Cloner son chien : le clonage de chiens

Cloner son chien : le clonage de chiens

C’est en 2005 que le premier chien cloné de l’Histoire vit le jour, suite aux travaux d’une équipe scientifique coréenne de l’Université Nationale de Séoul. Le chien s’est alors ajouté à la liste d'une dizaine de mammifères déjà clonés (mouton, souris, vache, chèvre, porc, lapin, chat, mulet, cheval et rat), représentant peut-être une étape supplémentaire vers le clonage humain. 


De nombreuses années se sont écoulées depuis 2005, mais qu’en est-il aujourd’hui du clonage des chiens ? La pratique est-elle fréquente ? Où et dans quel but a-t-elle lieu ? Est-elle interdite dans certains pays ?

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Qu’est-ce que le clonage ?

Le clonage est l’obtention d’un être vivant génétiquement identique à l’original qui a fourni son génome. Que ce soit chez les animaux ou chez l’Homme, les jumeaux monozygotes sont des clones naturels, car ils démontrent à la fois les ressemblances que l’on peut attendre chez des clones artificiels, mais aussi les divergences, liées à la différence d’environnement dans lequel ils évoluent ainsi qu’aux différences d’éducation et de personnalité.

 

Le clonage animal artificiel remonte au milieu du 20ème siècle aux Etats-Unis, et fut l’oeuvre de deux scientifiques : Robert Briggs et Thomas King. Ces derniers ont mis au point en 1952 la technique du clonage par implantation d’un noyau dans un ovocyte énucléé. Le premier animal à avoir été cloné grâce à cette technique fut une grenouille.

 

Dolly, premier mammifère cloné
Dolly, premier mammifère cloné

Dix ans plus tard, en 1962, Tong Dizhou, un embryologiste chinois, fut le premier à cloner un poisson à partir du noyau d’une cellule embryon. 33 ans plus tard, en 1995, le premier mammifère cloné naît en Écosse à partir d’une cellule provenant d’un individu adulte. Dolly la brebis sera malheureusement euthanasiée 7 ans plus tard à cause d’une maladie pulmonaire qui ne touche généralement les brebis qu’à partir de 11 ou 12 ans.

 

Dans les années suivantes, suivront une souris, une vache, un boeuf sauvage, un chat, des lapins et une jument. Le premier clonage d’un chat à des fins commerciales eut lieu en 2004, puis Snuppy, le premier chien cloné, vit le jour en 2005 en Corée du Sud.

Le premier clonage d’un chien

Snuppy, premier chien cloné
Snuppy, premier chien cloné

Snuppy, un chiot "copie conforme” d'un Lévrier Afghan mâle de 3 ans, a été mis au monde le 24 avril 2005 par césarienne. Sa mère, un Labrador Retriever jaune, connut une gestation normale de 60 jours.

 

L'équipe à l’origine du projet mit deux ans et demi pour arriver à ce résultat, et utilisa la même technique de transfert de noyaux de cellules somatiques d’un individu adulte que celle utilisée pour le clonage de la brebis Dolly. Ces noyaux furent obtenus par prélèvements dans la peau d'une oreille du père, pour être injectés ensuite dans les cellules sexuelles de la mère porteuse. Après développement en laboratoire, les embryons obtenus furent transplantés dans l'utérus de la femelle.

 

La conception de Snuppy nécessita l'implantation de 1.095 embryons dans 123 chiennes. Sur ce nombre, seulement 3 grossesses se produisirent, dont deux arrivèrent à terme. L’un des 2 chiots succomba à une pneumonie au bout de 22 jours (son corps ne présentait aucune anomalie anatomique notable après autopsie), et seul Snuppy survécut. Il finit par décéder en mai 2016, à l’âge de 11 ans. Le taux de réussite de l’expérience fut donc excessivement bas : 0,18 %.

Les arguments des partisans du clonage de chiens

Pour les chercheurs coréens qui ont cloné Snuppy en 2005, le chien est un modèle intéressant pour la science et la médecine car il est sujet, comme l'Homme, à des maladies comme le diabète ou la démence, et possède une grande diversité génétique. En menant des expériences sur des chiens clonés, et parallèlement au projet de séquençage du génome du chien, on pourrait selon les chercheurs accélérer l'acquisition de connaissances sur ces maladies.

 

Les scientifiques à l’origine de clonages de chiens avancent trois objectifs : la préservation d’espèces rares, le clonage thérapeutique chez le chien (c’est-à-dire produire du matériel vivant - via l'injection de cellules souches de la moëlle osseuse - pour remplacer un organe détruit, la compatibilité avec le malade étant garantie par la parenté génétique assurée par le clonage) et les études génétiques.

 

Aujourd’hui, on peut rajouter un objectif, peut-être moins avouable mais non moins réel : le marché du clonage d’animaux de compagnie. En effet, même si, au cours de la conférence de presse annonçant la naissance de Snuppy en 2005, le Professeur Hwang Woo-Suk de l'Université Nationale de Séoul avait affirmé que son projet n'était absolument pas de reproduire des animaux de compagnie, la donne semble avoir changé depuis. En effet, ce même professeur très controversé est aujourd'hui à la tête de l’institut sud-coréen Sooam Biotech, qui propose de cloner votre animal de compagnie pour la modique somme de 88.000 €.

Les réponses des sceptiques

La publication qui présenta Snuppy dans le magazine Nature en 2005 était accompagnée d’un commentaire éditorial assez réservé sur la question, dont le sous-titre résumait parfaitement le message : “La naissance du premier chien cloné a été assez coûteuse, et il n’y a pas de nécessité à ce qu’elle soit suivie de beaucoup d’autres.”. En effet, les sceptiques du clonage de chiens ne voient aucune justification scientifique solide à ce projet.

 

Ainsi, le premier argument, mettant l’accent sur la préservation d’animaux en voie de disparition, ne tient pas à leurs yeux : le clonage ne sauvera pas les espèces que la destruction des habitats par l’Homme met en danger. De plus, l’apport du clonage des chiens en la matière reste encore très flou. 

 

En ce qui concerne le clonage thérapeutique chez le chien, cela suppose la disponibilité de lignées de cellules souches chez cet animal. Or, pour l’heure, on a réussi à en obtenir seulement chez l’Homme et la souris.

 

On peut également imaginer que la production de chiens tous identiques en vue d’expériences de recherche médicale fait partie des projets des chercheurs, mais est-ce vraiment une perspective souhaitable ? D’un point de vue éthique, la question mérite au moins d’être posée.

Les questions éthiques liées au clonage des chiens

La personnalité emblématique du clonage canin, le professeur coréen Hwang Woo-Suk, a écopé par le passé de deux ans de prison pour avoir falsifié des résultats et affirmé avoir cloné un embryon... humain. Dans quel but ? La question se pose.

 

Des questions éthiques multiples se posent aussi quant à la nécessité de faire naître tant d’animaux à un prix exorbitant, en profitant du manque de législation sur le sujet, pour obtenir un animal qui, certes, aura le même ADN que l’original, mais sera différent de celui qu’on aimait tant. D’autant que dans le même temps, les refuges pour animaux ne désemplissent pas.

 

De plus, la faible efficacité des techniques de clonage (Sooam Biotech affirme aujourd’hui que le taux de réussite d’une fécondation dans leurs laboratoires atteint 30%) engendre des problèmes éthiques associés d’une part au grand nombre d’embryons à produire pour obtenir un seul organisme viable, et d’autre part au sort des mères porteuses, qui subissent des problèmes de fausses couches, d’avortements, et des troubles lors de l’accouchement de la chienne.

 

Il ne faut pas oublier non plus qu’une série de malformations et altérations physiologiques ont été observées chez les animaux produits par clonage.

 

Enfin, pour faire cloner son chien adoré, le prix demandé frôle les 100.000 €. Autant dire que seul un public riche est ciblé, et que les travaux scientifiques des débuts du clonage canin se sont aujourd’hui vraisemblablement transformés en entreprise à but essentiellement lucratif.

Quelle est la situation du clonage canin de nos jours ?

Les entreprises proposant des clonages de chiens se trouvent majoritairement en Corée du Sud, en Chine et aux Etats-Unis. Les deux leaders du marché sont ViaGen Pets, une entreprise américaine qui offre ses services de clonage de chiens pour environ 50.000€, et Sooam Biotech, l’entreprise coréenne.

 

Le prix exorbitant demandé pour le clonage d’un chien ne semble pas avoir dissuadé les acheteurs, puisque les entreprises proposant ce type de prestations s’enorgueillissent d’avoir déjà reproduit plus d’un millier d'individus. D’ailleurs, certaines institutions font même appel à leurs services, puisque Sooam Biotech a signé un accord avec la police sud-coréenne pour cloner ses meilleurs chiens policiers. 37 chiots clonés lui furent ainsi fournis par la société en 2013. Certains d'entre eux furent affectés au contrôle des bagages de l'aéroport international d'Incheon, à Séoul. Snuppy, le premier chien cloné, fut lui-même cloné en novembre 2017 (soit l’année suivant la mort du chien) à partir de ses cellules préservées, donnant naissance à 3 chiots à l’ADN identique. Les clients de Sooam Biotech viennent du monde entier, mais surtout des Etats-Unis et de Chine.

 

En France, aucune loi n'interdit le clonage d’animaux domestiques, mais aucune entreprise ne propose (pour l'instant ?) ces services. En revanche, le clonage alimentaire animal est, quant à lui, totalement interdit, et ce au niveau de l’Europe toute entière.

Le marché du clonage des chiens, un marché d’avenir ?

Désormais, la Chine et la Corée veulent aller bien plus loin. Sooam Biotech s’est ainsi associée à un géant chinois des biotechnologies pour construire la plus grosse "usine à clonage du monde". Le chantier a démarré en 2016 à Tianjin en Chine. Les deux partenaires projettent d’y cloner en masse toutes sortes d’animaux.

 

Certains spécimens clonés dans cette usine seront génétiquement profilés pour développer des maladies humaines comme Alzheimer. Ils passeront leur vie dans des laboratoires à servir de cobayes.

 

Il semble également que les laboratoires de Sooam Biotech aient comme objectif prochain d’utiliser leur technique de clonage pour l’étendre aux animaux en voie de disparition, en commençant par le loup d’Abyssinie, canidé le plus rare au monde, dont il ne resterait plus que 450 individus.

Le mot de la fin

Si le clonage canin peut soulager la peine de riches propriétaires d'un chien récemment décédé, il n’en pose pas moins certaines questions éthiques assez évidentes. De nombreux scientifiques doutent toujours de la pertinence scientifique de “fabriquer” autant d’animaux avec un taux de réussite de fécondation aussi bas. Au delà de l'intérêt financier certain d’un business aussi florissant, les preuves d’un intérêt médical ne sont toujours pas claires, alors que les risques pour les animaux concernés (malformations, avortements, fausses couches, maladies…) sont, eux, toujours bien réels.

Dernière modification : 08/08/2019.
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