La rupture du ligament croisé (entorse grave) chez le chien

La rupture du ligament croisé (entorse grave) chez le chien

Le ligament croisé crânial du chien est l’équivalent du ligament croisé antérieur de l’homme. Il se situe donc dans l’articulation du genou, au niveau des pattes arrières.


La rupture du ligament croisé crânial est l’une des causes les plus fréquentes de boiterie postérieure du chien. Elle peut intervenir soit brutalement, soit de manière progressive. Dans un cas comme dans l’autre, elle cause à l’animal une douleur vive, et donc une boiterie.


Comment fonctionne le genou du chien ? Quelles activités présentent un risque de rupture des ligaments croisés du chien, et comment cette dernière se manifeste-t-elle ? Peut-on soigner un chien victime d’une rupture des ligaments croisés ?

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L’articulation du genou chez le chien

Le genou chez les canidés est une articulation complexe composée du fémur, du tibia, de la rotule, et de l’os sésamoïde. Le ménisque quant à lui est le cartilage situé entre le fémur et le tibia, absorbant les chocs.

 

Plusieurs ligaments assurent le maintien et la mobilité du genou, dont les ligaments croisés.

 

Joignant le fémur et le tibia, et formant un X au cœur de l’articulation (d’où leur nom de ligaments « croisés »), se trouvent ainsi le ligament croisé crânial et le ligament croisé caudal.

 

Le ligament croisé crânial est situé à l’avant et est l’un des stabilisateurs les plus importants du genou. En cas de rupture de celui-ci, le tibia se déplace vers l’avant et écrase le ménisque.

 

Le ligament croisé caudal, qui passe derrière le ligament croisé crânial, se détériore beaucoup plus rarement - seulement en cas de gros traumatisme.

Les causes de la rupture du ligament croisé crânial

Les causes de la rupture du ligament croisé crânial peuvent être classées en deux grandes catégories : les ruptures brutales dues à un traumatisme, et les ruptures partielles chroniques évolutives.

 

Dans le cas d’une rupture traumatique, le ligament cède lors d’un choc associé à une rotation excessive de l’articulation. On observe ce type de lésion principalement chez les chiens sportifs lors d’un effort violent, ou en cas d’accident.

 

Les ruptures partielles chroniques évolutives sont plus insidieuses. La dégradation du ligament peut commencer très jeune (parfois dès l’âge d’un an) et s’aggrave avec le temps, provoquant une inflammation et une arthrose du chien marquées, jusqu’à la rupture complète du ligament. Cette dernière peut alors survenir aussi bien lors d’une promenade tranquille que lors d’un effort ou d’un accident. Les signes sont parfois discrets avant la rupture, et cette blessure est d’ailleurs souvent confondue avec la dysplasie de la hanche.

 

Par ailleurs, 40 à 60% des chiens souffrant d’une rupture du ligament croisé crânial développent le même problème dans l’autre genou dans un délai d’un an.

Les chiens prédisposés à la rupture des ligaments croisés

Qu’il s’agisse de rupture traumatique ou de rupture partielle chronique évolutive, le risque de rupture des ligaments croisés est accru par certains facteurs :

  • le vieillissement du ligament (les chiens âgés sont donc davantage touchés) ;
  • une mauvaise condition physique de l’animal ;
  • l’obésité du chien ;
  • la génétique, ce qui explique que certaines races canines soient davantage exposées que d’autres.

 

La conformation physique de certains chiens les rend davantage susceptibles d’être victimes d’une rupture des ligaments croisés. Certaines études tendent ainsi à démontrer que les races de chiens les plus lourdes sont plus touchées que les autres par la rupture du ligament croisé crânial : c’est le cas en particulier du Terre-Neuve et du Labrador Retriever, mais aussi d’autres races comme le Golden Retriever, le Rottweiler, l’Akita Inu, le Mastiff, le Saint-Bernard ou encore l’American Staffordshire Terrier (Amstaff).

 

La prédisposition à la rupture du ligament croisé chez ces races de chiens est favorisée par la forme de leur grasset (genou), et notamment par une pente de plateau tibial importante : le degré d’inclinaison du tibia par rapport au fémur est plus prononcé que chez les autres races de chien. Autrement dit, il est plus proche de l’horizontale. Cette conformation amplifie les contraintes exercées sur le ligament croisé, et augmente donc le risque de dégénérescence progressive de ce dernier.

Les symptômes de la rupture des ligaments croisés chez le chien

De manière générale, la boiterie d'un chien est le principal symptôme d’une rupture des ligaments croisés.

 

En tout état de cause, en cas de rupture partielle évolutive, il n’y a pas forcément de signes précurseurs évidents de la dégradation du ligament avant sa rupture complète. Cependant, on peut tout de même observer :

  • une boiterie du chien, très variable selon l’avancement de la déchirure du ligament ;
  • un manque d’entrain, même pour les activités agréables et qui habituellement lui plaisaient ;
  • une certaine difficulté à se lever ;
  • une hésitation à sauter ;
  • une réticence à jouer ;
  • une rigidité des mouvements ;
  • une diminution de la masse musculaire du membre atteint ;
  • une attitude apathique, un changement de comportement général ;
  • lorsque l’atteinte est bilatérale, c’est-à-dire que les deux genoux sont touchés, on peut constater un report de poids sur les membres antérieurs, un dos voûté.

 

Ces symptômes peuvent varier en fonction du sujet, et de l’avancement de la rupture.

 

En l’absence de soins, la boiterie aura tendance à s’améliorer au fil des semaines, mais le genou enflera et l’arthrite s’installera très rapidement dans l’articulation.

 

Il est cependant possible de soigner un chien quel que soit l’avancement de la blessure, que ce soit juste après le début de la boiterie du chien ou des mois plus tard.

Le diagnostic de la rupture du ligament croisé du chien

L’intervention du vétérinaire est impérative pour poser un diagnostic.

 

Chez les petites races de chiens, il lui est parfois possible de diagnostiquer la rupture simplement par une palpation et l’examen de la démarche de l’animal. Néanmoins, le plus souvent, et même systématiquement pour les grandes races de chiens, une anesthésie générale est effectuée car la contraction des muscles (par la douleur et le stress) empêche la palpation.

 

L’arthrite s’installe très rapidement (quatre semaines en moyenne) à la suite de la rupture du ligament croisé. Des radios de l’articulation sont donc souvent nécessaires pour évaluer le niveau d’atteinte. Elles permettent aussi de détecter une éventuelle lésion du ménisque, et localiser d’éventuels fragments d’os s’étant décrochés du tibia lors du déchirement. Là aussi, une anesthésie générale est nécessaire pour éviter que le chien ne bouge pendant le processus.

Le traitement de la rupture du ligament croisé chez le chien

Dès lors que le chien peut être opéré, l’opération chirurgicale est incontournable pour aboutir à un résultat satisfaisant. En effet, dans tous les cas, le ligament ne se répare pas lui-même, même si le déchirement n’est encore que partiel. Par ailleurs, contrairement aux humains, une greffe ne peut être pratiquée, car elle est beaucoup moins fiable.

 

La chirurgie bénéficie d’un pronostic très bon à excellent (85 à 90% de réussite) lors d’une prise en charge précoce. Par contre, lorsque les soins sont différés et/ou lorsque le ménisque a subi une lésion, l’installation de l’arthrose influe négativement sur le pronostic.

 

Il existe à ce jour deux types d’opération :

© Vet-alfort.fr
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Les techniques basées sur la suture

Les techniques basées sur la suture sont plus adaptées pour les petits chiens et les chiens légers. Elles sont principalement réalisées de manière extra-articulaire (hors de l’articulation), la technique intra-articulaire (dans l’articulation) ayant donné des résultats inconstants.

 

Elles sont au nombre de deux :

  • la stabilisation par suture extra-capsulaire utilise un matériau de suture placé sous la peau, juste à l’extérieur de l’articulation du genou, qui redonne la stabilité qu’offrait le ligament ;
  • la technique Tightrope® utilise des tunnels osseux permettant de placer la suture de manière appropriée.
© Vetdomitia.fr
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Les techniques basées sur l’ostéotomie

Les techniques fondées sur une ostéotomie (coupe osseuse) modifient la biomécanique de l’articulation du genou en changeant l’action des muscles sur le haut du tibia. Elles présentent de meilleurs résultats chez les grands chiens, et permettent de réduire la progression de l’arthrite du chien, qui n’en reste pas moins inévitable.

 

Elles conduisent à l’implantation d’une plaque osseuse de pontage et de vis qui ne seront plus nécessaires après la guérison, mais ne seront que très rarement retirées.

 

A l’instar des techniques basées sur la suture, elles sont également au nombre de deux :

  • l’ostéotomie de nivellement du plateau tibial modifie l’orientation du tibia et redonne sa stabilité au genou ;
  • l’avancement de la tubérosité tibiale avance la partie antérieure du tibia.

 

A ce jour, aucune étude ne prouve que l’une ou l’autre de ces deux techniques est préférable. Le choix dépend uniquement du chirurgien et de son expérience technique personnelle.

 

© coveto.fr
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Lorsque la chirurgie est impossible, que ce soit du fait de l’état du chien (par exemple s’il est malade et/ou trop faible) ou de contraintes financières, on peut envisager une combinaison de médicaments contre la douleur, des compléments alimentaires aidant au rétablissement, de la rééducation physique, et éventuellement des orthèses (attelles).

 

Cependant, si les anti-inflammatoires et la rééducation sont utiles au rétablissement après une opération, il n’y a en revanche aucune preuve qu’il s’agisse d’une alternative cohérente à la chirurgie. De plus, ils ne soulagent pas la douleur causée par une éventuelle lésion du ménisque. Quant aux orthèses du genou, elles sont relativement nouvelles en orthopédie canine, et aucune étude à ce jour ne prouve leur efficacité chez les chiens victimes d’une rupture du ligament croisé crânial.

 

Quel que soit le traitement adopté, certaines mutuelles pour chien assurent la prise en charge de la rupture du ligament croisé. Il peut donc être judicieux de vérifier ce point au moment de souscrire une assurance santé pour son chien, en particulier s’il appartient à une race à risque.

La convalescence du chien après une opération des ligaments croisés

La convalescence du chien après une opération des ligaments croisés est assez contraignante et longue : il faut compter quatre à huit mois avant d’obtenir un résultat optimal, quelle que soit la technique opératoire utilisée.

 

Pendant les premières semaines suivant l’opération, un traitement médicamenteux est prescrit par le vétérinaire afin d’éviter une infection et atténuer la douleur.

 

Par ailleurs, le chien sera dans un premier temps confiné au sein d’un espace restreint, afin de limiter au maximum ses déplacements et le forcer au repos. Pour les chiens très énergiques, le vétérinaire prescrira parfois des calmants.

 

Pendant les deux premiers mois suivant l’opération, il faudra tenir le chien convalescent en laisse courte lors de ses sorties, de manière à éviter tout mouvement incontrôlé qui pourrait avoir de graves conséquences, pouvant aller jusqu’à nécessiter une nouvelle opération. Les sorties seront aussi brèves que possible au début, de manière à éviter les efforts.

 

Par ailleurs, quelle que soit la chirurgie pratiquée, l’arthrose du chien continuera de progresser : une prise en charge est essentielle pour essayer de limiter son évolution.

 

Enfin, lorsque le chien a beaucoup souffert du fait de la rupture du ligament, il s’en souvient après l’opération. De ce fait, il est parfois réticent à utiliser à nouveau sa jambe blessée et peut trouver plus confortable de ne pas s’en servir, en sautillant sur trois pattes. Or ceci est à éviter, d’une part parce que cela risque de détériorer l’articulation de l’autre genou, et d’autre part parce que cela ralentit considérablement le temps de guérison.

 

Dans une telle situation, il est possible de faire faire au chien des exercices spécifiques de rééducation physique pour l’inciter à réutiliser la patte opérée et accélérer le rétablissement. Ces exercices peuvent être par exemple :

  • faire s’asseoir le chien puis se mettre debout (alternance des positions assis-debout) : le changement de position exerce du poids sur la jambe blessée ;
  • opérer un transfert de poids en poussant doucement les hanches du chien vers la jambe opérée, lorsqu’il est debout : cela l’oblige à s’appuyer dessus progressivement ;
  • lui faire prendre un appui unilatéral, en soulevant doucement le membre valide et en pliant son genou : cette manipulation le force à se servir de sa patte blessée. Toutefois, au début, il peut perdre l’équilibre et risque de tomber, si bien qu’il n’est pas recommandé de faire cet exercice durant les deux premières semaines de convalescence.

Le mot de la fin

La rupture du ligament croisé crânial est douloureuse pour le chien, et son traitement chirurgical est coûteux, puis suivi d’une convalescence longue et contraignante. Par ailleurs, bien que certaines races y soient prédisposées, elle peut arriver à n’importe quel chien, à n’importe quel âge.

 

Il est donc difficile de l’anticiper et de s’en prémunir. Néanmoins, pour limiter les risques de rupture du ligament croisé - et comme d’ailleurs de nombreux autres problèmes de santé du chien -, il est conseillé d’être attentif au poids de l’animal : un chien en surpoids court un risque accru de blessure.

Dernière modification : 09/04/2019.
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