Les dermatoses des pieds chez le chien

Les dermatoses des pieds chez le chien

Une dermatose désigne toutes les affections de la peau dont peut souffrir un individu. Ces maladies ont des origines diverses et peuvent toucher tous les chiens, quels que soient l'âge ou la race du chien.


Les pieds du chien constituent une zone humide et chaude, avec de nombreux replis, subissant en permanence des traumatismes. Ils sont, en outre, en contact direct avec l'environnement, ce qui les prédispose à des blessures. On comprend donc aisément qu'un grand nombre d'affections cutanées touchent cette partie du corps.


Quelles sont les différentes pododermatites qui touchent le chien ? Comment traiter son chien atteint de dermatose au pied ?

Les pododermatites d'origine interne chez le chien

Anatomie du pied du chien

Anatomie du pied du chien

Le pied du chien est constitué de plusieurs zones distinctes. Les doigts sont au nombre de cinq sur chacune des pattes, sauf chez certaines races de chiens de berger, qui possèdent deux pouces sur les pattes postérieures. Les doigts sont séparés par des espaces interdigités.

 

Une patte comporte également une face dorsale et une face ventrale, en contact avec le sol. Cette dernière est aussi appelée face palmaire pour les membres antérieurs, et face plantaire pour les postérieurs. À ce niveau, la peau présente une structure similaire à celle présente ailleurs sur le corps du chien.

 

Les griffes du chien sont des productions de cornées spécialisées, qui ont de multiples rôles : déplacement, préhension, protection. Elles sont constituées de kératine très dure, empilée en amas.

 

Enfin, les coussinets sont des zones particulières, au niveau desquelles l'épiderme est extrêmement épais et festonné. Ils permettent une adhérence optimale, grâce à la présence de nombreuses villosités (surfaces velues) et de certaines glandes sudoripares, qui sécrètent la sueur. En outre, ils protègent les autres structures podales des traumatismes lors des déplacements.

 

Dans l'espèce canine, la majorité des lésions du pied concerne les espaces interdigités et les doigts. Les coussinets sont rarement atteints, contrairement à ceux des chats. Même chose pour les griffes des chiens, au contraire de l'espèce humaine, pour laquelle la pathologie des ongles constitue une spécialité à part entière en dermatologie.

Les pododermatites infectieuses du chien

Les pododermatites infectieuses du chien

Les infections sont la principale cause des pododermatites chez le chien. Contrairement aux pododermatites environnementales qui atteignent indifféremment un ou plusieurs pieds, ces dermatoses touchent fréquemment les quatre pattes en même temps.

 

Les agents infectieux en cause peuvent être des bactéries, des levures ou des parasites.

Les pododermatites allergiques chez le chien

Les pododermatites allergiques chez le chien

Les allergies sont la deuxième cause des lésions podales du chien. Le léchage intensif du bout des pattes est un signe majeur de dermite allergique chez le chien.

 

On retrouve ce comportement chez le chien s'il est atteint de diverses allergies :

 

Le chien peut aussi être atteint de dermatite par allergie de contact, bien qu'elle reste rare. Celle-ci peut provoquer l'apparition de lésions uniquement podales. Dans ce cas, la substance allergisante ou irritante est présente dans l'environnement et traverse la peau au niveau de la face palmaire ou plantaire des pieds. Les lésions sont donc initialement localisées sur les zones en contact avec le sol, ce qui permet de pouvoir suspecter cette maladie chez le chien. On observe ainsi des rougeurs, un léchage des pieds et, plus rarement, des vésicules. En outre, des complications bactériennes apparaissent rapidement.

 

Les substances allergisantes sont variées, mais il faut être particulièrement méfiant vis-à-vis du ciment, des détergents et des nettoyants ménagers, notamment ceux contenant de l'eau de javel.

Les génodermatoses du chien

Les génodermatoses du chien

Une génodermatose est une dermatose d'origine génétique. Certaines d'entre-elles se localisent principalement au niveau du pied du chien.

 

C'est par exemple le cas de la dermatose répondant à l'administration de zinc. On la dit de type I chez les chiens nordiques qui présentent une anomalie de l'absorption intestinale de zinc, et de type II chez les chiots de grande taille, dont la ration est déséquilibrée par un excès de phytates (molécules empêchant certains métaux comme le fer d'être absorbés par l'intestin) et/ou de calcium.

 

Les lésions aux pieds sont surtout caractérisées par un épaississement marqué des coussinets plantaires, ainsi que par des squames et des croûtes.

 

Il est nécessaire, pour diagnostiquer une génodermatose, de procéder à une biopsie. Le traitement est relativement aisé, puisqu'il nécessite simplement un rééquilibrage de la ration alimentaire et un enrichissement de l'apport en zinc.

 

Une autre génodermatose, touchant cette fois le Bull Terrier, est l'acrodermatite léthale, qui atteint un ou plusieurs chiots de la même portée. Ils sont alors petits, chétifs, et présentent aux extrémités des lésions alopéciques et croûteuses qui se surinfectent rapidement. L'acrodermatite léthale est, comme son nom l'indique, mortelle à moyen terme, à cause de déficits immunitaires généralisés. Ceux-ci se traduisent par des infections cutanées, respiratoires et digestives.

 

Enfin, certains chiens, principalement des Terriers Irlandais et des Dogues de Bordeaux, présentent une anomalie localisée au niveau des coussinets plantaires : l'hyperkératose digitée. Dans un tel cas, les coussinets du chien sont très épaissis, craquelés, et de la corne se forme en quantité importante. Le traitement de l'hyperkératose digitée est symptomatique ; il consiste à ramollir l'excès de kératine et à couper ou tailler les lésions.

Les pododermatites auto-immunes chez le chien

Les pododermatites auto-immunes chez le chien

Les maladies auto-immunes à expression cutanées sont rares. Elles regroupent diverses infections de la peau dues à la destruction par l'organisme de ses propres constituants cutanés. Le pied du chien est la zone la plus souvent touchée, et il s'agit même parfois de la seule région atteinte.

 

Les lésions atteignent les quatre membres au niveau des coussinets, des griffes et, plus rarement cependant, au niveau des espaces interdigités. On observe des ulcérations, des croûtes, un épaississement des coussinets et, moins fréquemment toutefois, des pustules.

 

Le diagnostic se base sur la conjonction d'arguments cliniques et surtout sur la réalisation de biopsies cutanées. Le traitement nécessite une immunosuppression, c'est-à-dire un ralentissement de l'activation du système immunitaire, par des corticoïdes ou d'autres molécules.

 

Parmi les pododermatites auto-immunes, on compte notamment les vascularites, qui sont des affections des vaisseaux sanguins. La plupart des vascularites sont d'origine auto-immunes, mais il existe également des causes médicamenteuses et infectieuses. Les lésions atteignent principalement les petits vaisseaux.

 

En pratique, les extrémités des membres ou des pavillons auriculaires sont souvent touchées. Cliniquement, il s'agit de lésions ulcératives à l'emporte-pièce, parfois nécrotiques et hémorragiques. Un cas relativement typique est l'ulcère profond localisé au centre d'un coussinet.

 

La maladie des agglutinines (variété d'anticorps) froides est également une pododermatite auto-immune. Elle est due à une coagulation excessive dans les petits vaisseaux situés au niveau des extrémités lors d'un contact avec une substance froide, ou lorsque la température est basse. Cette coagulation provoque une thrombose, c'est-à-dire que le vaisseau se bouche et ne permet plus le passage du sang. On observe alors une cyanose : la peau est violacée. Cela précède des pertes de substances de types érosions ou ulcères.

Les pododermatites d'origine externe chez le chien

Les pododermatites environnementales chez le chien

Les pododermatites environnementales chez le chien

L'une des premières causes de dermatoses des pieds chez le chien est liée au contact avec l'environnement. La présence de substances irritantes ou caustiques (hydrocarbures, herbicides, engrais...) est à l'origine du développement de dermatoses inflammatoires irritatives. Celles-ci sont particulièrement fréquentes, contrairement aux dermatoses par allergies de contact.

 

Le chien se lèche beaucoup les pattes, présente des rougeurs, et peut aller jusqu'à boiter. La mise en évidence de la substance responsable de l'apparition des lésions cutanées est parfois difficile. Il est nécessaire de procéder à un nettoyage soigneux, et d'éviter de futurs contacts avec la substance corrosive.

 

La pododermie peut également être due au froid. Cependant, les brûlures et les gelures sont rares, et surviennent le plus souvent chez les jeunes chiots. Leur éventuelle apparition impose d'être attentif lors de séjours à la montagne. Une prophylaxie, c'est-à-dire un tannage des coussinets palmaires et plantaires, est souhaitable.

 

Enfin, les épillets de graminées provoquent souvent des lésions au niveau des pattes du chien. Ces corps étrangers pénètrent dans les espaces interdigités, en créant des lésions fistuleuses, parfois profondes. Apparaissent alors brutalement une boiterie et un léchage intense.

 

Si chien présente de tels symptômes, il faut donc penser en premier lieu à la présence d'un corps étranger. Il est nécessaire de retirer ledit corps étranger et de désinfecter la plaie durant quelques jours.

Les pododermatites d'origine comportementale chez le chien

Les pododermatites d'origine comportementale chez le chien

Les chiens anxieux présentent parfois une activité dite de substitution, qui consiste à lécher sans arrêt une zone cutanée facilement accessible, comme le pied ou la face dorsale du carpe, situé sous l'avant-bras.

 

Ce léchage est particulier, et différent de celui des dermatites allergiques. La zone est ainsi très localisée, et le chien se lèche de manière compulsive en cas d'ennui.

 

Des lésions apparaissent rapidement : chute des poils, rougeur de la peau, voire suintements et érosions. Le diagnostic est facile s'il existe des signes associés d'anxiété. Il faut parfois avoir exclu toutes les autres causes de léchage podal avant d'envisager cette hypothèse.

 

Le traitement repose sur l'utilisation d'antibiotiques pour traiter les lésions surinfectées, sur une chimiothérapie anxiolytique, et surtout sur une thérapie comportementale du propriétaire vis-à-vis de son chien, auprès d'un comportementaliste canin.

Diverses pododermatites touchant le chien

Diverses pododermatites touchant le chien

D'autres maladies cutanées peuvent affecter préférentiellement un ou plusieurs pieds.

 

C'est le cas du syndrome hépato-cutané, qui se déclenche chez le chien âgé. Relativement rare, il est du à un cancer du foie ou d'une cirrhose. Les mécanismes d'apparition des lésions cutanées sont inconnus. L'animal présente alors des croûtes, des lésions suintantes au niveau de la face, des jonctions cutanéo-muqueuses (nez, lèvres) et des extrémités. Les coussinets du chien sont épaissis et craquelés.

 

Le diagnostic se pose grâce à des biopsies de la peau. Aucun traitement n'est malheureusement efficace à ce jour.

 

Par ailleurs, diverses tumeurs peuvent atteindre les pieds, et certaines d'entre-elles semblent présenter une affection particulière pour la matrice des griffes : les carcinomes épidermoïdes et les mélanomes, qui se développent en particulier chez les Bergers de Brie et les Schnauzers.

Le mot de la fin

Le nombre important de dermatoses touchant les pieds des chiens explique que le tableau clinique dermatologique soit rarement typique, et que le diagnostic des pododermatites soit difficile. Selon le professeur de dermatologie vétérinaire P.J. Irhke, qui officie en Californie, diagnostiquer et traiter les pododermatites chez le chien est même l'art de la dermatologie.

 

Plus que pour toute autre partie du corps de l'animal, la prévention est donc essentielle. Il faut éviter les traumatismes inutiles, tanner les coussinets trop mous, nettoyer régulièrement les espaces interdigités avec des shampoings adaptés, sécher les pattes après une promenade avec son chien par temps humide, inspecter les espaces interdigités en cas de léchage et veiller à éviter la présence d'un épillet de graminée ou d'ectoparasites (particulièrement des larves d'aoûtat)...

 

En résumé, être attentif à son chien et faire en sorte qu'il ait une bonne hygiène lui évitera des problèmes sur la durée.

Dernière modification : 12/25/2021.

Auteur

Dr Vétérinaire, spécialiste en dermatologie

DIP ECVD, DESV Dermatologie, CES Dermatologie, DU Allergologie - Consultant en dermatologie

Chargé d'enseignement vacataire à l'Ecole Nationale Vétérinaire de Nantes (Oniris)

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