Le musher dans un attelage de chiens de traîneau

Qu'est-ce qu'un musher ?

Qu'est-ce qu'un musher ?

Le mot « musher » viendrait des Français immigrés au Canada au 18ème siècle : le terme « marche », utilisé pour donner aux chiens l’ordre d’avancer, aurait été anglicisé par les conducteurs de traîneaux canadiens anglophones en « mush ». De fil en aiguille, le terme désignant les conducteurs serait devenu celui de « musher ».

 

L’immense majorité des mushers sont avant tout des hommes et des femmes passionnés par les chiens et les grands espaces. Toutefois, il est difficile de vivre de cette passion, si bien que tous ne sont pas des professionnels : beaucoup exercent cette activité de manière totalement amateur, en parvenant à la concilier avec un emploi sans rapport avec le mushing, voire sans rapport avec les chiens. Par ailleurs, parmi les mushers professionnels, tous ne sont pas des compétiteurs : certains se consacrent exclusivement à proposer des balades, des randonnées ou des raids à des clients privés, souvent en toutes saisons.

 

Ceux qui participent à des courses de chiens de traîneaux se livrent d’ailleurs aussi à cette activité, notamment l’été, avant le début de l’entraînement intensif des chiens. Cela permet à leurs protégés de faire de l’exercice pendant la saison creuse et au musher de bénéficier d’un apport financier pour subvenir aux besoins de son attelage, acheter de l’équipement pour les courses, etc.

Devenir musher

Devenir musher

Dans la plupart des pays, aucun diplôme spécifique n’est requis pour devenir musher. Les futurs mushers sont formés dans les chenils par d’autres mushers expérimentés, sous forme de stages ou de périodes d’apprentissage.

 

Certains pays, comme la Suisse, proposent des formations encadrées, mais celles-ci ne donnent pas lieu à la délivrance d’un diplôme. En France, en revanche, il est nécessaire d’obtenir le DEJEPS (Diplôme d’État de la Jeunesse Populaire et des Sports), en passant par des formations et des stages.

 

Au final, les principaux prérequis sont d’être sportif, car c’est un métier très physique, et d’avoir une bonne connaissance des races de chiens utilisées pour les courses de traîneaux.

Les débuts en compétition d’un musher

Les débuts en compétition d’un musher

La majorité des mushers de compétition possèdent leur attelage, c’est-à-dire qu’ils sont propriétaires de leurs chiens. Il est toutefois possible de louer un attelage à un musher disposant d’un grand chenil, mais ce n’est pas fréquent.

 

Les débuts d’un musher (qu’il soit compétiteur ou pas, d’ailleurs) sont progressifs. Certains commencent par la pulka ou le skijoring avant de se lancer dans le traîneau, car ces deux sports ne demandent qu’un nombre limité de chiens (et d’être un excellent skieur de fond !). De plus, les techniques d’entraînement et d’éducation de ces disciplines sont transposables à un chenil de petite taille.

 

 

Le musher dans un attelage de chiens de traîneau

En effet, les mushers commencent généralement par un petit chenil (4 individus environ) et, peu à peu, achètent des chiens supplémentaires pour l’agrandir. A partir d’un certain nombre, il leur devient possible de se lancer dans la reproduction. Les chiots ainsi obtenus permettent d’agrandir et de renouveler l’attelage, mais aussi de louer ou de vendre des chiens à d’autres mushers.

 

L’achat des tous premiers chiens, ceux qui constituent la base du chenil, n’est pas une chose aisée. En effet, il n’est pas facile d’être sûr d’acheter de bons chiens de traîneau quand on manque d’expérience. De ce fait, il est courant qu’un musher qui vend des chiens laisse à l’acheteur potentiel le temps de les tester à travers des balades en attelage, voire quelques semaines d’essai gratuit.

 

Le musher dans un attelage de chiens de traîneau

Quoi qu’il en soit, le musher débutant ne choisit pas forcément des chiots comme premiers chiens. En effet, choisir des adultes est une pratique de plus en plus fréquente, même si elle n’est pas encore totalement entrée dans les mœurs. L’avantage de procéder ainsi est que l'animal est déjà éduqué et a sa morphologie et son caractère définitifs.

 

Cela nécessite bien sûr de choisir un musher reconnu comme digne de confiance, afin par exemple d’éviter d’acquérir à un prix surévalué un chien aux performances faibles ou irrégulières. Le bouche-à-oreille est un des moyens pour le trouver, ainsi que les clubs de mushing.

La double vie des mushers de compétition

La double vie des mushers de compétition

Entre les soins, les repas, l’entretien et les entraînements, les journées des mushers passent vite. Mais ces passionnés ne ménagent pas leur peine pour leurs chiens, auxquels ils sont généralement très attachés. De fait, ils passent beaucoup de temps avec eux, et même pendant certaines périodes davantage qu’avec leur propre famille, notamment pendant les entraînements. Durant les courses, ils forment une équipe, un tout, et le musher n’a pendant des heures voire des jours d’autre compagnie que ses chiens.

 

Toutefois, si participer à des compétitions de chiens de traîneau peut rapporter un peu, cela coûte aussi beaucoup, et ce tout au long de l’année : matériel, dépenses vétérinaires, budget pour l’alimentation et l’entretien des chiens, frais d’inscription aux compétitions...

 

Les mushers professionnels se doivent donc de diversifier leurs activités et sources de revenu.

 

Nombre d’entre eux possèdent ainsi des chiens utilisés uniquement pour proposer des promenades en chiens de traîneau à une clientèle de particuliers - voire utilisent ponctuellement certains de leurs chiens de compétition à cette fin, en fonction de la taille de leur chenil.

 

Ils peuvent aussi louer ou vendre certains de leurs chiens, que ce soit pour un usage loisirs ou compétition.

 

Enfin, certains profitent aussi du fait d’avoir une certaine expérience et/ou notoriété pour former d’autres mushers.

Les différents types de courses de chiens de traîneau

Il existe trois types de courses de traîneau :

Les courses de vitesse

Les courses de vitesse

Elles se courent en deux manches réparties sur deux jours, chacune ayant une distance comprise selon la catégorie entre 7 et 8 kilomètres, 12 et 15 kilomètres, 18 et 20 kilomètres ou encore 22 et 25 kilomètres. La catégorie dans laquelle concourt un attelage est déterminée par la race des chiens qui le composent ainsi que par leur nombre. La vitesse moyenne se situe autour de 30 km/h.

 

L’Atlantirod, organisé chaque année en Loire-Atlantique (France) est un exemple de ce genre de course, même si elle ne se déroule pas sur un terrain enneigé. Les courses de pulka et de ski-joëring correspondent aussi à ce type de distances.

Les courses de mi-distance

Les courses de mi-distance

Elles se courent sur une distance comprise entre 20 et 60 kilomètres, et les catégories sont définies en fonction des mêmes critères que dans les courses de vitesse. La vitesse moyenne des chiens est comprise entre 30 km/h sur les distances les plus petites, et 16 à 22 km/h sur les distances les plus longues.

 

La Puymarod, dans le Cantal (France), est une course qui mêle des épreuves de vitesse et de mi-distance.

Les courses de longue distance

Les courses de longue distance

Elles se courent sur une ou plusieurs semaines, par étapes plus ou moins longues (jusqu’à plus de 100 km par jour), et la distance totale peut dépasser les 1000 kilomètres. La vitesse moyenne des attelages se situe autour de 15 à 16 km/h. Si les conditions sont très difficiles, elle peut même tomber à 10 km/h, mais se situe rarement en-dessous.

 

La Grande Odyssée Savoie Mont Blanc ou l’Iditarod font partie des courses de ce type les plus connues.

Débuter dans la compétition

Débuter dans la compétition

Une fois formé au métier, avec éventuellement un diplôme à la clef, le musher peut choisir de devenir compétiteur. Il commence alors généralement par les petites courses (nécessitant de 1 à 4 chiens), le temps de constituer un attelage plus important. Pour accéder à des courses de longue distance comme l’Iditarod ou la Yukon Quest, il lui faut d’abord accumuler une certaine expérience dans d’autres compétitions moins exigeantes. En effet, fort logiquement, ce ne sont pas des courses ouvertes aux débutants.

 

Pour s’inscrire à une course, quelle qu’elle soit, il est obligatoire d’avoir des chiens vaccinés et en bonne forme physique, avec un bon tempérament - les chiens agressifs sont refusés. Il faut également s’acquitter des frais d’inscription, variables selon les épreuves.

 

Un musher sans grande expérience peut participer aux courses de vitesse et aux courses de mi-distance. En plus de lui servir d’entraînement et de tremplin pour apprendre le métier et progresser, elles lui permettent également de rencontrer de nouvelles personnes et ainsi multiplier ses relations et ses contacts dans le monde du mushing et des courses de traîneau. En effet, les mushers expérimentés y participent aussi régulièrement, car c’est pour eux et leurs chiens un excellent entraînement de préparer des épreuves plus longues et plus difficiles.

Les responsabilités du musher en compétition

© Hannah Borgerding
© Hannah Borgerding

Les mushers ont la réputation de prendre davantage soin des chiens que d’eux-mêmes pendant les courses. En effet, force est de constater que leurs champions mangent souvent mieux qu’eux, et bénéficient de davantage de repos.

 

De fait, il y a très peu de cas de maltraitance recensés. Les règlements des courses sont très stricts concernant de tels comportements, qui entraînent au minimum la disqualification immédiate du coupable. Mais de toute façon, il est dans l’intérêt même du musher de prendre soin de ses animaux, car un chien qui n’est pas bien soigné n’est pas performant.

 

Tout au long de la compétition, le musher est donc très attentif à ses chiens, afin de déceler au plus vite le moindre problème, au même titre que les chiens sont très attentifs à leur maître et à ses ordres, heureux s’il est content d’eux. Les caresses et les compliments à la fin de l’étape sont leur plus grande récompense.

 

© Hannah Borgerding
© Hannah Borgerding

Dire que l’équipe « musher + chiens » forme un tout n’est pas exagéré. En effet, il ne faut pas croire que le rôle du musher se limite à donner des ordres et à se faire tirer sur le traîneau. Sans cesse, il encourage, félicite, corrige, jonglant en permanence entre une vision et une gestion de l’attelage à la fois globale et individuelle. Tout au long de l’étape, il aide ou soulage les chiens : il patine sur le plat, court à côté du traîneau dans les montées, le pousse pour les soulager, etc. Chiens et musher sont des partenaires dans l’action, chacun ayant son rôle à jouer et le jouant sans faiblir.

 

Une fois parvenus à l’arrivée de l’étape, le musher inspecte les chiens, vérifie leurs muscles et leurs articulations en attendant le passage du vétérinaire, les masse pour éliminer les contractures, leur graisse les pattes pour les protéger du froid, change leurs bottines si elles sont trop mouillées, les couvre d’un manteau pour chien afin de les tenir au chaud, puis les fait dormir dans des duvets s’il ne s’agit pas de races nordiques. Ce n’est qu’après qu’il commence à s’occuper de lui-même, c’est-à-dire manger et se reposer. Une des principales difficultés auxquelles est confronté le musher pendant les courses de longue distance, en plus du froid, est d’ailleurs le manque de sommeil.

 

Pour pouvoir tenir le coup pendant les une, deux, voire parfois trois semaines que durent les courses de longue distance, la plupart commencent à se préparer physiquement dès le mois d’août, même si les courses n’ont lieu qu’entre janvier et début mars. Ils doivent en effet mettre toutes les chances de leur côté en termes à la fois de force physique et d’endurance, mais aussi de résistance au froid et au manque de sommeil.

L’équipement obligatoire du musher pendant la course

© Hannah Borgerding
© Hannah Borgerding

Dans les courses de longue distance, le musher doit avoir en permanence, pendant toute la durée de la course, soit dans le traîneau soit sur lui :

  • le vetbook de chacun des chiens, dans lequel les vétérinaires de l’organisation consignent chacun des problèmes rencontrés par l'animal pendant la course ;
  • un sac pour chien adapté à leur transport dans le traîneau, en cas de blessure ou de trop forte fatigue ;
  • un détecteur de victime d’avalanches ;
  • une balise GPS ;
  • un duvet, voire d’autres matériels de survie (réchaud….), en fonction de la course ;
  • une trousse de premiers secours pour les chiens et une pour lui ;
  • assez d’eau et de nourriture pour les chiens et pour lui jusqu’au point de contrôle suivant.

 

Cette liste n’est pas exhaustive et peut varier en fonction des spécificités de chaque épreuve.

Les contrôles auxquels le musher est soumis

Les contrôles auxquels le musher est soumis

Tout au long de la compétition, le musher est sous le contrôle du « race marshal », c’est-à-dire le juge, et de ses adjoints. Présents à chaque arrivée d’étape ainsi qu’aux points de contrôle, ils vérifient le matériel, l’équipement, l’état général des chiens, et soumettent le musher à des contrôles anti-dopage.

 

La FFST autorise un musher malade ou blessé à se faire remplacer en cours de compétition, mais cela n’est possible qu’une fois.

Le mot de la fin

Voir les attelages de chiens de traîneau évoluer dans des paysages naturels d’une beauté époustouflante peut faire rêver. Pour autant, la réalité est nettement plus nuancée, tout particulièrement en ce qui concerne les épreuves de longue distance : les courses de traîneau sont des épreuves très difficiles, et coûtent souvent plus d’argent aux mushers de compétition qu’elles ne leur en rapportent. Au-delà du goût de l’aventure voire du dépassement, leur moteur est la passion des chiens et de la formidable connivence qui les unit aux humains, en particulier dans les circonstances les plus difficiles, voire extrêmes.

 

On peut arguer qu’un chien n’est pas fait pour servir l’Homme, qui plus est au point de mettre en danger son intégrité physique - il peut y avoir des accidents, des blessures graves, et même des décès. C’est l’éternel débat sur l’utilisation du chien par l’Homme.

 

Quoi qu’il en soit, quand on voit les chiens hurler leur impatience et trépigner d’excitation au départ d’une course – le fameux « will to go » -, quand on les voit s’élancer fous de joie sur la piste, quand on voit le musher courir à côté d’eux dans les dénivelés pour soulager la charge et les encourager de la voix, masser leurs muscles et leurs pattes après l’étape du jour alors qu’il est souvent lui-même épuisé, on constate combien lui et ses protégés forment une équipe soudée, qui partage tout.

 

De fait, aucune existence ne serait plus triste pour un chien de traîneau qu’une vie dans un jardin clos, aussi spacieux soit-il. Ces chiens aiment courir et tracter : c’est dans leur nature, façonnée par des milliers d’années de coopération avec l’Homme. Sur ces grandes étendues enneigées, ils se livrent à l’activité qu’ils préfèrent, tout en partageant des moments forts avec leur maître. Il y a peu de chance que leur joie et leur entrain soient simulés...

Dernière modification : 05/07/2020.
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Sommaire de l'article

  1. 1. L’histoire des courses de chiens de traîneau 
  2. 2. Les attelages de chiens de traîneau 
  3. 3. Les chiens de traîneau : sélection, formation & entraînement... 
  4. 4. Le musher dans un attelage de chiens de traîneau
  5. 4.1. Qu'est-ce qu'un musher ?
  6. 4.2. Devenir musher
  7. 4.3. Les débuts en compétition d’un musher
  8. 4.4. La double vie des mushers de compétition
  9. 4.5. Les différents types de courses de chiens de traîneau
  10. · Les courses de vitesse
  11. · Les courses de mi-distance
  12. · Les courses de longue distance
  13. 4.6. Débuter dans la compétition
  14. 4.7. Les responsabilités du musher en compétition
  15. 4.8. L’équipement obligatoire du musher pendant la course
  16. 4.9. Les contrôles auxquels le musher est soumis

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