SUISSE - Euthanasie - L’animal n’avait mordu personne.

10/14/2006
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Morsures, chiens d'attaque, ­muselières… En ces temps agités, il devient difficile de comprendre les décisions de l'Office vétérinaire cantonal. Parfois, il hésite à euthanasier un chien qui a clairement prouvé son agressivité. D'autre fois, il met à mort, plus vite que son ombre, un animal qui n'a rien fait. C'est ainsi que Princesse une chienne am'staff d'un an qui n'avait ni attaqué ni mordu personne a été piquée le 26 septembre dernier à l'insu de sa propriétaire et alors que le délai de recours contre la décision de séquestre n'avait pas expiré.

Bouleversée, Sandrine Chollet, la maîtresse de Princesse, explique que le 31 août 2006, elle avait laissé sa chienne dans la cuisine de son appartement avec la porte du balcon ouverte. Au cours de son absence, le molosse a aperçu un chat et a sauté sur la terrasse de la voisine avant de revenir dans sa cuisine. Alertés par les locataires, les policiers ont emmené la chienne à la fourrière.

Deux jours plus tard, la jeune femme a expliqué à l'adjoint de la vétérinaire cantonale qu'elle ferait tout pour récupérer cette bête qu'elle adorait: «Princesse venait partout avec moi, elle restait rarement seule dans l'appartement. Elle était bien soignée, son poil était luisant. Elle était adorable avec les autres chiens, les adultes et les enfants.» Sandrine affirme qu'elle n'a pas signé un document ­présenté par le vétérinaire et attestant qu'elle renonçait à son chien. Elle certifie également que le fonctionnaire n'a jamais évoqué la possibilité d'euthanasier l'animal: «Je me suis dit, dans le pire des cas, ma chienne sera adoptée.» La jeune femme téléphonait tous les trois jours à la fourrière pour savoir comment se portait Princesse. «Le 28 septembre, on m'a dit: Mais Madame, votre chien a été euthanasié il y a deux jours…»

Interrogé à ce sujet, le responsable de la fourrière, Bernard Pittet, explique qu'il n'est qu'un exécutant des ordres de l'Office vétérinaire. Il indique que, normalement, le maître du chien qui va être mis à mort est averti.

«Cette «demoiselle a violé les dispositions légales»

«Pas du tout, rétorque la vétérinaire cantonale, Astrid Rod. Lorsqu'une décision est entrée en force, on l'exécute sans en aviser le propriétaire.» Que reprochait-elle à Princesse? Sa propriétaire n'avait pas suivi les cours d'éducation canine et n'avait pas non plus stérilisé sa chienne. Par ailleurs, l'animal vivait dans une toute petite cuisine avec accès au balcon et l'appartement était insalubre.

Mais encore, la bête s'était-elle jamais montrée agressive? «Non. Les problèmes avec ces chiens commencent à partir de 18 mois. On ne va pas attendre l'accident. Cette demoiselle a violé toutes les dispositions ­légales, elle ne s'est pas comportée de manière adéquate avec son am'staff.»

Aujourd'hui, l'avocat de Sandrine conteste la décision d'euthanasie devant le Tribunal administratif. Il estime que c'est sans aucun droit que l'Office vétérinaire a mis à mort le jeune molosse.

Photo : Sandrine Chollet © Laurent Guiraud

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Deux chiens euthanasiés dans le plus grand secret
Le rottweiller qui, en octobre 2005, avait attaqué et mordu une fillette de 8 ans devant l'école du Vélodrome à Plan-les-Ouates est-il vraiment mort? Une certaine opacité entoure la décision de l'Office vétérinaire. Peu après l'accident, Astrid Rod affirmait que ce chien ne serait pas euthanasié parce qu'il ne présentait pas une dangerosité supérieure à la normale.

Elle pensait le faire adopter «Nous allons le confier à un spécialiste. Il existe une association SOS rottweillers en Suisse romande» (Tribune du 15/11/05). Jeudi, lorsque l'affaire a été examinée par le Tribunal de police, le dossier des juges indiquait que l'animal serait placé. Là non plus, pas question d'euthanasie (lire nos éditions de vendredi). Interrogée hier, Astrid Rod nous répétait que malgré l'accident, le rottweiller était un animal «parfaitement éduqué». Elle ajoutait: «Si ce chien avait vraiment été méchant, la petite Zoé ne serait plus de ce monde. Ce molosse était hyperactif, c'est pourquoi il prenait du Prozac. A cause de cette hyperactivité, il a joué de manière trop vigoureuse avec la fillette.»

Quelques heures plus tard, un communiqué du Département du territoire nous indiquait que le molosse avait bel et bien été euthanasié le 25 novembre 2005, soit dix jours après les affirmations contraires de la vétérinaire cantonale.

Pourquoi un si grand secret? Il semble que la mort du rottweiller devait rester cachée pour préserver la propriétaire. Cette dernière avait en effet accepté d'abandonner son chien à la condition qu'il soit adopté. Elle n'a jamais imaginé qu'il serait tué. Comme Sandrine justement.

A propos de ce dernier cas, Astrid Rod indique que la jeune femme aurait dû recourir auprès du Tribunal administratif dans les dix jours pour éviter la mise à mort de son chien. L'avocat de Sandrine estime, lui, que «la décision d'euthanasie viole de manière criante le principe de proportionnalité. L'animal a été tué sur la base de faits aussi anodins que non établis, alors que le délai de recours n'avait pas encore expiré.»