Chiens dangereux: les ratés de la loi

08/01/2010
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Le permis de détention devait entrer en vigueur au 1er janvier. Éducateurs et textes manquent à l'appel.

L'entrée en vigueur du permis de détention de chiens dits dangereux (catégories 1 et 2) prévue au 1er janvier 2010 prend du retard à l'allumage. La non-parution des textes au Journal officiel pousse les maires à refuser de délivrer en l'état le permis, « faute de modèle » tandis que les éducateurs canins manquent à l'appel. Un retard déjà rattrapé par l'actualité.

Il y a deux jours, une fillette de 5 ans a été grièvement blessée après avoir été mordue en pleine rue à Vénissieux (Rhône) par deux rottweilers échappés d'un pavillon. Le pronostic vital de la petite Inès n'est heureusement pas engagé mais il a fallu y aller à « l'arme blanche » pour faire lâcher prise à ces deux molosses appartenant à des commerçants du quartier.

Selon la police, les animaux avaient été « déclarés en mairie ». Ce qui est loin d'être le cas pour la grande majorité des 320 000 chiens dangereux recensés en France. Et pour cause. Rattrapés par la loi ou par leur mairie respective, de très nombreux propriétaires cherchent à obtenir le précieux sésame auprès des vétérinaires et éducateurs canins habilités à délivrer le certificat de détention. « Quand ils sont au courant », déclare avec une pointe d'ironie Isabelle Barthes Courtet qui remarque que certaines mairies n'ont même pas été avisées de l'entrée en vigueur de la loi.

 

En tant qu'éducateur agréé intervenant notamment en Haute-Garonne, elle a refusé de participer au « partage de gâteau ». Il faut en effet compter de 100 à 150 € pour le vétérinaire qui délivre le certificat d'évaluation comportementale et de 100 à 130 € pour la journée de formation des maîtres obligatoire. De plus, à l'image de nombre de ses homologues, Isabelle Barthes-Courtet dénonce « une loi montée en dépit du bon sens », de même que la catégorisation des races en soulignant « qu'un chien, quel qu'il soit, n'est que ce que l'on en fait. »

Ce qui ne l'empêche pas de renvoyer les propriétaires qui la sollicitent vers le site du Collectif des 4C où sont recensés les 526 formateurs disponibles en France. À raison d'une formation par semaine, il faudra d'évidence plusieurs mois pour que les 250 000 propriétaires concernés y passent.

Christine Roth-Puyo

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« Tous les propriétaires devraient se former »
Sylvie Lemignon est éducatrice -comportementaliste et dirige l'institut cynophile de Gratentour (31).

Avez-vous été assaillie de demandes de propriétaires ces derniers mois ?

Paradoxalement, non. Bien sûr en novembre et décembre, le centre a travaillé au complet tous les week-ends. Mais depuis on enregistre une baisse significative de demandes.

Des raisons à cela ?

Je pense que le coût que représente le permis de détention a fait reculer beaucoup de propriétaires, notamment au lendemain des fêtes. Il y en a d'autres qui ont décidé de ne pas faire les démarches. Enfin, j'ai été surprise de découvrir des propriétaires qui venaient chez nous pour de tout autres raisons, absolument pas au courant de la loi. Reste que tous ceux qui ont fait la formation ont appris quelque chose. Et ça, c'est formidable.

De quel point de vue ?

Le décodage comportemental du chien est essentiel et a étonné les plus sceptiques. C'est ce qui me conforte dans l'idée que tous les propriétaires devraient en passer par là. On voit son chien différemment après. Vous le savez, je suis contre la catégorisation des chiens et mon expérience partagée avec d'autres professionnels démontre qu'il n'y a pas de chien méchant. L'animal n'est que ce que l'on en fait. Il suffit d'ailleurs de se reporter à l'historique des blessures pour voir que les plus gros ne sont pas forcément les plus méchants.

Cette formation peut justement se faire sans l'animal. N'y a t il pas là un contresens ?

Au centre cynophile nous n'imaginons pas la journée de formation sans l'animal. Chez nous, ça se solde par trois heures d'exercice en extérieur et en petit groupe. Je sais que ça ne se passe pas partout de la même manière. C'est une prise de risque évidente et non contrôlée par la loi.

Recueillis par Ch.R.-P.

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