C'est au cimetière que les Français enterrent leur chien

11/28/2006
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"Nous ne t'oublierons jamais", "Quoi que l'on fasse, où que l'on soit, rien ne t'efface, on pense à toi", "Dans nos cœurs, à jamais tu demeures"... Ces mots affectueux ne s'adressent pas à un défunt, mais au chien et à la chatte qu'on peut enterrer au cimetière pour animaux de compagnie de Phalempin, à 13 kilomètres de Lille.
Cet endroit, extrêmement calme et florissant tout au long de l'année, a ouvert ses portes il y a 36 ans. Là, les gens expriment leur affection envers leur meilleur "compagnon" ou "ami".
Il est 11h. La pluie, glaciale, vient de cesser ce dimanche. Jean-Denis profite d'une brève accalmie pour retrouver Dona, le chien de berger qui l'a quitté il y a 5 ans. Le gendarme, qui ne souhaite pas donner son nom, et sa tante déposent chacun à leur tour un bouquet de fleurs sur la stèle de marbre gris, aménagée près de l'entrée du cimetière de Phalempin. Ils se sont auparavant recueillis dans un autre cimetière, sur la tombe de leurs proches.

 

Pendant 13 ans, Jean-Denis et sa femme ont considéré Dona comme l'"enfant de la maison". Ils n'en ont jamais eu d'autres. Sa mort, en 2001, a été un "drame" familial. "Elle était très malade. Nous avons dû nous résoudre à la piquer. On est allé chez le vétérinaire. J'étais désemparé. Je n'arrivais pas à décider de la faire incinérer". Le vétérinaire lui apprend l'existence d'un cimetière d'animaux, à une trentaine de kilomètres de sa maison. Jean-Denis téléphone aussitôt au propriétaire. L'accueil le séduit. C'est là, décide-t-il, sous cette pelouse mieux entretenue qu'un green anglais, que sa chère Dona reposera. "Je viens la voir toutes les 2 ou 3 semaines. Seul, le plus souvent. Depuis la mort de notre chien, ma femme et moi nous sommes séparés", confie-t-il sans plus d'explications.

 

Jean-Denis n'a pas encore, comme tant d'autres, affiché le portrait de Dona sur sa tombe. "Je vais le faire, mais vous savez, j'ai des albums et un grand cadre dans mon salon". Chaque année, il doit payer 42 euros pour offrir à son animal de compagnie une sépulture digne de sa fidélité. Les obsèques coûtent en moyenne 1.200 euros. Le prix varie bien sûr en fonction de la qualité des prestations. Dès que le client appelle, Patrick Coqueman, le propriétaire du cimetière, lui fixe un rendez-vous. Le maître transporte lui-même son cher chien ou sa chatte aimée puis l'installe dans une chambre froide. Le jour des obsèques tout est prêt : un cercueil en chêne, une stèle en granite, où sont gravés le nom et la photo de l'animal, son âge et quelques mots d'affection. La cérémonie dure de 20 à 30 minutes. Chacun est libre de prononcer une oraison funèbre s'il le souhaite. En revanche, les signes religieux sont théoriquement proscrits sur les tombes. "Il y en a toujours un peu", reconnaît toutefois, sans vraiment s'en offusquer, Patrick Coqueman.

Près de 800 monuments funéraires
Des centaines de chiens, de chats, de lapins, de cochons d'Inde mais aussi des oiseaux reposent aujourd'hui dans l'ancien verger de 10 ha de la famille Coqueman. "Ici reposent Uhla Stuer, 10 ans ; Rex Stuer, 15 ans ; Syxto Stuer, 14 ans"... De véritables dynasties occupent les caveaux. Mon petit Canilou et ma fidèle Poulette côtoient l'aristocratique Daisy Bocquillon. Toutes les fantaisies, comme donner son propre patronyme à son chien, semblent permises.
Sept cent soixante-seize monuments funéraires ont été construits depuis l'arrivée en 1971 du premier pensionnaire, un caniche gris enterré derrière la demeure familiale non loin d'un vieux châtaignier. C'est le maître de Gigi, un Parisien venu s'installer dans la région, qui a donné aux parents de Patrick Coqueman l'idée de créer un cimetière privé.

 

Jusque là, ils se contentaient d'accueillir les animaux domestiques en pension dans leur chenil. "Mes parents ont alors décidé de se rendre à Asnières voir comment fonctionnait un cimetière du même genre qui existait depuis 1899 , se souvient Patrick Coqueman. À leur retour, ils ont eu beaucoup de mal à convaincre la préfecture du Nord de leur accorder les autorisations nécessaires. Les fonctionnaires trouvaient leur idée trop bizarre".

On en recense 20 aujourd'hui en France
Beaucoup, parmi ses clients, auraient pu éviter ce cérémonial. Le Code rural en France autorise en effet l'enfouissement dans la nature d'un animal domestique de moins de 40 kg à 35 mètres d'une habitation. Mais rien n'est trop beau pour ces fidèles compagnons. "Leurs propriétaires sont de tous âges et de toutes classes sociales. Je reçois des vétérinaires, des avocats, des chefs d'entreprise".
Patrick Coqueman est fier de ce qui l'occupe jour après jour depuis l'âge de 16 ans : organiser les cérémonies d'enterrement, creuser les tombes, soigner les plantes, ramasser les feuilles mortes... Lors de la haute saison, en juillet et août, il doit même prendre un employé pour l'épauler.
Dans toute la France, 25 cimetières du genre existent. Le plus ancien, baptisé Asnières, situé dans l'une des plus jolies îles de la Seine, a même été classé monument historique en 1987. Des écrivains renommés, des hommes politiques de haute valeur et d'opinions différentes, des artistes appréciés, des sociologues y possèdent des terrains.

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