le labrit part à la reconquête des estives pyrénéennes

02/11/2012
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Compagnon du berger basco-béarnais depuis toujours, le labrit est un chien menacé de disparition. Un travail est en cours pour tenter de sauver la race.


« Le labrit appartient à l'identité de la région » affirment en choeur Argitxu Ourthiague qui se charge du dossier au centre départemental de l'élevage ovin d'Ordiarp et Jean-Louis Laborde-Boy, éleveur « viscéralement attaché » à ce chien. « Il a le caractère aussi dur que les Basques ou les Béarnais ».

Depuis 25 ans, le compagnon traditionnel des bergers transhumants a peu à peu laissé place à des races au moins aussi performantes et souvent plus faciles, comme le border ou le beauceron. « Mais c'est le chien de notre région, c'est viscéral, il faut le garder » martèle le berger de Verdets. Ce dernier avait lancé un cri d'alarme dans nos colonnes en août 2010. Depuis les choses ont avancé.

Délaissé pour sa réputation de bête difficile à dresser, bruyante et têtue, le labrit est désormais l'objet de toutes les sollicitudes de l'association des éleveurs transhumants. Qui a laissé au centre ovin le soin de mener le travail.

« Nous avons l'expérience de la sélection et travaillons à proximité des transhumants, ce qui explique qu'on s'en occupe » argumente Argitxu Ourthiague. « La dynamique est très large au-delà de toute sensibilité.

Si on relance la race avec de bons géniteurs, ça peut aller très vite » souligne-t-elle.

Catalogage et bourse aux chiots

En octobre dernier, une réunion a rassemblé une quarantaine d'éleveurs, dont il est ressorti qu'il « fallait reprendre de l'estime pour le labrit ». Pour qu'il retrouve sa place, complémentaire des autres races.

Signe de l'attachement à ce chien emblématique, Argitxu Ourthiague a déjà recensé deux cents éleveurs travaillant avec ce chien.

« Le centre a financé cette action sur trois ans, soit environ 30 000 euros. L'objectif est de constituer un catalogue à partir des 200 éleveurs recensés. Ce catalogue proposera la photo du chien, la description de son travail par l'éleveur, ses traits de caractère. Puis il nous faut mettre en place une bourse aux chiots (1) pour répondre à la demande. Pour l'heure, le centre s'en occupe mais cela peut déboucher sur une association qui gérerait ça » détaille Argitxu Ourthiague.

Le maintien de la race aux côtés des autres acteurs canins du pastoralisme pourrait également se poursuivre via d'autres pistes : définir avec les éleveurs une grille de caractérisation du chien sur ses aptitudes au travail, voire améliorer la race en utilisant la génétique en sont quelques-unes. « Le dressage faisant 50 % du chien », les éleveurs aimeraient aussi mettre en place des échanges sur le travail et le dressage.

Et quand la dynamique sera bien lancée, pourquoi ne pas envisager des rencontres festives avec démonstration du travail des labrits pour le valoriser. Le labrit n'a pas fini de courir les estives !

(1) Une réunion autour de ce dossier se tiendra le mardi 21 février à 14 h 30 à la maison des 3 vallées ; 1, rue des Barats, place des Oustalots à Oloron.



===> Aussi « capbourrut » que son maître

Considéré comme le plus vieux chien de berger de France, le labrit a plusieurs rameaux. On connaît celui à face rase, un autre poilu, le gris du Barétous, le blanc du Pays basque, le « berger des Pyrénées », etc.

« Il est très bon pour pousser les brebis à la traite, il prend des initiatives, rentre dans le troupeau. Pas téléguidé, il faut arriver à le gérer. Têtu, rustique, endurant, bruyant, il a besoin d'un vrai maître sinon il ne travaille pas bien. Capable d'aller chercher seul une brebis dans le brouillard, de lécher un animal faible ou de mordre un sabot de vache rétive, le labrit est aussi un animal très attachant, très fidèle et très attaché à son maître » résume Argitxu Ourthiague en reprenant les paroles d'éleveurs qu'elle a rencontrés.