Les chiens guides d’aveugles : histoire, sélection, formation...

Les chiens guides d’aveugles : histoire, sélection, formation...

Un chien guide d’aveugle est un animal de travail, dressé pour compenser le handicap de son propriétaire. Après avoir été formé dans une école spéciale, il est remis à son futur maître avec pour mission d’améliorer son quotidien de 1.000 façons, notamment en l’aidant à éviter les obstacles.


Qu’est-ce rend les chiens guides d’aveugles si exceptionnels et indispensables ? En quoi consiste leur rôle ? De quelles qualités ont-ils besoin ? Comment sont-ils sélectionnés et formés ?

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L’origine des chiens d’aveugle

L’origine des chiens d’aveugle

La première représentation connue d’un non-voyant guidé par un chien remonte à 40 avant J.C et a été trouvée en Espagne sur une pierre tombale.

 

On sait par ailleurs qu’en France, au 17ème siècle, les chiens guides d’aveugles étaient formés directement par leur maître, qui se laissait guider par un bâton attaché au collier de l’animal. Les aveugles étaient à l’époque contraints de mendier pour survivre. Mais à l’aide de leur chien, ils avaient la possibilité de se déplacer jusqu’aux portes des bourgeois pour quémander quelques pièces.

 

La première école publique réservée à la formation des chiens d’aveugles dite « moderne », telles qu’on les connaît aujourd’hui, fut ouverte à Oldenburg, en Allemagne, en 1915. Elle était exclusivement réservée aux blessés de guerre ayant perdu la vue. Pendant les 4 mois que durait leur formation, les chiens étaient au contact quotidien des aveugles. Une douzaine de chiens en sortaient tous les mois, prêts à aider leur nouveau maître et à devenir ses yeux.

 

Le médecin Gerhard Stalling était à l’origine de la création de cette institution. A l’origine, il s’occupait d’un soldat ayant perdu la vue, et se rendit compte que son chien aidait le patient à se déplacer en lui poussant les jambes. Il se mit alors en tête de généraliser cet usage du chien au service des aveugles.

 

Son initiative connut un certain succès, car suite à l’ouverture de la première école en 1915, des instituts de formation de chiens guide d’aveugle se développèrent dans tout le pays.

 

A la fin des années 20, une philanthrope américaine du nom de Dorothy Harrison Eustis, responsable des chiens pour l’armée suisse, découvrit le travail de Stalling et importa le concept aux Etats-Unis. Elle créa ainsi en 1929 à Nashville « The Seeing Eye » (« L’œil voyant »), la première école pour chiens guides d’aveugles des États-Unis.

 

En France, c’est Paul Corteville, un dresseur de chiens policiers, qui fut le premier à s’intéresser aux chiens guides d’aveugles. En 1952, après l’avoir formée à cet effet, il offrit ainsi à son ami Monsieur Blin sa première chienne, Dickie. Mais ce n’est qu’en 1958 que l’Association Chiens Guides d’Aveugles vit le jour, devenant la première formation de chiens guides d’aveugle en France. L’école est toujours en activité, et a été imitée par de nombreuses formations et associations dédiées aux chiens guides d’aveugles.

 

En Belgique, le premier centre de formation fut créé en 1946.

 

Au Canada, la fondation MIRA ouvrit ses portes en 1981 à Sainte-Madeleine, au Québec, sous l’égide d'Eric Saint-Pierre. Avant cela, il n’existait aucune école de formation de chiens guides d’aveugles canadienne.

La formation des chiens d’aveugle

La formation des chiens d’aveugle

Les formations pour chiens guides d’aveugles existent donc aujourd’hui dans le monde entier. Quel que soit l’endroit, l’animal commence sa formation dès son plus jeune âge. Il reste pendant deux mois auprès de sa mère jusqu’à la fin de son sevrage, tout en apprenant à être au contact des humains, afin de se familiariser avec leur présence.

 

Certains chiots destinés à être formés comme chiens guide d’aveugle naissent même dans des nurseries prévues à cet effet au sein des écoles de chiens d’aveugles. Avant même la fin du sevrage, ils apprennent à vivre au quotidien avec les sons de la vie citadine : bruits de voiture, de moto, pas des gens dans la rue, voix etc…

 

À l’âge de deux mois, une fois le sevrage terminé, le chiot est installé dans une famille d’accueil, au contact de personnes voyantes, et de préférence pas trop loin de l’école. C’est à cet âge-là qu'il s’adapte le plus facilement aux différents caractères qui l’entourent. Les éducateurs de l’école vérifient que l’adaptation se déroule bien et corrigent le comportement du chien lorsque c’est nécessaire, tout en donnant des conseils à la famille d’accueil.

 

Il vit donc au milieu de personnes qui ne souffrent pas de cécité et qui peuvent l'emmener dans des endroits qu’il doit apprendre à connaître afin d’éviter à son futur maître de rencontrer des obstacles. Il découvre donc les magasins, la rue, les parcs ou encore les passages piétons, afin de savoir rester calme en toute circonstance. Il doit être d’autant plus attentif aux véhicules qui peuvent se trouver sur leur passage, et capable de déterminer lorsque la voie est libre et qu’il est possible de traverser.

 

A partir de ses 6 mois, il commence à faire des stages de courte durée à l’école, au cours desquels il apprend à se sociabiliser et à respecter les ordres.

 

Ce n’est toutefois qu’à un an qu’il part pour 6 mois minimum de formation à l’école, auprès de l’éducateur qui l’a encadré lorsqu’il était en famille d’accueil. A l’aube de son premier anniversaire et avant d’entamer cette formation à temps plein, il doit néanmoins passer plusieurs examens, dont une radio des hanches et une radio des coudes, destinées à écarter tout problème articulaire du chien. Les examens de santé incluent également un fond de l’œil, c’est-à-dire une analyse de sa rétine, pour s’assurer qu’il a une bonne vue.

 

Une fois autorisé à poursuivre son cursus, il retourne donc à l’école pour une durée de six mois où, seul avec son éducateur, il apprend notamment à obéir, éviter les obstacles, emprunter les transports en commun, reconnaître les trottoirs, les portes et les escaliers. Il se familiarise aussi au fait de porter un harnais.

 

Cette période de formation intense est structurée en trois étapes importantes : la sensibilisation, l’apprentissage renforcé et la prise d’initiative. A son issue, il doit passer sans souci majeur quarante mises en situation différentes pour obtenir son certificat d’aptitude.

 

Par ailleurs, afin de pouvoir accompagner un non-voyant pendant plusieurs années, toute phobie ou agressivité du chien est exclue. En plus des tests sur sa condition physique, plusieurs tests psychologiques sont donc également effectués à l’âge d’un an, à la fin de sa période en famille d’accueil et avant d’intégrer la formation à temps plein. S’il ne les valide pas, il est réorienté. Plus précisément, il est alors généralement intégré dans des centres de médiation ou dans des familles généralement avec des enfants et/ou sans infirmités, où il sera bien plus heureux.

 

Ainsi, tous les chiens ne peuvent pas devenir guides d’aveugles, même ceux qui ont été sélectionnés dès leur plus jeune âge dans cette perspective.

 

Dans le cas – le plus courant – où le chien poursuit avec succès sa formation jusqu’à son terme, il est ensuite remis à son futur maître. Que ce soit en France (où 200 à 250 chiens guides d’aveugle entrent chaque année en service), en Belgique ou au Canada, ledit maître n’a rien à débourser en retour.

Les qualités des chiens guides d’aveugles

Les qualités des chiens guides d’aveugles

70% des chiens guides d’aveugle sont des femelles, appréciées pour leur capacité à rester plus calmes face à l’adversité que les mâles. De fait, les femelles acceptent généralement plus facilement la domination de l’Homme que les mâles.

 

Dans tous les cas, qu’il s’agisse d’un mâle ou d’une femelle, un chien destiné à devenir guide d’aveugle est stérilisé. Ainsi, à l’âge d’un an, avant le début de la formation à temps plein au sein de l’école, les chiennes subissent une hystérectomie, tandis que les mâles sont castrés. Pour les mâles, cela permet d’éviter qu’ils ne soient pas attirés par une chienne en chaleur et se détournent alors de la mission qui leur incombe. Cela permet également qu’ils soient moins excités et agressifs envers les humains. Quant aux femelles, le fait qu'elles n'aient pas de chaleurs permet d'éviter d’attirer périodiquement l’attention des autres animaux.

 

Par ailleurs, certaines races sont particulièrement courantes parmi les chiens guides d’aveugles.

 

En France, c’est le cas des Golden Retrievers, des Labradors, des Bergers Allemands, ou encore des Flat-Coated Retrievers. En Suisse, ce sont le Labrador Retriever, le Schnauzer et le Border Collie qui servent fréquemment de chiens guides d’aveugles. En Belgique, les formations de Bergers Allemands, de Labrador Retrievers et de Golden Retrievers sont très fréquentes. Au Canada, on retrouve l’incontournable Labrador Retriever, ainsi que le Saint-Pierre et le Bouvier Bernois.

 

Toutes ces races de chiens ont en commun, en plus de résister très bien aux intempéries, d’être très câlines, sociales et affectives, capables de créer des liens forts avec leurs maîtres. Les Goldens Retrievers et les Labradors Retrievers restent néanmoins au niveau mondial les meilleures races pour devenir des chiens guides d’aveugles, car ils sont extrêmement intelligents et savent rester calmes en toute circonstance.

 

Quelle que soit sa race, un chien guide d'aveugle obéit à son maître et suit les directions qu’il lui donne, lui permet d’identifier les obstacles et les éviter, de traverser sur les passages piétons, de respecter la signalisation. Il est également habitué à s’arrêter au niveau d’une marche ou devant des escaliers, et à identifier les objets utiles du quotidien, pour que la personne non-voyante qu'il assiste y ait accès. Il sait également trouver toutes sortes de portes, des distributeurs de billets, des arrêts de bus, connaît sa droite et sa gauche, et peut indiquer un siège vide. C'est donc un compagnon très débrouillard et polyvalent.

Les limites du chien guide d’aveugle

Les limites du chien guide d’aveugle

Malgré tout l’amour qu’un maître peut porter à son animal et le dévouement dont ce dernier peut faire preuve en retour, il faut veiller à ne pas prendre l’animal pour un GPS vivant ou lui faire une confiance « aveugle ».

 

Le rôle du maître est de dire à son chien où il souhaite aller et de savoir où il se trouve, tout en prenant conscience de ce qui l’entoure. Tout le travail ne peut être fait uniquement par le chien, d’autant qu’il ne peut pas savoir à la place de son propriétaire où ce dernier souhaite aller.

 

Par ailleurs, même si l’animal est donné à titre gratuit, sa formation coûte environ 25 000€. Les instituts de formation de chiens guide d’aveugle sont donc constamment à la recherche de dons afin de pouvoir poursuivre leur mission et former le plus grand nombre de chiens possible. L’offre reste néanmoins insuffisante par rapport à la demande, même si certaines personnes souffrant de cécité ne souhaitent pas se voir attribuer un chien, préférant opter pour une canne blanche, qui elle permet d’être en contact direct avec d’éventuels obstacles.

 

Enfin, vient le moment où le chien guide d’aveugle doit prendre sa retraite. Cela se produit vers ses neuf ans, quand son acuité visuelle n’est plus aussi bonne qu’avant et que ses muscles et articulations faiblissent. A cet âge-là, il rend visite au vétérinaire, qui détermine s’il peut partir à la retraite ou si au contraire il peut travailler jusqu’à ses dix ans, âge maximum jusqu'où il peut être employé. Lorsqu’il est retraité, il passe du statut de chien travailleur à celui d’animal de compagnie, et doit de ce fait quitter sa famille, sauf si celle-ci décide de le garder, sans qu’il reste pour autant un chien de travail. Néanmoins, cela peut représenter une charge trop importante pour certains maîtres.

 

Si un autre chien guide d’aveugle intègre la maison pour remplacer l’animal retraité et que ce dernier en fait encore partie, il est nécessaire d'apprendre aux deux chiens à vivre ensemble et en harmonie. Quelquefois, cela ne coule pas de source.

 

Si séparation il y a, elle est généralement douloureuse pour tout le monde. Lorsqu’elle s’avère nécessaire, il est important de permettre au chien de passer déjà un peu de temps dans sa nouvelle famille avant qu’il ne quitte son maître non-voyant, afin qu’il puisse se familiariser avec eux petit à petit. Cela permet notamment d’éviter le risque de fugue du chien pour aller retrouver son ancien maître.

L’importance de laisser le chien guide d’aveugle faire son travail

L’importance de laisser le chien guide d’aveugle faire son travail

Il peut arriver qu’un maître aveugle ait du mal à se faire comprendre de son chien, dans la mesure où il ne peut voir les réactions de ce dernier. Dans un tel cas de figure, il ne faut surtout pas intervenir en cherchant à interagir avec le chien ou le toucher, voire chercher à le prendre par la laisse ou le collier. Seul son maître est habilité à lui donner des indications et des ordres.

 

De façon générale, il est important de ne pas distraire de sa tâche un chien-guide qui est en plein travail, que ce soit par exemple en lui offrant de la nourriture ou en laissant un autre chien s’en approcher. Eloigner un chien guide d’aveugle de son devoir, c’est potentiellement mettre son propriétaire en danger.

Le mot de la fin

Les chiens guide d’aveugles sont des compagnons pleins de joie de vivre et très câlins. Sans être absolument indispensables à leur maître, ils leur facilitent néanmoins grandement la vie au quotidien, ce qui rend d’autant plus regrettable le fait que leur nombre reste relativement limité en comparaison du nombre de personnes souffrant de cécité et qui aimeraient bénéficier d'une telle aide. Un certain optimisme est toutefois permis, car de plus en plus d’éducateurs canins sont formés chaque année pour éduquer de futurs chiens guide d’aveugles.

Dernière modification : 12/07/2019.
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