La formation des chiens policiers mordants

Quel que soit le pays, la formation des chiens policiers d’assaut repose sur les mêmes grands principes : obéissance totale et complicité, obtenue par le jeu et la joie de faire plaisir à son maître.


Il y a évidemment beaucoup de points communs entre les différents services de police et les différents pays, mais on trouve aussi quelques spécificités.

La formation des chiens policiers de la Police Nationale française

La formation des chiens policiers de la Police Nationale française

La Police Nationale française utilise environ 80 chiens. Depuis 1965, ils sont formés au Centre National de Formation des Unités Cynophiles de la Police Nationale (CNFUC), à Cannes-Écluse, en Région parisienne.

 

Un chien peut entamer sa formation au plus tôt à 10 mois et au plus tard à 2 ans. Au sein du centre, les chiens sont formés à toutes les spécialités, avant d’être affectés dans un service en particulier. Les 15 premiers jours sont une phase de familiarisation et de « débourrage » : chaque chien reste avec un moniteur qui lui apprend notamment les ordres de base. S’il montre des aptitudes pour le rôle auquel on envisage de le destiner, il passe ensuite 3 mois au Centre en compagnie de son nouveau maître-chien. Le tandem ne se choisit pas : c’est au moniteur, qui suit en même temps trois policiers et trois chiens, qu’il revient de former les binômes en fonction du caractère de chacun. Tous deux reçoivent alors pendant 3 mois la formation correspondant à leurs futures missions (patrouille, défense et intervention), et deviennent dès lors inséparables.

 

Pendant les 15 premiers jours de cette période d’apprentissage de 3 mois, le chien et son nouveau maître se familiarisent l’un à l’autre : ils apprennent à se connaître par le jeu, les promenades et les caresses, afin d’établir une relation de confiance et une complicité mutuelle, absolument indispensables. Si, pour une quelconque raison, le chien change de maître au cours de cette période initiale, on repart du début avec le nouveau. Cela peut se produire si le duo ne fonctionne pas du point de vue des caractères, ou par exemple si l'aspirant maître-chien policier change d’avis et renonce à la formation.

 

La formation des chiens policiers mordants

Suit une phase d’apprentissage de l’obéissance. Le but est que le chien obéisse immédiatement et aveuglément à son maître, en toutes circonstances. On commence par l’apprentissage des ordres de base (assis, couché, au pied, etc.), puis on passe à l’apprentissage spécifique, basé sur la complicité et le jeu. Les exercices sont répétés tous les jours jusqu’à totale assimilation.

 

L’éducation du chien d’intervention se fait par la méthode du renforcement positif, comme c’est d’ailleurs aussi le cas pour les autres spécialités, celles de recherche et détection. S’il fait ce qui lui est demandé, il obtient une double satisfaction : d’une part, celle de faire plaisir à son maître, et d’autre part son jouet préféré, avec lequel ce dernier le laisse jouer un moment. Par rapport à l’éducation d’un chien possédé par un particulier, le recours aux friandises pour chien est en revanche nettement moins courant, car l’alimentation de ces futurs chiens d’élite est surveillée de près.

 

L’apprentissage du mordant sollicite une tendance naturelle chez le chien, et en particulier le Berger Belge Malinois, qui adore mordre. Il consiste donc à encourager l’instinct de prédation du chien, mais de façon très contrôlée et très dirigée. Sans ordre de leur maître, ces chiens ne sont pas du tout agressifs. D’ailleurs, s’ils l’étaient, ils ne seraient pas sélectionnés. Au demeurant, la formation au mordant ne peut débuter que lorsque l’obéissance du chien est totale, sous peine d’être extrêmement dangereuse.

 

La formation des chiens policiers mordants

Le chien s’habitue également à rester calme quel que soit le contexte (bruit, coups de feu, manifestations et mouvements de foule, etc.) et à ne pas lâcher prise même s’il reçoit des projectiles (par exemple des gobelets en carton ou en plastique), voire des coups (sans lui faire mal). En plus du mordant, il apprend également la technique de la frappe muselée, évoquée précédemment et qui est très puissante.

 

La « marche ensemble » est une autre technique que le chien (et son maître) doivent maîtriser. Il apprend donc à marcher à côté de son maître, collé à sa jambe, ou entre ses jambes. Ceci est nécessaire pour qu’ils ne se gênent pas mutuellement lors des interventions, et que le maître puisse garder les mains libres par exemple pour dégainer son arme. Le chien apprend ainsi à suivre à la lettre tous les mouvements du maître : il avance, recule, s’accroupit, va à gauche ou à droite, si bien qu’ils ne font qu’un dans leurs déplacements. Si, en cours de formation, le chien doit changer de maître, il ne doit rien perdre de ses compétences, ce qui est très difficile. En effet, devoir obéir aveuglement à une nouvelle personne est forcément perturbant pour lui.

 

Au terme des 3 mois de formation, si le binôme est jugé apte, il rejoint son lieu d’affectation.

Par la suite, si le chien doit changer de maître en cours de carrière, il y a à nouveau une période de 15 jours de familiarisation mutuelle avec son nouveau maître, mais sans refaire toute la formation de 3 mois.

La formation des chiens policiers de la Gendarmerie Nationale française

La formation des chiens policiers de la Gendarmerie Nationale française

Toutes spécialités confondues, la Gendarmerie Nationale française compte environ 560 chiens policiers.

 

Leur formation est la même que celles des chiens de la Police Nationale. Elle se déroule au Centre national d’Instruction Cynophile de la Gendarmerie de Gramat, dans le Sud-Ouest de la France.

La formation des chiens policiers du RAID

La formation des chiens policiers du RAID

Le RAID, unité d’élite de la Police Nationale française, possède environ une quinzaine de chiens répartis en deux disciplines : chiens d’assaut d’une part, chiens de recherche d’explosif d’autre part.

 

Il envoie certains de ses membres se former au Centre National de Formation des Unités Cynophiles de la Police Nationale (CNFUC), afin que leur soit dispensée la formation généraliste de maître-chien policier. Après avoir « récupéré » les binômes chien/maître ainsi constitués, il leur donne une formation complémentaire spécifique à ses besoins dans son siège de Bièvres, également en Région parisienne.

 

Qu’il s’agisse d’un chien d’assaut ou d’un chien de recherche d’explosif, le stage de base dure deux mois, mais la formation peut au final se prolonger pendant plus d’un an avant que le binôme soit déclaré opérationnel. En plus du maintien de l’apprentissage acquis au CNFUC, elle vise à rendre le chien susceptible de partir en mission n’importe quand et n’importe où, y compris à l’étranger. Pour cela, elle doit aussi les habituer et entraîner au vide. En effet, les missions du RAID sont très diverses, et ses membres peuvent être amenés à être hélitreuillés, faire de la descente en rappel ou sauter en parachute... avec le chien. Or, comme l’Homme, un chien a la notion du vide, et c’est donc tout un travail que de lui faire oublier son appréhension. La plupart du temps, la totale confiance qu’il a en son maître suffit à lui faire dépasser sa peur naturelle. Mais pour certains individus, cela ne suffit pas. Quand il s’avère impossible d’habituer le chien au vide, il est redirigé vers un autre service, et le maître doit alors tout recommencer avec un autre chien...

La formation des chiens policiers municipaux en France

La formation des chiens policiers municipaux en France

Dans la Police Municipale française, la procédure qui régit la formation des chiens policiers et de leur maître est différente de la Police Nationale et de la Gendarmerie. Les policiers municipaux souhaitant devenir maître-chien policier doivent suivre une formation auprès d’entreprises privées, les mêmes qui forment les agents de sécurité.

 

Le policier apporte son propre chien, et les deux sont formés en même temps. S’il ne possède pas encore de chien, les centres de formation sont souvent à même de lui en proposer à adopter, mais il reste généralement libre d’en adopter au dehors, en respectant certains critères qui lui auront été communiqués.

 

Le chien doit ainsi être âgé d’au moins un an, et figurer sur la liste des races de chien autorisées au mordant. Cette liste officielle comporte pas moins de 26 races réparties en trois catégories, les plus usitées étant le Berger Allemand, le Berger Belge Malinois, le Boxer, le Dobermann et l’Airedale Terrier. Par ailleurs, son carnet de vaccinations doit être à jour, et il doit avoir un passeport européen en règle.

 

La formation dure sept semaines et est validée par un examen final. Une fois ceci fait, le duo peut retourner dans sa commune et entrer en exercice.

 

Dans la plupart des communes, les chiens policiers sont des chiens de défense/intervention qui effectuent des patrouilles et ont un rôle avant tout dissuasif. Néanmoins, dans les grandes villes, on peut trouver aussi dans les rangs de la police municipale des chiens de recherche (explosifs, stupéfiants, etc.). Tout dépend in fine de la politique de la commune et du type de délinquance à laquelle elle fait face.

La formation des chiens policiers en Belgique

La formation des chiens policiers en Belgique

Toutes spécialités confondues, la Belgique compte environ 80 binômes de chien policier et maître-chien policier.

 

Les formations de chiens policiers belges sont assurées depuis 1968 par la Direction d’Appui Canin (DAC), qui par ailleurs gère et envoie les unités cynophiles en intervention.

 

La Direction d’Appui Canin entretient d’ailleurs des contacts très réguliers avec différents pays comme les Pays-Bas, la France, l’Allemagne, la Suisse ou encore la Pologne, afin d’échanger des informations et tester de nouvelles techniques et méthodes d’apprentissage.

 

Dans la Police Fédérale, le chien est d’abord pris en charge par un formateur de la DAC, puis la formation est complétée par le maître-chien. Elle dure au total entre 5 et 26 semaines, avec notamment un travail sur le comportement social du chien et le stress environnemental : stades, concerts, etc. Tous les ans, les binômes ont la possibilité d’effectuer s’ils le souhaitent des stages de maintien à niveau ou de perfectionnement.

 

La DAC n’intervient qu’au niveau fédéral. Dans les polices locales, comme en France, c’est le policier lui-même qui forme son propre chien au sein d’un centre agréé, puis le binôme passe l’examen de qualification.

La formation des chiens policiers en Suisse

La formation des chiens policiers en Suisse

En Suisse, c’est la Fédération Suisse des Conducteurs de Chiens de Police qui se charge des formations. La Fédération gère tous les chiens de police de la Suisse depuis 1912. Elle est composée de diverses sections qui englobent tous les corps de police en Suisse et au Liechtenstein, et s’occupe à la fois de la formation initiale et du perfectionnement.

 

Elle impose par exemple à toutes les polices un concours annuel de chiens policiers, couvrant toutes les spécialités. La formation dure de 2 à 3 ans (obéissance et défense), et l’examen d’aptitude doit être validé chaque année.

La formation des chiens policiers au Canada

La formation des chiens policiers au Canada

Le Canada possède en tout environ 170 équipes cynophiles, c’est-à-dire binômes chien et maître-chien policier.

 

Les formations des chiens policiers sont assurées par des centres comme celui de la Gendarmerie Royale du Canada (GRC) ou la Section Formation de l’unité canine du Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM), dont les compétences et les missions dépassent celles d’une police municipale. Au sein du SPVM, après la première phase en famille d’accueil décrite précédemment, et au terme des évaluations, la formation proprement dite débute en compagnie du stagiaire maître-chien. L'animal est alors âgé d’un an à un an et demi ; on lui assigne un maître-chien policier, et ils commencent ensemble leur vraie formation, qui est commune à celle de la GRC.

 

Au sein du centre de la GRC, la formation dure en moyenne 18 semaines, et commence par l’obéissance. On désensibilise également le chien aux tirs et aux gaz chimiques, tout en développant son agilité via divers exercices et en le formant à la protection et à l’arrestation des suspects.

 

Une fois le binôme déclaré opérationnel, il n’en a pas fini pour autant avec la formation. En effet, celle-ci se poursuivra tout au long de sa période d’activité, puisqu’il devra obligatoirement participer à tous les programmes annuels de perfectionnement prévus, en plus de faire valider chaque année son aptitude par un stage de recyclage.

L’entraînement des chiens policiers mordant

L’entraînement des chiens policiers mordant

La formation d’un chien policier n’est rien sans l’entraînement. Ce dernier dure pendant toute sa carrière et est souvent quotidien, en parallèle de l’entraînement du maître, à la fois dans le cadre professionnel et en dehors.

 

Qu’il s’agisse d’un chien d’intervention ou d’un chien d’assaut, on distingue en effet :

    • l’entraînement physique, qui se fait dans la vie de tous les jours, surtout en compagnie du maître, et souvent hors du lieu de travail : footings, natation, parcours d’agility... ;
    • l’entraînement spécifique aux interventions, qui se fait en équipe et au sein du service, pour maintenir le chien au niveau.

 

La formation des chiens policiers mordants

Si on prend l’exemple du RAID français, le chien d’assaut est entraîné deux fois par semaine au mordant avec des volontaires, en simulant la traque et la maîtrise d’un homme menaçant. On le met ainsi régulièrement en situation, de façon à contrôler et vérifier que ses réactions face au danger sont toujours celles qu’on attend de lui.

 

Le chien est entraîné en même temps que les hommes, qui sont toujours cagoulés : cela permet de l’habituer aux cagoules, qui autrement pourraient lui faire peur. En outre, pour qu’il ne perde pas l’habitude du bruit des tirs, son maître l’emmène régulièrement au stand de tir lors de ses propres séances d’entraînement. Toutefois, les chiens du RAID n’ont pas de protections auditives : le maître doit donc être attentif à son compagnon pour savoir quand il atteint son seuil de tolérance et arrive à saturation. En effet, si la formation et l’entraînement visent à repousser progressivement les limites du chien, il faut savoir où placer le curseur, pour ne pas tomber dans l’excès : d’abord parce que le but n’est évidemment pas de le faire souffrir, mais aussi et surtout parce cela pourrait conduire à faire face à des comportements inadaptés du chien (peur, agressivité...).

 

Par ailleurs, en parallèle de l’entraînement régulier, l’alimentation du chien est contrôlée et suivie par les vétérinaires du service, comme pour tout sportif qui se respecte. Elle est rationnée en fonction de son poids et de sa prochaine mission, du moins lorsque celle-ci est connue à l’avance.

Dernière modification : 08/16/2019.

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