu’avec l’émergence des films d’animation dans les années 80 que le Japon commence à mettre en scène des animaux - et notamment des chiens - dans ses productions. C’est le cas par exemple le cas dans Le Château ambulant (Hauru no ugoku shiro) de Hayao Miyazaki (né en 1941), où apparait le très paresseux Heen, un Petit Basset Griffon Vendéen à la robe blanche et marron. Le chien reste toutefois un animal peu représenté dans le cinéma japonais, qui lui préfère en particulier le chat.

 

En Inde, c’est seulement à partir des années 90 que Bollywood s’intéresse aux chiens. Comme souvent avec le cinéma indien, l’influence hollywoodienne se fait sentir. Par conséquent, le meilleur ami de l’Homme joue un rôle très actif dans l’histoire et se voit attribuer de nombreuses caractéristiques humaines. C’est notamment le cas dans Maa (1991), sorte d’adaptation bollywoodienne de Ghost (1990) dans lequel un chien remplace Whoopi Goldberg (née en 1955) dans le rôle du médium capable de communiquer avec les morts. On retrouve par exemple la même logique en 2011 avec Chillar Party, dans lequel un orphelin et son chien rejoignent un gang d’enfants et luttent contre des politiciens voulant capturer tous les chiens errants de Mumbai, ou encore en 2015 dans Dil Dhadakne Do, où un chien philosophe en voix off sur les mésaventures de sa famille.

 

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L’histoire du chien au cinéma
Par Nicolas C. - Dernière modification : 01/30/2023.