Les chiens des sans-abris

Une femme sans-abri assise dans la rue avec son chien

Le meilleur ami de l’Homme trouve sa place dans toutes sortes de foyers... mais aussi auprès de personnes qui justement n’en ont pas. En effet, de nombreux sans-abris possèdent un chien.


Avoir un tel compagnon à leurs côtés présente indéniablement des avantages, mais est aussi, par certains aspects, un défi pour ces personnes souvent isolées et en situation de grande précarité.


Quels sont les avantages et les inconvénients pour un sans-abri d’avoir un chien ? La vie de l’animal est-elle enviable ? Par ailleurs, leur présence auprès des sans-abris est-elle problématique pour le reste de la société ?

Qu’est-ce qu’un sans-abri ?

Un homme sans-abri assis par terre, entouré de ses affaires et de son chien, avec un panneau sur lequel il demande de l'argent

Parfois aussi appelé SDF (pour « sans domicile fixe ») en France ou « personne en situation d’itinérance » (notamment au Québec), un sans-abri est un homme ou une femme qui n’a pas de logement stable et qui vit dans des conditions précaires. Ces personnes vivent souvent dans la rue et sont alors bien visibles, mais elles le sont nettement moins lorsqu’elles sont installées par exemple dans un squat ou un hébergement temporaire ou d’urgence.


Leur situation peut résulter de divers facteurs, qui souvent se conjuguent : précarité économique, rupture familiale ou conjugale, problèmes de santé mentale, immigration…


Par ailleurs, le phénomène touche des profils variés : des jeunes et des personnes âgées, des personnes seules et des familles, des citoyens et des immigrés… 


En France, d’après le « 30ème rapport sur l’état du mal-logement en France » de la Fondation pour le Logement (ex Fondation Abbé Pierre), on comptait 350.000 sans-abris en 2025, soit une hausse de 145 % depuis 2012.


En Belgique, ils étaient en 2025 au nombre de 50.000 environ, dont 20.000 en Wallonie, 20.000 en Flandres et 10.000 à Bruxelles, selon les dénombrements effectués par chacune des régions.


En Suisse, d’après une étude de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économique) intitulée intitulée « Data on homelessness 2024 - Country notes: Switzerland » , on estime qu’en 2024, leur nombre se situait entre 8.000 et 10.000 – un chiffre orienté à la hausse du fait de problèmes de précarité et d’immigration.


Au Québec, une étude menée en 2024 par le ministère de la Santé et des Services sociaux et intitulée « Itinérance hébergée au Québec : Rapport de l'exercice d'énumération du 23 avril 2024 »  estimait alors le nombre d’itinérants à environ 9.300.

La présence de chiens auprès des sans-abris

Les situations sont variées et les études sur le sujet sont peu nombreuses ou limitées, mais quelques chiffres et données éclairent sur la présence de chiens auprès des sans-abris ainsi que leur profil.

Le pourcentage de sans-abris qui possèdent un chien

Une femme sans-abri assise dans la rue avec ses chiens

Que ce soit en France, en Belgique, en Suisse ou au Québec, il est impossible de donner un chiffre précis du pourcentage de sans-abris possédant un chien. En effet, même s’il existe quelques études de terrain menées sur le sujet, elles ne couvrent pas un échantillon représentatif – ne serait-ce que parce qu’elles portent sur un périmètre restreint (une ville, la zone de couverture d’une association, etc.). 


Ainsi, comme le souligne un article intitulé « La Protection des chiens des sans-abri, ou le juridique à l’épreuve du terrain » publié en 2024 dans le Journal Spécial des Sociétés, les résultats auxquelles elles aboutissent diffèrent très fortement : le pourcentage varie de 10 à 70 % !


En tout état de cause, aucun organisme public ne semble avoir tenté d’établir un tel pourcentage.


Néanmoins, sur le terrain, on constate facilement que le nombre de chiens accompagnant des personnes qui sont à la rue est conséquent.

D’où viennent les chiens des sans-abris ?

Un homme sans-abri assis dans la rue avec un chien allongé à ses côtés

Bien qu’aucune étude chiffrée n’ait été faite sur le sujet, les professionnels (sociologues, vétérinaires…) s’y étant intéressés s’accordent à dire que, dans la majorité des cas, les sans-abris décident d’adopter un chien après avoir perdu leur domicile.


Le plus souvent, ces chiens sont donnés par des amis ou connaissances, qui sont le plus souvent eux-mêmes des sans-abris propriétaires d’une femelle ayant eu des petits. La récupération de chiens qui sont errants (généralement après avoir été abandonnés dans l’espace public) semble aussi être une pratique courante, en particulier chez les jeunes sans-abris.


Quoi qu’il en soit, comme la perte du domicile résulte souvent d’un ou plusieurs événements traumatiques (expulsion, séparation familiale, perte d’emploi, problème de santé mentale, addiction…), il est plus rare que le chien vienne de « la vie d’avant ». En effet, ces ruptures rendent difficiles la conservation d’un animal, car l’individu se préoccupe alors en priorité de sa propre survie : nourriture, logement…

Quels types de chiens possèdent les sans-abris ?

Un homme sans-abri assis dans la rue avec à ses côtés son chien de type berger

D’après une étude de l’institut de sondage IPSOS intitulée « Étude sur la présence des chiens auprès des SDF à Reims » et publiée en 2012, les chiens des sans-abris sont majoritairement des croisés, souvent de type berger. Ce sont des chiens robustes, qui sont adaptés à la vie en extérieur et qui nécessitent peu de soins. En outre, leur taille plutôt imposante leur permet de jouer un rôle souvent important pour leur maître : la protection.


Les chiens de race ainsi que les chiens catégorisés (en France et en Belgique) sont plus rares, du fait bien sûr de leur coût. Cependant, le sociologue Christophe Blanchard souligne dans ses travaux sur la question qu’ils sont plus nombreux qu’autrefois aux côtés des sans-abris, comme d’ailleurs aux côtés des personnes ayant un toit.


Par ailleurs, d’après une de ses études intitulée pour sa part « Les Propriétaires de chiens à la rue : Retour sur un binôme indésirable dans la ville » et publiée en 2016 dans Géographie et cultures, les chiens des sans-abris sont le plus souvent des mâles. En effet, les femelles sont moins prisées du fait de leurs chaleurs, difficiles à gérer quand on vit dans la rue.

Les avantages et inconvénients d’avoir un chien pour un sans-abri

Les avantages

Avoir un chien procure à une personne sans-abri un certain nombre de bénéfices incontestables, aussi bien sur le plan émotionnel que physique et social.

 

 

Un chien procure de la compagnie et un soutien émotionnel

Un homme sans-abri faisant un câlin à son chien

Une personne sans-abri est généralement en situation d’isolement et de fragilité émotionnelle. Justement, un chien offre une présence constante, et permet donc de combattre efficacement la solitude. En outre, le lien affectif profond qu’il entretient généralement avec son propriétaire représente un réel soutien psychologique pour ce dernier.


Ainsi, comme le souligne notamment une étude publiée en 2021 dans Veterinary Evidence et intitulée « Pet Ownership in the Homeless Population: Do Pets Improve Mental Health Status ? » , différents travaux ont montré que les chiens aident les personnes sans domicile à se sentir aimées et valorisées, ce qui tend à réduire les symptômes de dépression et de stress.


Une autre étude intitulée pour sa part « A Part of Me. The Value of Dogs to Homeless Owners and the Implications for Dog Welfare », publiée en 2023 dans la revue Zoophilologica: Polish Journal of Animal Studies, souligne pour sa part que les sans-abris possédant un chien indiquent que leur compagnon leur procure un sentiment de « famille » et une raison de vivre, ce qui tend à renforcer leur résilience émotionnelle au quotidien.

Un chien procure de la sécurité

Un sans-abri dormant dans une tente avec son chien qui garde l'entrée

Si les chiens des sans-abris sont souvent de taille assez imposante, ce n’est pas sans raison : leur intérêt est aussi de dissuader des agresseurs potentiels, en particulier dans des environnements urbains dangereux et/ou la nuit.

 

De fait, différents travaux de recherche indiquent qu’un chien procure à un sans-abri un sentiment de sécurité, en le protégeant physiquement et en l’alertant d’éventuels dangers : c’est le cas notamment d’une étude intitulée « Pet Ownership among Homeless Youth: Associations with Mental Health, Service Utilization and Housing Status », parue en 2016 dans la revue Child Psychiatry & Human Development.


C’est d’autant plus vrai qu’un sans-abri est souvent dans une position de grande vulnérabilité et installé dans un espace ouvert, avec à clefs des risques réels de vol et d’agression.

Un chien facilite les interactions sociales

Un homme sans-abri assis dans la rue avec son chien qui se fait caresser par une bénévole

La présence d’un chien auprès d’un sans-abri peut faciliter les échanges avec certains passants, et a aussi pour effet d’humaniser ce dernier – avec à la clef une probabilité accrue qu’il bénéficie d’empathie et/ou d’aide.

 

C’est ce que souligne notamment un article intitulé « Homeless People and Their Dogs: Exploring the Nature and Impact of the Human–Companion Animal Bond », publié en 2021 dans la revue spécialisée Anthrozoös : l’attrait que suscite le chien peut permettre à son propriétaire d’obtenir plus facilement de la compassion, de la nourriture ou de l’argent.

Un chien procure des bienfaits physiques

Un homme sans-abri poussant un chariot rempli d'affaires et tenant deux chiens en laisse

Que ce soit pour l’ensemble de la population ou pour les sans-abris en particulier, les promenades régulières avec un chien augmentent l’activité physique, améliorent la santé cardiovasculaire et réduisent le stress grâce à la libération de certaines hormones – notamment l’ocytocine.


Ainsi, différentes études confirment que les sans-abris qui possèdent un chien présentent moins de troubles mentaux et jouissent d’un meilleur bien-être sur le plan cognitif et émotionnel que ceux qui n’en ont pas. C’est le cas notamment de celle intitulée « Pet Ownership among Homeless Youth: Associations with Mental Health, Service Utilization and Housing Status » et publiée en 2016 dans Child Psychiatry & Human Development.

Les inconvénients

Avoir un chien présente différents avantages pour un sans-abri, mais peut être à l’origine d’un certain nombre de difficultés – financières bien sûr, mais aussi sociales et émotionnelles.

Un chien représente des coûts supplémentaires

Une femme sans-abri assise dans la rue avec ses chiens, tenant un panneau sur lequel est écrit « J'ai faim, aidez-moi S.V.P. merci »

S’occuper d’un chien implique des dépenses pour le nourrir, l’entretenir et le soigner. En outre, il faut se procurer certains accessoires, comme une laisse ou un collier.


Une personne sans-abri ayant le plus souvent des ressources très limitées, ces coûts peuvent représenter pour elle un fardeau significatif. Une étude intitulée « Physical and behavioural health of dogs belonging to homeless people »,  publiée en 2024 dans Animal Welfare, montre ainsi que les sans-abris possédant un chien choisissent parfois de sacrifier leurs propres besoins (notamment l’achat de nourriture) pour subvenir aux siens, ce qui aggrave – ou du moins n’arrange pas – leur situation.


Le problème se pose tout particulièrement pour les coûts vétérinaires, qui ont tôt fait d’être conséquents. Certaines associations peuvent apporter alors une aide décisive (généralement en soignant gratuitement l’animal), mais elles ne sont pas présentes partout. De fait, il est courant qu’un sans-abri ne soit pas en mesure de soigner son compagnon lorsque celui-ci est malade, voire que cela l’amène à l’abandonner - ou même à l’achever s’il est très souffrant.

Un chien limite l’accès aux refuges et aux services sociaux

Un homme sans-abri dormant à même le trottoir avec son chien

De nombreux refuges destinés aux sans-abris leur interdisent de venir avec un animal, si bien que ceux-ci doivent potentiellement choisir entre avoir un toit pour la nuit ou rester avec leur chien. Beaucoup choisissent alors de dormir dehors pour ne pas abandonner leur compagnon, même si les conditions climatiques sont difficiles voire extrêmes.


En France, comme le souligne le « 30ème rapport sur l’état du mal-logement en France » de la Fondation pour le Logement (ex Fondation Abbé Pierre), la plupart des structures d'hébergement d'urgence, comme celles gérées par le Samu Social ou Emmaüs, font le choix de ne pas accepter les animaux, à la fois pour des raisons d'hygiène et de logistique. Ce faisant, elles excluent les sans-abris ayant un chien et les exposent à des risques accrus pour leur santé et leur sécurité – ainsi d’ailleurs que celle de leur compagnon. En outre, cette exclusion entretient leur isolement et n’arrange évidemment pas leur réinsertion.


On retrouve la même politique (et donc les mêmes problématiques) au Québec au sein par exemple des hébergements proposés par la Mission Old Brewery, en Belgique avec ceux opérés par Les Petits Riens, ou encore en Suisse avec ceux de Caritas.

Un chien représente des responsabilités supplémentaires dans un contexte déjà difficile

Une femme sans-abri assise dans la rue avec son chien en laisse

Un chien demande du temps et de l'énergie pour l’éduquer, le promener et le divertir, l’entretenir, le soigner… Or, dans le contexte de la vie dans la rue, les priorités sont clairement de se procurer de la nourriture, de trouver un abri, de protéger le peu que l’on possède… Elles relèvent de la survie, et sont forcément sources de stress : quand à cela vient s’ajouter les responsabilités liées à la possession d’un chien, cela peut vite faire trop.


Différentes études soulignent ainsi que certains sans-abris ressentent un stress supplémentaire lié à la nécessité de protéger leur chien dans un environnement violent ou d’éviter un conflit lié à ce dernier. En effet, s’il est mal socialisé et/ou aboie beaucoup, cela peut provoquer des tensions avec les passants ou d'autres sans-abri, et plus largement compliquer les interactions sociales. C’est le cas notamment de celle intitulée « Perceived Relationships and the Costs and Benefits of Dog Ownership in Czech Homeless and Non-Homeless People »  et publiée en 2025 dans la revue Anthrozoös. Celle intitulée « A Comprehensive Analysis of How Pet Ownership Impacts the Experiences and Well-Being of Homeless Individuals » et parue en 2024 dans la revue People and Animals: The International Journal of Research and Practice met également le doigt sur ce problème.


On peut ajouter aussi que cette charge mentale supplémentaire risque de détourner l’attention de la recherche d’une solution durable pour sortir de la rue.

Un chien rend plus difficile l’accès aux transports publics

Un homme sans-abri avec ses chiens sous un abri de bus

Souvent, tout ou partie des chiens ne sont pas autorisés dans les transports publics. Pour une personne sans-abri, en posséder un peut donc constituer un obstacle pour chercher un endroit où s’installer, des soins médicaux ou encore un emploi.


C’est d’autant plus vrai que lorsque certains chiens seulement sont interdits, ce sont généralement ceux qui dépassent un certain gabarit. Or, les sans-abris possèdent justement surtout de tels chiens.

Un chien peut être source de stigmatisation

Un homme sans-abri et ses deux chiens dans la rue

Si la présence d’un chien peut avec certaines personnes humaniser l’image d’un sans-abri et faciliter les interactions sociales, d’autres en revanche se montrent nettement moins réceptives. En effet, une partie des gens ont plutôt tendance à penser qu’il utilise son animal pour susciter de la compassion et leur soutirer de l’argent, ou encore qu’il n’est pas en mesure de lui offrir des conditions d’existence décentes, voire qu’il devrait plutôt se focaliser sur comment se sortir de sa situation. C’est confirmé par beaucoup de travaux sur la question, notamment une thèse du sociologue Christophe Blanchard parue en 2013 et intitulée « Entre Crocs et Kros : Analyse sociologique du compagnonnage entre l'exclu et son chien »


D’ailleurs, dans une étude intitulée « Pet Ownership among Homeless Youth: Associations with Mental Health, Service Utilization and Housing Status », publiée en 2016 dans Child Psychiatry & Human Development,  quasiment un quart des sans-abris interrogés qui possédaient un chien ont déclaré avoir déjà passé un moment « compliqué » avec des passants du fait de ce dernier. Cette stigmatisation a bien sûr un impact négatif sur l’estime de soi.


Pourtant, il n’existe pas de travaux de recherche laissant supposer que les chiens de sans-abris subissent plus de maltraitance que les autres. Au contraire, une étude intitulée « Étude sur la présence des chiens auprès des SDF à Reims » , réalisée en 2012 par l’institut de sondage français IPSOS, constate qu’on n’observe chez les sans-abris que très peu de gestes d’agressivité physique ou verbale envers leur chien.

La disparition du chien peut générer des rechutes

Un homme sans-abri buvant au goulot une bouteille de vin

La relation unissant un sans-abri à son chien étant très forte, la disparition de ce dernier (décès, perte, confiscation par les autorités…) est souvent vécue comme un événement traumatisant, qui peut générer un sentiment de culpabilité chez son propriétaire. C’est ce que soulignent d’ailleurs plusieurs experts en psychologie dans un article intitulé « Homelessness and Companion Animals: More than Just a Pet? », publié en 2012 dans le British Journal of Occupational Therapy.


Plus largement, lorsque l’animal disparaît, il existe un risque important de dépression, comme le souligne notamment un chapitre du livre Men and Their Dogs: A New Understanding of Man’s Best Friend (2013) ayant pour titre « Street-Involved Youth and Their Animal Companions: Stigma and Survival ». Un article publié en 2018 dans le Journal of Poverty et intitulé « The perceived costs and benefits of pet ownership for homeless people in the UK: practical costs, psychological benefits and vulnerability » souligne qu’on observe alors souvent aussi une augmentation de la consommation d’alcool ou de substances – ou une rechute si la personne était en phase de sevrage.

La vie d’un chien de sans-abri est-elle enviable ?

Les aspects positifs dans la vie d’un chien de sans-abri

Contrairement à ce que l’on pourrait croire de prime abord, un chien appartenant à un sans-abri ne vit pas forcément une existence aussi misérable que ce dernier.

Il bénéficie d’une compagnie constante et d’un lien affectif fort

Un homme sans-abri assis dans la rue avec son chien sur les genoux, et en train de lui faire un câlin

Un chien vivant aux côtés d’une personne sans-abri bénéficie d'une présence humaine quasi-permanente, ce qui est bénéfique à son bien-être émotionnel. Sur ce plan, son existence est plus enviable que celle de nombre de ses congénères qui sont laissés seuls à la maison pendant que leur propriétaire travaille : cet isolement a tôt fait d’être stressant pour eux, voire dans les cas extrêmes peut provoquer une dépression.


C’est d’autant plus vrai que plusieurs études montrent que l’attachement des sans-abris à leur chien est généralement très élevé, et même supérieur à la moyenne. C’est le cas notamment de celle intitulée « Benefits and Liabilities of Pets for the Homeless » et publiée en 1994 dans National Library of Medicine, ou encore d’une autre nommée « Homelessness and Dog Ownership: An Investigation into Animal Empathy, Attachment, Crime, Drug Use, Health and Public Opinion » et parue pour sa part en 2004 dans Anthrozoös.


Cela semble d’ailleurs confirmer l’idée que l’attachement d’une personne aux animaux est d’autant plus élevé qu’elle a peu de contacts humains, comme c’est le cas de beaucoup de sans-abris. Cette thèse est notamment défendue dans un article intitulé « Why do People Love their Pets? », paru en 1997 dans Evolution and Human Behavior.


Or, il va sans dire qu’un chien apprécie de recevoir de la part de son propriétaire un amour inconditionnel.

Il joue un rôle social bénéfique à son bien-être

Un homme sans-abri faisant un câlin à son chien

Un chien appartenant à un sans-abri n’est généralement pas isolé dans une relation duelle avec ce dernier.


En effet, il joue souvent un rôle de « lien social » à son service, attirant l'attention de passants et/ou facilitant différentes interactions.

 

Or, cela lui profite aussi à lui-même : il reçoit de l’attention, des caresses, de la nourriture… de la part de toutes sortes de personnes.


En outre, ces possibilités d’interaction le divertissent : de fait, il est moins susceptible de souffrir d’ennui qu’un congénère passant le plus clair de son temps cantonné à l’intérieur d’un foyer, aussi confortable ce dernier soit-il.

Les aspects négatifs dans la vie d’un chien de sans-abri

Contrairement à ce que l’on pourrait croire de prime abord, la vie d’un chien appartenant à une personne sans-abri n’est pas forcément malheureuse. Néanmoins, cette existence particulière va souvent de pair avec un certain nombre de problèmes, notamment en termes de santé et de sécurité.

Un accès limité aux soins vétérinaires

Un homme sans-abri assis par terre en train de brosser un de ses deux chiens

Un chien appartenant à un sans-abri n’a souvent qu’un accès restreint aux soins vétérinaires, compte tenu des contraintes financières et logistiques de son propriétaire.


Cela implique un risque accru de problèmes de santé non traités : une infection, des parasites (puces, tiques…), une blessure…


La prévention est également souvent défaillante. En particulier, la vaccination est souvent jugée non essentielle, et donc mise de côté. Cela peut être le cas aussi des traitement anti-parasitaires.


C’est d’autant plus vrai que, comme le souligne notamment une étude intitulée « Homeless Women’s Voices on Incorporating Companion Animals into Shelter Services » et publiée en 2011 dans Anthrozoös: A Multidisciplinary Journal of The Interactions of People & Animals, certains sans-abris sont réticents à l’idée de voir un vétérinaire. En effet, ils ont peur de se faire confisquer leur compagnon pour non-respect de la législation relative à l’identification obligatoire des chiens ou de celle relative à leur catégorisation. 

Une exposition à des conditions environnementales difficiles

Un homme sans-abri assis dans la rue sous la pluie avec son chien sous un parapluie

Vivant en extérieur, un chien de sans-abri est davantage susceptible d’être exposé à des conditions climatiques extrêmes pouvant affecter non seulement son confort, mais aussi sa santé physique.


C’est d’autant plus vrai qu’il dort souvent à même le sol, avec donc les risques d’hypothermie et d’engelures que cela implique en hiver, de coups de chaleur et de brûlures en été.

Une alimentation de mauvaise qualité

Un homme sans-abri donnant une cuillère de nourriture à son chien

Il en va de la nourriture comme des soins : du fait des ressources limitées de son maître, un chien de sans-abri a souvent une alimentation moins adaptée et régulière que ses congénères qui vivent au sein d’un foyer. De fait, il doit souvent se contenter de restes de nourriture destinée aux humains, qui ne correspondent donc pas nécessairement à ses besoins nutritionnels. Elle peut en outre être de mauvaise qualité, voire avariée.


Dans ce dernier cas, il risque une parasitose (c’est-à-dire une maladie causée par des parasites) ou une infection bactérienne. L’une comme l’autre peuvent se traduire par des diarrhées (avec à la clef un risque de déshydratation), mais aussi par des problèmes beaucoup plus graves si les reins, le foie ou le système nerveux sont touchés.


En outre, sur la durée, une alimentation inadaptée a tôt fait de causer des carences nutritionnelles, voire d’aboutir à des problèmes osseux, dentaires ou métaboliques : diabète, maladie hépatique ou rénale, maladie cardiovasculaire…


Enfin, elle risque aussi de provoquer un problème de surpoids voire d’obésité, elle-même susceptible d’aggraver toutes sortes de pathologies déjà existantes ou d’en causer de nouvelles.

Un risque pour sa sécurité

Un chien enroulé dans une couverture et allongé près d'une route

Un chien de sans-abri est exposé à toutes sortes de risques liés à la vie dans la rue : collision avec un véhicule (voiture, vélo, trottinette…), interaction hostile de la part d'autres animaux (notamment des congénères) ou de certains humains, etc.

 

Concernant ces derniers, c’est d’autant plus vrai que sa présence constante dans l’espace public peut irriter (avec potentiellement à la clef une intervention des services d’ordre) ; or, il risque d’être pris pour cible en cas de situation conflictuelle.

Une probabilité accrue de séparation abrupte

Un chien allongé dans des cartons dans la rue

Un chien de sans-abri est davantage susceptible d’être subitement séparé de son propriétaire – par exemple suite à l’arrestation de ce dernier, ou bien du fait qu’il est saisi par les autorités pour non-respect de la réglementation ou suite à des plaintes. C’est d’autant plus vrai dans un cadre urbain, où les sans-abris sont souvent soumis à des contrôles ou expulsions.


Le stress émotionnel qu’un chien de sans-abri subit en cas de séparation alors est d’autant plus intense qu’il entretient généralement un lien particulièrement étroit avec son maître.

L’impact pour la société de la présence de chiens auprès des sans-abris

Avoir un chien présente indéniablement des avantages pour un sans-abri, même si par certains aspects cela pose aussi différents défis. Il en va de même en quelque sorte pour la société dans son ensemble : cette association a à la fois des avantages et des inconvénients.

Les avantages

La présence de chiens auprès des sans-abris permet de réduire la délinquance ainsi que les comportements à risque (qui ont un coût pour la collectivité), mais aussi de créer du lien social et de la solidarité.

Une réduction de la délinquance et des comportements à risque

Une femme sans-abri tricotant dans la rue avec son chien

Prendre soin d’un animal entraîne un sentiment de responsabilité et de contrôle de sa propre vie. En ce sens, comme le souligne un article intitulé « Unleashing hope: the power of dog ownership for people experiencing homelessness »  et publié en 2023 sur le site du Centre for Homelessness Impact, les sans-abris qui possèdent un chien sont incités à adopter de meilleures habitudes de vie – notamment moins consommer des substances en tout genre, ou éviter les comportements à risque.


Ils le font dans l’intérêt de leur animal, mais cela s’avère aussi positif pour eux (a fortiori si cela les aide au final à se réinsérer), et in fine pour la société dans son ensemble. En effet, cela fait diminuer notamment les coûts liés à la sécurité ainsi qu’à leur santé physique et mentale.

Un renforcement du lien social et de la solidarité

Un homme donnant un papier à un sans-abri assis dans la rue avec son chien

Qu’elles en possèdent un ou non, de nombreuses personnes aiment les chiens. Lorsqu’elles en voient un aux côtés d’une personne sans-abri, elles sont alors davantage enclines à éprouver de l’empathie envers ce dernier, voire carrément à chercher à l’aider.


Ainsi, la présence de chiens auprès de sans-abris génère davantage de tolérance, de bienveillance et de solidarité à l’égard de ces personnes. Elle crée donc de la cohésion sociale.

Les inconvénients

La présence de chiens auprès des personnes sans-abri a des avantages pour la société dans son ensemble, mais ne va pas non plus sans certains inconvénients et risques.

Un risque pour la santé publique

Un chiot sale allongé dans la rue à côté d'un sans-abri

Les chiens de sans-abris sont souvent non vaccinés (ou du moins pas à jour de leurs vaccins) et non traités contre les parasites. Ils présentent donc un risque de transmission de maladies et parasites (par exemple des puces et la gale) nettement plus élevé que leurs congénères, comme le souligne un article intitulé « Homeless Women’s Voices on Incorporating Companion Animalsinto Shelter Services » et publié en 2011 dans Anthrozoös: A Multidisciplinary Journal of The Interactions of People & Animals.


D’autre part, l’urine et les déjections de chiens dans l'espace public sont synonymes de risques sanitaires non négligeables. Or, c’est d’autant plus vrai pour ceux des sans-abris, qui sont moins bien lotis en termes de vaccination ainsi que de traitements antiparasitaires. La première peut notamment véhiculer des bactéries dangereuses comme celle à l'origine de la leptospirose, une maladie potentiellement grave affectant le foie et les reins. Les seconds pour leur part sont susceptibles de contenir toutes sortes de parasites (notamment des vers intestinaux) transmissibles aux humains par contact avec des surfaces contaminées, et provoquant des infections parfois graves. L’urine et les déjections favorisent également la prolifération dans l’espace urbain de microbes pouvant causer des infections cutanées ou gastro-intestinales. Plus largement, ils contribuent à la dégradation de l'hygiène publique et peuvent attirer des nuisibles (rongeurs, mouches, blattes…), avec à la clef des conséquences sanitaires supplémentaires.


Un chien présent dans l’espace public peut également être à l’origine d’accidents, en particulier s’il se montre agressif envers des passants. Ces derniers sont notamment susceptibles de chuter et se faire mal (par exemple en voulant l’éviter), ou bien de subir une blessure directement infligée par l’animal – notamment une morsure, avec à la clef un risque d’infection bactérienne. En outre, comme un chien de sans-abri n’est que rarement vacciné contre la rage, il existe aussi en cas de morsure un risque potentiel de transmission de cette maladie – qui est néanmoins très faible. Quel que soit le cas de figure exact, les soins médicaux correspondant (administration d’antibiotiques, traitement chirurgical, hospitalisation…) représentent évidemment un coût pour la collectivité. 

Des problèmes potentiels liés au partage de l’espace public

Un sans-abri assis devant un magasin avec ses trois chiens

Il n’est pas rare que les commerçants et riverains d’un quartier où résident des sans-abris se plaignent de l’image négative que renvoie la présence de ces derniers. Ce problème est amplifié si certains parmi eux possèdent un chien, compte tenu des potentielles nuisances à la tranquillité publique : aboiements, déjections…


Certaines communes prennent d’ailleurs des mesures pour éloigner les sans-abris (avec ou sans chien), notamment en optant pour du mobilier urbain conçu pour qu’on ne puisse pas s’allonger dessus – en particulier dans les centres-villes.

Les associations qui aident les sans-abris ayant un chien

Différentes associations aident les personnes sans-abri possédant un chien à s’en occuper en fournissant pour ce dernier de la nourriture et des soins vétérinaires gratuits ou à prix réduit, que ce soit dans des structures dédiées ou par le biais de maraude. Certaines proposent aussi une solution temporaire d’hébergement – par exemple une famille d'accueil qui prend en charge l'animal pendant que son propriétaire est logé dans un refuge où ce dernier n’est pas accepté.


Cette aide peut s’avérer décisive pour permettre à la personne de garder son animal en bonne santé, voire de le garder tout court. Cependant, ces associations n’ont souvent qu’une portée locale, et même celles qui ont une plus grande envergure ne couvrent généralement pas l’ensemble du territoire.

En France

Une bénévole de l'association « Gamelles pleines » donnant de la nourriture à un chien de sans-abri

Il existe en France diverses associations qui aident les sans-abris (ou plus largement les personnes en situation de précarité) à s’occuper de leur animal. Certaines ont un rayon d’action local (une ville, un département, une région…), mais d’autres en revanche ont une dimension nationale et sont présentes à différents endroits du pays. C’est le cas en particulier de :

 

  • la Fondation Assistance aux Animaux : créée en 1976, elle gère notamment à Paris et dans plusieurs régions des dispensaires vétérinaires prenant en charge gratuitement les animaux des plus pauvres, notamment les SDF. Elle y offre vaccins, stérilisation et traitements antiparasitaires ;

  • Gamelles Pleines : cette association a été fondée en 2008 à Caen, mais est désormais active dans toute la France. Elle organise des maraudes pour distribuer de la nourriture et des couvertures aux chiens des sans-abris, mais aussi leur prodiguer des soins vétérinaires. Elle vise également à combattre les préjugés sur la maltraitance et gère un réseau de familles d'accueil temporaires ;

  • Croquettes pour Tous : cette association créée en 2013 aide les personnes défavorisées (notamment les SDF) possédant un animal en leur fournissant de la nourriture pour ce dernier ainsi qu’un accès à des soins vétérinaires. Elle travaille en partenariat avec les Restos du Cœur et le Secours Populaire.

 

En outre, certaines associations de protection animale dont le champ d’action est plus vaste consacrent une partie de leur activité à l’aide spécifique aux chiens des sans-abris. C’est le cas notamment de :

 

  • la Société Protectrice des Animaux (SPA) : fondée en 1845, elle est la plus ancienne association française consacrée à la protection des animaux. Elle aide les sans-abris via des refuges et dispensaires qui acceptent les animaux des plus démunis pour des soins gratuits. Elle collabore également avec des associations qui organisent des maraudes destinées aux SDF possédant un animal ;

  • la Fondation 30 Millions d'Amis : cette association de protection animale créée en 1976 intervient elle aussi au profit des sans-abris, notamment en soutenant les initiatives locales d’étudiants organisant des maraudes pour fournir nourriture et soins à leurs chiens, ainsi qu’en finançant des dispensaires vétérinaires. 

En Belgique

Un dispensaire pour les sans-abri et leurs chiens de la Fondation Prince Laurent

Il existe en Belgique diverses associations dédiées aux animaux des personnes défavorisées (notamment les sans-abris). En parallèle, plusieurs associations généralistes de protection animale consacrent certaines de leurs actions à ces derniers. C’est le cas entre autres de :

  • la Fondation Prince Laurent : cette association active depuis 2011 soutient les sans-abris possédant un chien via des dispensaires dans lesquels non seulement ce dernier est accepté, mais qui sont même conçus spécifiquement pour cela ; 

  • l’Union Wallonne pour la Protection des Animaux (UWPA) : cette association créée en 2019 organise des maraudes ciblant les sans-abris ayant un animal et prodigue différents soins (notamment l’administration de vermifuges et de traitements antiparasitaires) aux compagnons des sans-abris un peu partout en Wallonie. Elle travaille en partenariat avec l'AMA, une fédération des maisons d’accueil et des services d’aide aux sans-abris.

En Suisse

Deux volontaires approchant un sans-abri dormant dehors en Suisse

Contrairement à ce qu’on observe en France et en Belgique, il n’y a pas vraiment en Suisse de programmes structurés de grande ampleur portés par de grandes associations de protection animale et visant à aider les chiens des sans-abris.


Cela ne veut pas dire que rien n’est fait pour ces derniers. En effet, il existe bel et bien toutes sortes d’initiatives en ce sens mais elles sont souvent locales, ponctuelles et majoritairement menées par des particuliers ou de toutes petites associations.

Au Québec

Des sans-abri attendant devant la Mission Old Brewery à Montréal, Québec

Au Québec, les efforts pour soutenir les animaux des personnes en situation d’itinérance ne relèvent pas de programmes organisés par de grandes associations de protection animale. 


Dans différents endroits, des particuliers et des petites associations prennent des initiatives pour venir en aide aux animaux des personnes en situation d’itinérance. Celles-ci n’ont souvent qu’une portée limitée dans l’espace et/ou le temps. 


De fait, on peut déplorer l’absence de programmes de grande ampleur qui seraient portés par les associations de protection animale ayant pignon sur rue.

Conclusion

Ce n’est pas un hasard s’il est courant de voir des chiens aux côtés de personnes sans-abris. En effet, ces derniers apprécient le soutien émotionnel et la protection qu’un tel compagnon leur apporte, même si cela ne va pas aussi sans certains inconvénients – notamment un accès réduit aux structures d’accueil.


Cette association n’est pas non plus sans intérêt pour les chiens en question ainsi que pour la société dans son ensemble, même si là aussi elle présente également des désavantages et des risques.


Il n’en reste pas moins que souvent, ces duos ne laissent pas indifférents, qu’il s’agisse de susciter de la sympathie (voire de l’empathie) ou de s’interroger sur la capacité des sans-abris à s’occuper d’un animal.


Concernant ce dernier point, il convient de souligner qu’ils ne sont pas forcément livrés à eux-mêmes : il existe dans de nombreux endroits des associations qui les aident à nourrir, entretenir et surtout soigner leur compagnon.


De fait, il arrive qu’une personne sans-abri parvienne mieux à rendre son chien heureux et le garder en bonne santé que d’autres qui ont des conditions d’existence bien meilleures, mais n’ont pas forcément pris conscience au moment d’adopter de l’engagement majeur et durable que cela représente.

Par Muriel L. - Dernière modification : 01/02/2026.