Suisse - Quelle place pour les molosses à Genève? Les enjeux d'un scrutin émotionnel

13/02/2008
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GENEVE. Les citoyens décideront le 24 février s'ils veulent bannir les chiens dangereux du territoire cantonal. GENEVE. pourrait ainsi rejoindre le camp minoritaire des cantons qui ont opté pour l'interdiction.


Sandra Moro
Mardi 12 février 2008



Quelle est la meilleure manière de se protéger des attaques des molosses? Le 24 février prochain, les Genevois trancheront entre l'interdiction pure et simple des chiens dangereux et le maintien de l'arsenal de règles actuellement en vigueur pour posséder un tel animal.

Sujet passionnel s'il en est, la votation fait suite à la série d'accidents dramatiques qui, en Suisse et à l'étranger, ont vu des molosses agresser gravement et parfois mortellement leurs victimes. A Oberglatt, en décembre 2005, trois pitbulls avaient tué un petit garçon de 7 ans. A Genève, en août 2006, un bébé de 17 mois avait été défiguré par un chien de même race. Dans la foulée, le Conseil d'Etat avait alors provisoirement imposé la muselière aux 32 000 chiens que compte le canton. Issue d'une réaction plus épidermique que raisonnée, cette mesure s'était avérée inapplicable.

Prohiber ou autoriser sous condition, le débat fait écho aux discussions sur les armes ou sur la légalisation du cannabis. Mais face à la problématique très émotionnelle des chiens d'attaque, on peine à dire si le verdict des urnes genevoises reflétera un choix de société plus vaste.

Des règles strictes

Quoi qu'il en soit, c'est sur l'initiative «Pour l'interdiction des races de chiens d'attaque et autres chiens dangereux» que les citoyens se prononceront le 24 février. Le texte vise d'une part à bannir du territoire cantonal les races les plus agressives, selon une liste établie par le Conseil d'Etat (voir ci-contre). D'autre part, il impose aux propriétaires de chiens de plus de 25 kilos un examen destiné à prouver qu'ils maîtrisent leur animal, et que le comportement de ce dernier ne présente pas de danger.

Si elles sont acceptées par le peuple, ces dispositions se substitueront à l'actuelle loi sur les chiens, entrée en vigueur le 31 juillet dernier. Celle-ci n'interdit pas les molosses, mais soumet leur détention à des règles strictes, destinées à assurer la sécurité des propriétaires et des tiers.

Pour obtenir l'autorisation de posséder un molosse, il faut être majeur, et le chien doit être issu d'un élevage agréé. Durant les deux premières années, le maître et son animal sont astreints à des cours avec un éducateur canin, trois fois par mois. Un test de maîtrise doit ensuite être effectué chaque année.

La reproduction étant interdite en dehors des élevages, les molosses doivent être stérilisés, et, sauf exception, seul un animal est autorisé par foyer. La muselière et la laisse sont obligatoires pour ces chiens, partout sur la voie publique.

Des mesures ciblées, qui permettent aux autorités de garder un meilleur contrôle sur ces chiens et d'éviter le recours aux élevages clandestins, assure le Conseil d'Etat, qui fait valoir une diminution du nombre de molosses grâce aux restrictions successives introduites ces dernières années. On en comptait 860 en 2005 sur le territoire cantonal, contre 638 à la fin 2007.

A l'exception du PS, qui soutient l'initiative, et des Verts, qui ont laissé la liberté de vote, l'ensemble des partis appuie le gouvernement.

Résultats visibles dans 10 ans

La loi est insuffisante, estiment en revanche les initiants, qui ne jurent que par l'interdiction. «Ce sera beaucoup plus efficace, explique Jean Barth, à la tête du comité d'initiative. Le contrôle que prétend instaurer la loi est illusoire, il y a déjà beaucoup de chiens clandestins. Avec notre initiative, les molosses qui sont autorisés aujourd'hui, finiront leur vie paisiblement. Mais lorsque les derniers seront morts, dans une dizaine d'années, on saura, si on en voit dans la rue, qu'il s'agit de chiens illégaux.» Favorable à l'initiative, la députée socialiste Françoise Schenk-Gotteret renchérit: «La loi actuelle est très lourde et difficilement applicable, l'initiative permet de clarifier les choses.»

Pour Luc Magnenat, vétérinaire au Service de la consommation et des affaires vétérinaires, c'est au contraire la mise en œuvre de l'initiative qui s'avérerait «irréalisable», surtout en raison de son deuxième volet. «Près de la moitié des chiens du canton font plus de 25 kilos. Il est impossible de faire passer un examen à 16 000 chiens en 12 mois, sans parler de la gestion administrative des dossiers. Nous ne pourrions pas suivre», explique-t-il.

Autre argument phare des partisans de la loi actuelle, en limitant son action à certaines races, l'initiative passerait à côté de son objectif: «On sait que le fait d'interdire certains chiens a pour effet l'émergence de nouvelles races d'attaque, à partir de croisements autorisés», note le Vert Christian Bavarel.

En Suisse, seuls deux cantons ont opté pour l'interdiction: le Valais, dont la liste a été avalisée par le Tribunal fédéral, et Fribourg, qui a interdit les pitbulls à la suite d'une votation référendaire. Quant à la Confédération, elle planche toujours sur une loi. Proposée par une commission, l'idée de classer les chiens en trois catégories, dont la plus dangereuse serait interdite, a reçu un accueil des plus mitigés lors de la consultation.


Les chiens listés
Le Temps
Voici les chiens qui, à Genève, doivent faire l'objet d'une autorisation. Si l'initiative interdisant les chiens dangereux était acceptée, la même liste ferait foi: Am'staff; boerbull, cane corso, dogue argentin, fila brasileiro, mastiff, mâtin espagnol, mâtin napolitain, pittbull, presa canario, rottweiler, tosa.

Photo: Keystone

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