Le chien, le meilleur ami du chasseur de truffes!

28/12/2008
Partager :  


Gabor Spaits et sa fidèle «Taïga», 13 mois.
Une fois que sa chienne a une touche, il doit vite la rejoindre et déterrer lui-même la truffe, car il arrive à Taïga de manger sa trouvaille
Image © Frédéric Rein


Qui sont ces chiens capables de localiser ces mystérieux champignons? Comment doit-on dresser son compagnon à quatre pattes pour en trouver? Pour en savoir plus, nous avons suivi Gabor Spaits, un passionné, et sa chienne «Taïga», une jeune lagotto romagnolo, lors d'une de leurs fameuses promenades truffières...




Gabor Spaits se promène en lisière de forêt avec Taïga, une jeune lagotto romagnolo de 13 mois, comme pourrait le faire n'importe quel propriétaire de chien. En apparence, tout au moins! Car il s'agit en réalité de deux fins limiers du cavage, la quête de truffes.

Nous sommes quelque part dans le Gros-de-Vaud, un après-midi ensoleillé de décembre, sur l'un des quelque 200 sites romands précieusement répertoriés dans le carnet d'adresses truffières de ce Fribourgeois, chercheur amateur depuis huit ans et membre de la confrérie suisse des truffes de Bourgogne. Lâchée, «Taïga» slalome d'un pas alerte entre les hêtres, particulièrement propices à la présence de ce champignon qui vit en symbiose avec un arbre.

Soudain, elle revient en arrière, s'arrête, plonge son museau dans les feuilles mortes et se met à gratter. Aucun doute possible: la truffe animale a trouvé son homonyme végétal!

Six sortes de truffes en Romandie
Mais avant même d'avoir utilisé son instrument de palefrenier pour déterrer cette truffe, Gabor Spaits sait que ce spécimen fongique ne fera pas son bonheur... «Quand il s'agit d'une truffe de Bourgogne, la plus fréquemment recherchée en Suisse, elle gratte de manière presque frénétique», explique-t-il. La preuve avec la truffe jaune qu'il vient d'extraire de terre. «En Romandie, on en trouve six sortes. Aucune n'est toxique, mais seules deux d'entre elles possèdent un véritable intérêt gustatif: la Bourgogne et la noire du Périgord, extrêmement rare car appréciant les endroits secs. La première se récolte de la mi-août à la fin décembre, alors que la seconde est ramassée entre janvier et février.»

«Cela doit être un jeu pour le chien»
A cette première tentative infructueuse succède, à peine une minute plus tard, la découverte d'une truffe de Bourgogne un peu plus grosse qu'une pièce de 2 francs et pesant une vingtaine de grammes. En tout, «Taïga» en trouvera sept en à peine une heure! «On pourrait aussi les localiser grâce aux mouches qui volent souvent en surface, mais avec le chien, c'est plus rapide, et il ne renifle que les truffes mûres. Après la rosée du matin ou après une averse, les chiens sont plus performants car les senteurs sont exaltées.»

Et à chaque truffe, c'est le même rituel: Gabor Spaits rejoint rapidement sa chienne et finit de creuser lui-même le trou afin que sa plus fidèle «collaboratrice» ne fasse pas de la truffe son en-cas! «Elle mange parfois les petites, mais jamais les grosses [à partir de 100 grammes, ndlr.].»

Malgré ces petites incartades gourmandes, pas question pour Gabor Spaits de museler «Taïga»: «La quête des truffes doit d'abord représenter un jeu pour l'animal. D'ailleurs, si vous êtes nerveux quand il n'en trouve pas, il va le ressentir. Raison pour laquelle ceux qui vont aux truffes par plaisir en récoltent davantage! En Italie, avec la truffe blanche d'Alba qui se négocie jusqu'à 10 000 francs le kilo, la pression est immense, au point d'arriver à des empoisonnements de chiens! En Suisse, le prix de gros de la truffe de Bourgogne est stable, entre 400 et 500 francs le kilo, et les méthodes heureusement plus douces. On se contente juste de beaucoup de discrétion!» avoue-t-il sous les yeux quémandeurs de sa chienne, qui attend avec impatience la croquette à laquelle elle a droit après chaque trouvaille.

Le lagotto romagnolo, l'officiel!
Faut-il avoir un lagotto romagnolo, le chien truffier «officiel», pour parvenir à repérer des truffes? «Non, tous les chiens sont capables d'en trouver, si on leur en donne le goût. Hormis le lagotto, je conseille tout particulièrement les chiens de berger, comme le border collie ou le berger des Pyrénées. Il faudrait par contre éviter les chiens de chasse, généralement rattrapés par leur instinct, et les grands chiens, qui à force de devoir se baisser, se fatiguent plus vite», souligne Gabor Spaits, également instructeur professionnel de chiens guides d'aveugles.

Avant que votre chien ne marche sur les traces de «Taïga», il va donc falloir le sensibiliser à la truffe... «Il n'est pas nécessaire qu'il soit jeune, même si le temps d'apprentissage est inversement proportionnel au nombre d'années. En revanche, il n'existe pas de méthode universelle de dressage. Pour ma part, j'ai fait renifler des truffes aux trois chiens que j'ai eus, et pas des arômes de truffes! Ensuite, j'en ai caché pour qu'ils les cherchent. Par chance, «Taïga», ma petite dernière, s'est montrée très réceptive à ce petit jeu. Elle a été formée en quelques jours, alors que l'on compte habituellement en semaines! Je sais aussi qu'en France et en Italie, vous pouvez même trouver des chiens dressés à la truffe pour environ 5000 francs!»

Un apprentissage qui reste à vie, et que «Taïga» aura tout le temps de perfectionner. Car la passion de Gabor Spaits pour les truffes l'amène à faire près de 300 à 400 heures de recherches par saison! Mais quand on aime son maître, on ne compte pas...

Réagir à cette actualité

Votre nom / prénom :
Pour ne plus devoir indiquer votre nom à chaque fois : Inscription gratuite
Votre adresse e-mail :
Pour ne plus devoir indiquer votre e-mail à chaque fois : Inscription gratuite
Votre texte :
Sécurité :
Envoyer