SUISSE - Sur la piste des chiens de sang

16/11/2006
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Le chien de rouge est appelé pour retrouver un animal blessé.

«Nous agissons par respect de l'animal et pour des raisons sanitaires», soutient Arnault Bogard, conducteur d'un chien de sang. Appelé aussi chien de rouge, celui-ci est formé pour retrouver rapidement un animal blessé par un chasseur ou un véhicule. Gros plan sur cette pratique qui unit le chien à son maître dans un jeu de piste où tout est mis en œuvre pour abréger les souffrances d'une bête meurtrie.

D'où vient la recherche au sang? Cette activité liée à la chasse provient des pays d'Europe de l'Est. «En France, les premiers conducteurs de chiens de rouge ont été les Alsaciens, après la Deuxième Guerre mondiale», raconte Arnault Bogard, installé à Satigny mais œuvrant principalement en Haute-Savoie et dans l'Ain. Depuis les années 80 la pratique s'étend en France sous l'impulsion de l'Union nationale des utilisateurs de chiens de rouge (Unucr). Dans notre pays, elle est gérée par la Société cynologique de Suisse et Diana Suisse. A Genève, où la chasse est interdite depuis 1974, les gardes-faune ont recours à la recherche au sang pour retrouver un animal heurté par une voiture, ou, plus rarement, blessé lors des tirs de régulation, mais aussi pour pister une bête tirée qui traverse la frontière vaudoise ou française.

Quelles sont les races prédisposées? Le chien de rouge doit avoir des origines de pisteurs. Les teckels, chiens de rouge d'Hanovre et chiens de rouge de Bavière sont les races traditionnellement utilisées pour la recherche au sang. Les labradors peuvent aussi briguer le titre de chiens de sang. «L'avantage du labrador est qu'il reste dans le sillage de son maître, pendant le travail», relève Arnault Bogard.

Un chien d'utilité. Le titre de chien de sang s'obtient par l'obtention d'un agrément. Une fois siglé, le canidé est déclaré chien d'utilité au même titre que ses compagnons des avalanches ou de la police et donc exempté de la taxe cantonale.

Quand faut-il appeler le chien de rouge? Plus le chien et son conducteur arrivent tôt sur le lieu de l'anchuss* ou de la collision avec un véhicule, meilleures sont les chances de retrouver l'animal blessé. Les Genevois qui heurtent sur la route une bête sauvage peuvent contacter la ­police ou directement les gardes-faune (tél. 022 388 55 00).

Comment se déroule une ­recherche au sang? Avant de démarrer, le conducteur de chien de rouge collecte les indices pour savoir où l'animal a été touché. «Les blessures les plus graves ne sont pas toujours ­celles qui saignent le plus», fait remarquer Arnault Bogard. Le chien, lui, tourne sur le lieu de l'accident et agite sa truffe pour mémoriser les effluves de sang et de stress. «Ce seront ses références pour suivre la piste.»

Le temps presse si la victime est un chevreuil. «Son odeur est très légère.» Les sentiments** des chamois, sangliers et cerfs sont moins volatils. En liberté ou tenu avec une longe de 10 à 18 mètres, le chien de rouge a la capacité de retrouver le blessé jusqu'à 48 heures après le début de la traque. Le périmètre de recherche va de 25 mètres à 12 kilomètres.

«Tant que le chien file, on laisse faire», raconte Arnault. Le conducteur est attentif aux changements de comportement de son chien: «La difficulté, ce sont les voix chaudes, raconte-t-il. Quand la piste a été souillée par d'autres animaux.» Mais quand son labrador se ramasse, que les poils de sa queue se dressent, Arnault sait qu'ils approchent du but.

Que devient l'animal retrouvé? Une fois localisée, la bête sauvage est abattue. C'est le conducteur qui tire mais il rend le gibier au chasseur ou la bête au garde-forestier. A Genève, l'animal est confié aux gardes-faune. Il est très rare qu'il puisse être sauvé. La quête peut aussi rester vaine. «On arrête quand le chien ne travaille plus. On considère que la bête a assez de ressources pour survivre à sa blessure», relève Arnault Bogard.

*Anchuss: l'endroit où se trouve le gibier au moment où la balle le touche.
**Sentiment: odeur des bêtes sauvages dans le vocabulaire de la chasse.

Photo :
«Havane» et Arnault Bogard. © Lucien Fortunati

Estelle Lucien -

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