Le renard, cousin éloigné du chien

Le renard, cousin éloigné du chien

Habile et rusé, le renard s’est taillé une place de choix sur tous les continents de la planète (à l’exception de l’Antarctique) grâce à sa grande capacité d’adaptation. Même s’il vit souvent près de l’humain, ce petit canidé peuple également les zones arctiques, désertiques ou forestières.


Cette proximité n’est pas forcément du goût de l’Homme, qui considère le renard (à commencer par le renard roux, représentant le plus célèbre du genre) comme une nuisance. D’ailleurs, s’il lui accorde une place importante dans de nombreux contes et légendes, ce n’est pas forcément pour en donner une image positive...


Des tentatives longues et coûteuses menées en laboratoire pour domestiquer ce canidé ont presque réussi à en faire un animal dont le comportement est semblable à celui du chien, mais il n’en demeure pas moins que le renard est et demeure un animal sauvage, qu’il faut apprendre à connaître pour mieux apprécier.

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La morphologie du renard

La morphologie du renard

Les renards sont généralement plus petits que les autres canidés comme le louple chacal et le chien moderne, qui est lui-même une sous-espèce domestique du loup. Ces derniers sont classifiés dans le genre Canis, alors que le renard fait partie du genre Vulpes. Les ancêtres du renard et du chien ont divergé il y a plus de 5 millions d’années.

On reconnaît le genre des renards (Vulpes) par un crâne plus étroit et allongé que celui des autres canidés, par ses pattes plus courtes et son museau effilé, ainsi que par sa belle queue touffue, qui lui sert à se tenir au chaud. Contrairement aux autres canidés, ses griffes sont semi-rétractiles, c’est-à-dire qu’il peut partiellement les rétracter, mais pas autant que les griffes d’un chat, par exemple. Il est toutefois lui aussi digitigrade, ce qui signifie qu’il se déplace sur ses orteils, comme le chien et le loup. Par ailleurs, ses canines sont concaves (c'est-à-dire arrondies vers l'intérieur) et non convexes (c'est-à-dire arrondies vers l'extérieur) comme celles du chien.

Le renard roux, qui est le plus grand des renards, mesure jusqu’à 50 cm de hauteur et 90 cm de long. Le poids des adultes varie grandement selon les aires de répartition géographique, mais va de 3 à 14 kg.

S’il peut atteindre une vitesse au galop de 50 km/h, le renard n’affectionne pas particulièrement le sprint, préférant trotter à une dizaine de kilomètres par heure.

Il vit de 2 à 4 ans, soit une longévité nettement inférieure à l’espérance de vie du chien. Néanmoins, en captivité, certains individus ont parfois vécu jusqu'à 14 ans.

Le comportement du renard

Le comportement du renard

Contrairement par exemple aux loups, les renards ne sont pas des animaux qui évoluent en meute. Ils vivent en famille lorsqu’ils élèvent leurs petits et jusqu’à ce que ces derniers atteignent la maturité sexuelle (ce qui survient vers l’âge de 10 mois chez le renard roux), mais chassent la plupart du temps seuls.

Toutefois, certaines espèces de renards peuvent se rassembler en petits groupes dans les territoires où la nourriture est très abondante. Ils adoptent alors un comportement similaire aux meutes de chiens ou de loups, dans lesquelles le mâle et la femelle « alpha » s’approprient une grande part de la chasse et sont les seuls à pouvoir se reproduire.

Davantage actif au crépuscule et la nuit, le renard chasse et mange de tout. Il est omnivore et opportuniste, se nourrissant autant de petits mammifères que d’insectes, d’oiseaux, d’oeufs, de baies, de graines et de champignons, ou encore de déchets produits par l’Homme, en fonction de son environnement et de la période de l’année. De fait, bien que l'humain en a une image négative, le renard lui est extrêmement utile, car il réduit entre autres le nombre d’animaux nuisibles comme les rongeurs. Il chasse souvent à l’affût, à la manière d’un chat.

Par ailleurs, c'est un animal territorial. La superficie de son espace vital (c’est-à-dire le territoire qui lui est nécessaire pour se nourrir) va de quelques dizaines d’hectares en ville à plusieurs centaines d’hectares en milieu naturel. Afin de marquer son territoire, il utilise des glandes servant à déposer des phéromones. Cette odeur très forte est d’ailleurs typique du renard.

Enfin, il possède une vaste gamme de sons utilisés pour communiquer avec ses pairs. Le plus fréquent est le glapissement.

Les différentes espèces de renard

Il existe 12 espèces de renards, réparties dans la majorité des habitats de la planète. Les plus remarquables sont :

Le renard roux

Le renard roux

Le renard roux est l’espèce de renard la plus répandue dans le monde, et la plus connue. Son habitat couvre l’Amérique du Nord, l’Europe, l’Afrique du Nord et l’Australie, où il a été introduit par l’Homme.

 

Il est la plus grosse espèce de renards, pouvant mesurer jusqu’à 50 cm de hauteur et 90 cm de longueur.

Son pelage est roux chez la majorité des individus, mais certaines sous-espèces présentent diverses variations.

Le renard du Bengal

Le renard du Bengal

Le renard du Bengal vit sur le sous-continent indien, d’où il est endémique. Assez petite, cette espèce se distingue du renard roux par son apparence beaucoup plus délicate.

Son habitat préféré est la prairie. De ce fait, la conversion de nombre de ces dernières en terres agricoles constitue une réelle menace pour lui.

 

En parallèle, il est aussi chassé par certaines populations locales pour être utilisé dans la médecine traditionnelle.

Le renard de Blanford

Le renard de Blanford

Le renard de Blanford vit dans les régions montagneuses du Moyen-Orient. Ce petit carnivore à la queue touffue et aux grandes oreilles a une apparence qui n’est pas sans rappeler celle du chat. Il vit dans les hautes terres arides et les steppes, ainsi que les falaises et les canyons, où il peut chasser de petits rongeurs.

Les habitats des représentants de cette espèce sont isolés les uns des autres, notamment parce qu'ils sont séparés par des zones habitées par l'être humain. De ce fait, les différentes populations se mélangent assez peu, ce qui conduit à un bagage génétique peu diversifié, avec à la clef un risque accru de maladies génétiques.

Le renard de Blanford est classé par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) comme une espèce vulnérable, puisqu’on estime qu’il ne reste qu’environ un millier d’individus dans le monde.

Le renard arctique (ou renard polaire)

Le renard arctique (ou renard polaire)

Le renard arctique, aussi appelé renard polaire, vit au Canada, en Alaska, au Groenland, au Svalbard (dans le nord de la Norvège) et en Islande. Il se distingue des autres espèces par son pelage épais et long, qui lui permet de résister à des températures de -50°C et qui devient entièrement blanc en hiver.

Ses petites oreilles rondes contribuent aussi à sa capacité à s’accommoder des conditions les plus extrêmes, car elles limitent les zones exposées au froid et l’aident à conserver sa chaleur. Le fait de n’être guère difficile en termes d’alimentation est aussi un atout : cet omnivore peut manger presque n’importe quoi pour survivre, que ce soit un animal mort ou vivant, des fruits, des racines ou des insectes.

Le renard arctique est menacé par le réchauffement global. Son aire de répartition rétrécit constamment au profit du renard roux, qui monte vers le nord à mesure que la température moyenne augmente et que les zones enneigées reculent.

Le fennec

Le fennec

Plus petite espèce de canidé sauvage du monde, le fennec vit dans le Sahara et sur la péninsule arabique.

Il est reconnaissable à ses oreilles surdimensionnées, qui l’aident à réguler sa température dans la chaleur extrême du désert. Ses reins sont eux aussi adaptés à l’environnement hostile dans lequel il évolue, et il peut survivre sans eau « libre », c’est-à-dire autre que celle qu’il tire de son alimentation solide.

Par ailleurs, il est un des seuls renards qui soit réellement social : ses terriers sont fréquemment reliés à ceux de ses voisins, ou creusés l’un près de l’autre. Il est d’ailleurs souvent observé en train de dormir serré contre ses pairs.

Le fennec est une espèce protégée, car sa population est menacée par le trafic d’animaux exotiques.

Le renard et l'Homme

Le renard dans la culture populaire

Le renard dans la culture populaire

Depuis bien longtemps, le renard figure dans des contes, des fables et des légendes d’un grand nombre de civilisations.

En France, au Moyen-Âge, on le connaissait sous le nom de "goupil". Puis est arrivé au 13ème siècle Le Roman de Renart, un ensemble de récits animaliers dont le héros est un goupil nommé Renart. Du fait de la grande popularité de ces histoires et surtout du personnage de Renart, qui représentait les petites gens négligées par les classes dirigeantes, le nom de goupil laissa peu à peu la place à celui de renard.

Une des fables d’Ésope, au 6ème siècle avant J.-C., parle de la rencontre entre un corbeau et un renard. Reprise au 17ème siècle par Jean de La Fontaine dans ses Fables, elle en est même devenue l’une des plus célèbres. On connaît l’histoire, mais ce qu’on ne réalise pas, c’est que la représentation comme animal rusé, apte à déjouer et à enjôler, est en fait un fil conducteur de beaucoup de légendes à travers le monde et les civilisations. Ésope mentionne d’ailleurs le renard dans 42 de ses 358 fables.

Bien avant Ésope, les Mésopotamiens (3000 à 500  avant  J.-C.) voyaient pour leur part le renard comme un messager de la déesse Ninhursag.

 

Fushimi Inari Taisha, à Kyoto (Japon)
Fushimi Inari Taisha, à Kyoto (Japon)

En Corée, en Chine et au Japon, les renards sont des esprits puissants de nature rusée et sournoise, qui trompent parfois les humains. Ils apparaissent parfois sous la forme de femmes afin de séduire les hommes. Le renard légendaire japonais, nommé kitsune, possède jusqu’à neuf queues. Il est considéré comme le messager de Inari, une des divinités shinto les plus fréquemment représentées à travers justement son messager.

Dans certains folklores autochtones nord-américains, comme ceux des Cris et des Ojibwes, le renard est aussi un sage et un joueur de tours. Des mythes le décrivent comme un esprit intelligent, qui vient en aide aux êtres dans le besoin et s’acharne sur les arrogants. Chez les Blackfoot et les Apaches, ce serait le renard qui aurait donné le feu aux humains.

Les Moches du Pérou représentaient pour leur part le renard comme un guerrier qui, pour combattre, utilisait son esprit plutôt que la violence physique.

La mythologie celtique présente quant à elle le renard comme un être rusé qui connaît mieux la forêt que quiconque, et dont la principale qualité est sa capacité d’adaptation. Il peut ainsi changer de forme, entre humain et canin, et attirer les esprits faibles.

La domestication du renard par l’Homme

La domestication du renard par l’Homme

Dans les années 50, un zoologiste russe du nom de Dmitri Beliaïev (1917-1985) entama un projet anthropologique ambitieux. Son but était en effet de découvrir le processus de domestication des animaux par l’humain. L’hypothèse qu’il avançait est que les animaux domestiqués (comme par exemple les chiens) subissent des modifications physiologiques à cause de la sélection artificielle, qui priorise certains traits comportementaux, à commencer par la gentillesse à l’égard de l’humain.

Pendant pas moins de 26 ans, il fit donc se reproduire des Vulpes vulpes (c'est-à-dire des renards roux) afin de créer un renard domestiqué, en choisissant à chaque génération les individus les plus affectueux. Après seulement six générations, certains individus n’étaient plus apeurés ni agressifs à la vue d'humains, et se mettaient même à les lécher et entrer volontairement en contact avec eux.

Il n’y a pas qu’en termes de comportement que ces renards roux domestiqués s'éloignèrent de leurs ancêtres sauvages, mais aussi en termes d’apparence. Ainsi, ils avaient des oreilles plus molles, une queue plus courte et portaient des taches blanches sur leur pelage, ce qui confirmait l’hypothèse de départ du scientifique quant au fait que la domestication entraîne des modifications physiologiques.

En 2017, une statue fut érigée à Novosibirsk, en Sibérie, là où Dmitri Beliaïev effectua ses travaux. Il y est représenté avec un renard lui tenant la patte, comme un symbole de domestication de l’animal sauvage par l’Homme.

Les résultats de l’expérience de Beliaïev forment une ressource unique pour comprendre le processus de domestication d’une espèce par l’Homme. Cela dit, le génome du renard n’a pas été encore séquencé, ce qui signifie que les gènes responsables de son comportement domestiqué n’ont pas encore été identifiés. Lorsque les scientifiques l’auront fait, l’héritage de Beliaïev prendra tout son sens.

En attendant, l’élevage de renards domestiqués se poursuit encore de nos jours à Novossibirsk.

La chasse au renard

La chasse au renard

Le renard roux a longtemps été perçu comme un animal nuisible. De fait, avant le grand mouvement d’urbanisation entamé au 19ème siècle, une large partie de la population des pays européens vivait de l’agriculture et dans les campagnes. Le renard roux était alors célèbre et redouté pour ses attaques, en particulier sur les poulaillers, qui se soldaient souvent par de terribles hécatombes. Il était alors chassé sans pitié par les éleveurs.

 

Dans les années 90, le renard roux d’Europe a également été la cible d’une campagne d’éradication afin d’endiguer la rage. Il est en effet un vecteur potentiel de la maladie, puisqu'il peut transmettre le virus à d'autres mammifères par simple morsure. Toutefois, plus que la réduction de sa population, c’est la généralisation de la vaccination contre la rage qui a permis d’endiguer cette maladie mortelle.

 

De nos jours, la chasse à courre persiste en Europe et en Amérique du Nord, et le renard fait partie de ses cibles de prédilection. En Grande-Bretagne, le recours à ce type de chasse contre le renard est devenu illégal en 2005, mais la pratique perdure, puisqu’on a rapporté plus de 500 chasses illégales en 2018. La population de renard roux y aurait diminué de plus de 40% depuis 1995.

 

En Australie, où le renard roux a été introduit par l’Homme pour réduire la population de lapins de garenne (eux aussi introduits par l’Homme), il est considéré depuis 1929 comme une espèce invasive et fait l’objet d’une chasse visant à réduire sa population, sans grand succès. De fait, plus que l’humain, c’est le dingo qui y est son principal prédateur. 

Le mot de la fin

Cousin du loup et du chien, le renard est un animal captivant en raison de sa grande capacité d’adaptation. Sa ruse a fasciné de nombreuses cultures, et sa grande diffusion géographique en fait un animal sauvage incontournable.


Toutefois, avec l’expansion des villes et la réduction des territoires naturels, il ne pourra à l’avenir qu’être de plus en plus en contact avec l’humain. Il faut espérer que ce dernier pourra voir en lui autre chose qu’une peste à éloigner. De fait, si le genre Vulpes en général n’est pas en voie de disparition, plusieurs espèces de renards ont un statut vulnérable ou inquiétant.

Dernière modification : 02/19/2020.
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