Les chiens de protection de troupeau

Les chiens de protection de troupeau

Le chien de troupeau, également appelé “chien de protection de troupeau” fait partie intégrante du troupeau, contrairement au chien de conduite, qui vit avec le berger. L’un comme l’autre font partie de la catégorie des chiens de berger et ont un rôle complémentaire.


Les chiens de protection de troupeau vivent au rythme du troupeau, savent interpréter les situations menaçantes et réagir en conséquence. Leur histoire remonte à loin, et ils présentent des qualités qui les rendent uniques et indispensables à un berger.

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L'histoire du chien de troupeau

Depuis la domestication du chien par l'Homme, son instinct l’a toujours poussé à assurer la protection de son maître. C’est ce qui a conduit l’Homme à décider au fil des années d’améliorer cet instinct naturel protecteur chez certaines races de chiens.

Aujourd’hui, la Fédération Cynologique Internationale dénombre environ 25 races de chiens de protection de troupeau dans le monde. De l’Europe au Moyen-Orient, en passant par l’Himalaya, chaque région du monde a développé ses chiens de protection. Parmi les races les plus emblématiques, on trouve notamment le Chien de Montagne des Pyrénées (ou Patou), le Berger du Caucase, le Mâtin Espagnol et le Komondor. En Europe, c’est en Suisse, en France et en Italie que l’on retrouve le plus de chiens de protection de troupeau, la plupart du temps dans des régions d’élevage très anciennes.

La nature et l’instinct du chien l’ont toujours poussé à défendre ceux qu’ils considèrent comme faisant partie de sa meute. Néanmoins, même si la pratique est sûrement plus ancienne, c’est seulement au 18ème siècle que le terme “chiens de protection de troupeau” fait son apparition. Afin d’assurer la protection de leurs troupeaux d’ovins et bovins, les éleveurs décidèrent de tout miser sur des races de chiens capables de cohabiter avec d'autres animaux sans aucun instinct de prédation. Ils choisirent donc de conserver les caractéristiques physiques d’un chien imposant à la tête ronde, au museau court et aux oreilles tombantes, ainsi que les caractéristiques comportementales d’un juvénile.

En France, les chiens de troupeau étaient très sollicités par les bergers français du 18ème siècle jusqu’à la fin du 19ème. À partir de cette époque, le chien de protection de troupeau commença à disparaître progressivement dans le pays en raison de la raréfaction - voire de l’éradication - des grands prédateurs. Néanmoins, de nos jours, du fait de la réapparition sur le territoire français de certains de ces prédateurs tels que le loup, l’ours et le lynx, des éleveurs décident de faire de nouveau appel à leurs précieux accompagnateurs pour protéger leurs troupeaux menacés.

Les caractéristiques physiques du chien de troupeau

Les chiens de protection de troupeau sont des chiens de grande taille et bien charpentés, avec une hauteur au garrot située entre 60 et 80 cm, pour un poids compris entre 35 et 80 kg.

 

Leur robe est généralement blanche, cette couleur ayant selon certaines hypothèses été privilégiée afin de les distinguer facilement des loups.

 

Leurs oreilles sont souvent tombantes, leur museau plutôt large et court, et leur timbre de voix puissant, profond et grave.

Le rôle des chiens de troupeau

Le rôle principal du chien de protection est de dissuader tout individu et/ou animal d’approcher de son troupeau. Il est important ici de bien comprendre la distinction entre chien de protection de troupeau et chien d’attaque.

 

Un chien de protection de troupeau n’est pas dressé pour attaquer, mais pour dissuader et protéger ; il attaquera uniquement si le prédateur ne tient pas compte de ses mises en garde.

 

Sa force de dissuasion repose sur trois caractéristiques essentielles :

    • les aboiements du chien (voix profonde, grave et puissante) ;
    • sa taille (morphologie imposante) ;
    • ses déplacements au sein et à proximité du troupeau, ainsi que son éventuelle intervention dans le cas de l’apparition d’un danger potentiel.

 

Le chien de troupeau est généralement un chien calme, posé et très sociable, qui aime et a besoin de créer des liens avec des chiens ou d’autres animaux. Il vit au rythme de son troupeau et est particulièrement attaché et loyal à ce dernier, ce qui se traduit par une absence totale de séquences comportementales de prédation. Il est également vif et réactif, ce qui lui permet d’observer, d’interpréter et de réagir en toute situation.

Les principales qualités du chien de troupeau sont donc :

    • la sociabilité ;
    • la vigilance ;
    • le calme ;
    • la loyauté ;
    • l’intelligence.

Comment choisir un futur chien de défense de troupeau

Un bon chien de défense de troupeau est un chien qui sait se faire respecter en toute circonstance et qui en impose, même face à des animaux qui font 30 ou 40 fois son poids. De fait, au moment de choisir au sein d’une portée un chiot destiné à devenir chien de défense de troupeau, il faut opter pour celui qui semble le plus courageux.

 

On donne ainsi souvent comme conseil aux acheteurs ou adoptants de ne jamais choisir un chiot qui se cache, car il aura probablement un tempérament trop craintif. Il faudra davantage porter son attention sur celui qui se lance dans l’inconnu et combat sa crainte en venant vous dire bonjour à vous, l’humain qu’il n’a jamais vu auparavant.

 

D’un point de vue génétique, il est conseillé de choisir un chiot descendant d’une bonne lignée de travail (par exemple dont les deux parents sont chiens de troupeaux), mais ce n’est pas une obligation. En tout état de cause, n’importe quel chien ne peut pas jouer le rôle de chien de troupeau, au vu des caractéristiques physiques et caractérielles requises, évoquées précédemment.

L'éducation et le dressage d'un chien de troupeau

Si le comportement protecteur d’un chien de troupeau repose principalement sur son héritage génétique, il n’en est pas moins important de veiller à ce qu’il reçoive la meilleure éducation canine possible, et ce dès son plus jeune âge.

 

Par ailleurs, malgré le fait qu’il est amené à travailler seul, loin de l’exploitation, il doit se sentir aimé par ses maîtres et ne jamais se comporter comme un animal sauvage qui deviendrait totalement hors de contrôle.

Qu’il soit ou non destiné à servir pour protéger les troupeaux, plusieurs étapes basiques sont indispensables pour éduquer son chien correctement :

  • l’acceptation de la contrainte : il faut notamment faire accepter au chien d’être mis en laisse le plus tôt possible, et lui faire comprendre lorsqu’il travaille et ne joue pas ;
  • l'apprentissage du nom du chien : il faut choisir un nom de chien de préférence court, facile à prononcer, et qui ne doit phonétiquement ressembler à aucun ordre ;
  • la notion du bien et du mal : elle doit être inculquée très tôt, avec tout simplement une indication orale “Bien” pour toute action correctement effectuée, et un “Non !” ferme pour tous les interdits ;
  • la socialisation du chiot : elle est cruciale pendant la période de développement du chiot. Il faut le familiariser au maximum avec les situations à vivre et les individus, humains comme animaux, qu’il sera amené à fréquenter dans le futur.

L’obéissance de base

Avant de le présenter pour la première fois aux animaux du troupeau, il faut inculquer au jeune chien quelques ordres basiques :

  • “Viens” : faire venir le chien au pied (jusqu’à pouvoir le toucher ;
  • “Pas bouger” : un ordre très important pour faire arrêter le chien où qu’il se trouve ;
  • “Couché”; “Debout” : ordres très utiles lors de face-à-face avec un animal récalcitrant.

 

En plus de ces ordres basiques que tout chien doit connaître (qu’il soit ou non de troupeau), un chiot destiné à être utilisé pour protéger un troupeau doit également assimiler certains ordres spécifiques à ce rôle, tels que :

  • “* Nom du chien *, troupeau !” : pour le pousser à retourner vers les animaux s’il a tendance à les perdre de vue ou les quitter ;
  • L’ordre de rappel du chien : vous devez être capable de le faire venir à tout moment lorsqu’il est au milieu du troupeau. Tout en vous approchant du troupeau, appelez-le. Il doit sortir sans précipitation ; sa sortie du troupeau ne doit pas provoquer de mouvement de panique.

 

Pour les moins expérimentés en dressage de chiens de défense de troupeau, il peut être utile de suivre un stage de conduite de troupeaux.


En tout état de cause, l’apprentissage de la défense d’un troupeau ne s’improvise pas et ne s’acquiert pas du jour au lendemain. Il faut faire preuve de patience et être en totale connexion avec le chien.

L’introduction du chiot à son troupeau

Juste après avoir été sevré et séparé de sa mère (aux alentours de 8 semaines), le chiot a besoin de combler un vide affectif. Il se tourne alors naturellement soit vers un congénère, soit vers un humain, soit vers un troupeau. Afin d’éviter qu’il se focalise sur vous, il faut donc lui présenter le troupeau très vite après son arrivée dans le foyer.

 

La première fois qu’il est présenté au troupeau dont il aura la garde, le chiot va généralement au contact des animaux, que ce soit par curiosité ou par jeu. Si ceux-ci ne sont pas habitués à la présence d’un chien de protection, ils peuvent manifester une attitude d’hostilité à son encontre, en lui donnant des coups de tête ou en le fuyant. Le chiot doit dès lors regagner son lieu de couchage ou son refuge (l’abri qui lui est pleinement destiné) et éviter le troupeau. L’éleveur doit quant à lui le rassurer et l'accompagner au milieu des animaux.

 

Il peut aussi arriver que le chiot se mette à courir après les bêtes pour rechercher le contact et/ou pour jouer avec elles. Dans ce cas, il est préférable de diminuer la taille de l’enclos ou d’augmenter la surveillance. Certains chiots, déjà bien équilibrés, peuvent aussi adapter leur approche en optant pour des mouvements calmes, une position aplatie, et détourner la tête ou le regard, qui sont autant de signaux canins d’apaisement. Au début, il est pertinent de prévoir un lieu duquel le chiot ne puisse pas s’échapper et qui ne soit pas trop grand, de sorte que le contact avec les animaux ait obligatoirement lieu.

En fonction des différents paramètres (caractère du chiot, capacité d’adaptation, habitude des animaux à être encadrés par un chien de troupeau, etc.), la phase d’acceptation du chiot par le troupeau varie de quelques jours jusqu’à 2/3 semaines. En tout état de cause, plus le chiot est équilibré, plus cette phase est courte, car il sait alors rassurer les animaux par son attitude.

 

Quelques signes permettent à tout moment d’évaluer l’adoption du chiot par le troupeau :

  • il circule librement dans le troupeau, sans effrayer les animaux ni provoquer de fuite ;
  • il dort au milieu des animaux plutôt que dans son lieu de couchage habituel ou son refuge (un abri prévu rien que pour lui, où il peut se reposer, manger et boire) ;
  • il se comporte comme les animaux du troupeau et envoie des signes de communication amicaux : il lèche le museau, les oreilles ou l’anus des très jeunes animaux ou de certaines brebis dociles, il détourne le regard et la tête quand une bête « tape du pied » ou adopte une attitude de dominé, si bien qu'aucun signe d’agressivité du chien ne transparaît.

 

Au fil du temps, par mimétisme, le chiot adopte des attitudes propres aux animaux qui l’entourent, et se place de plus en plus souvent et longtemps au milieu du troupeau.

Pour savoir qu’un chiot protecteur de troupeau est prêt et opérationnel, on observe plusieurs signes :

  • il passe davantage de temps à reconnaître et contrôler l’environnement du troupeau ;
  • le marquage du territoire à la périphérie de la zone pâturée par le troupeau, soit par émission d'urine, soit par défécation, devient délibéré et fréquent ;
  • le chien devient plus actif, et ce pendant de plus longues périodes ;
  • il s’intéresse davantage aux animaux du troupeau qu’à son maître.

 

La plupart des chiens adoptent ce comportement à l’âge de 4 mois et demi environ. C’est à partir de ce moment-là qu’ils sont opérationnels et commencent à jouer leur rôle au quotidien.

Les problèmes rencontrés

Il peut arriver qu’un chien de protection blesse - voire tue - un animal du troupeau. La plupart des comportements entraînant des blessures ou la mort d’un membre du troupeau peuvent être corrigés assez rapidement. Généralement, ils sont dûs au comportement joueur du chien, ou à des blessures infligées par accident aux nouveaux-nés. Mais ils peuvent aussi être la conséquence de la position d’affût de l’animal, qui, elle, ne peut être corrigée par le dressage.

 

La position d’affût est la position que prennent les canidés (loups, chacals, coyotes, chiens…) lorsqu'ils chassent individuellement avant d'engager la mise à mort : regard fixe, position tendue, oreilles en avant. Cette position est le résultat d’un héritage génétique qui n’est pas compatible avec le rôle de chien de protection. Si un chien de protection l’adopte, il est nécessaire de mettre fin à son rôle et de l’éloigner du troupeau, car il est quasiment impossible de corriger ce défaut, qui risque d’entraîner de nombreux accidents.

De façon générale, face à un problème de comportement du chien avec les animaux du troupeau, il est nécessaire d’analyser la cause en fonction de trois explications possibles :

  • manque d’attachement ;
  • manque de sympathie pour les animaux ;
  • manque de protection.

 

Par exemple, si le chien retourne vers la bergerie ou suit un humain, cela signifie que le lien qu’il a tissé avec les humains est plus fort que celui qu’il a tissé avec les animaux, ce qui peut s’avérer extrêmement dangereux car il a, de fait, tendance à les abandonner très souvent.

 

On trouve fréquemment ce comportement canin chez des individus qui ont été “convertis” en chien de protection de troupeau une fois adultes, après avoir vécu plusieurs mois ou années avec des humains. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle procéder ainsi n’est pas du tout recommandé : un animal adulte, quand bien même il appartient à une race de chien de troupeau, ne peut être converti à 100%, du fait de son attachement profond aux humains.

Le mot de la fin

Le chien de protection de troupeau est un chien qui vit en permanence avec son troupeau, contrairement au chien de conduite qui, lui, accompagne le berger. Il s’agit d’un chien intelligent, sociable, fort et loyal, qui comprend et maîtrise parfaitement le travail qui lui a été confié : défendre son troupeau et le protéger en toute circonstance.

Dernière modification : 05/29/2019.
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