Intelligence des chiens : le chien est-il intelligent ?

Intelligence des chiens : le chien est-il intelligent ?

Tout comme les parents sont souvent fiers des prouesses de leurs enfants, les propriétaires de chien ne tarissent généralement pas d’éloges quant aux exploits de leur compagnon. Capacité à comprendre et exécuter des ordres, à décrypter des émotions ou encore à exécuter des gestes aussi peu instinctifs que « Donne la patte » : les chiens domestiques semblent capables d’accomplir bien des choses que d’autres animaux ne sauraient réaliser.


Mais pour savoir si son chien est intelligent, encore faut-il définir de quoi il est question lorsqu’on parle d’intelligence. Est-il pertinent de parler d’intelligence pour un chien ? Peut-on la comparer à celle d’autres animaux, même de l’Homme ? Y a-t-il, chez le chien, différentes formes d’intelligence ? Quelle est la part de l’inné et de l’acquis dans l’intelligence du chien, et quels sont les facteurs qui influencent le développement de l'intelligence du chien ?

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L’intelligence : comprendre, apprendre et s’adapter 

L’intelligence : comprendre, apprendre et s’adapter 

Difficile de se mettre d’accord sur ce qui constitue ou non un chien intelligent, tant les relations entre les humains et les chiens sont riches et variées. Les attentes vis-à-vis d’un chien de garde, d’un chien de chasse ou d’un simple compagnon de vie ne sont pas les mêmes, et l’évaluation de l’intelligence d’un chien en devient alors une question d’appréciation personnelle. On imaginerait mal un propriétaire de chien admettre que son compagnon favori n’a pas exactement inventé l’eau chaude !

 

Un raccourci dangereux chez l’Homme consiste souvent à associer l’intelligence avec des capacités mathématiques et scientifiques. L’intelligence est pourtant une notion bien plus vaste et complexe que ça...

 

En effet, l’intelligence générale se définit comme l’ensemble des processus qui permettent de comprendre, d’apprendre ou de s’adapter à des situations nouvelles. Elle dépend forcément d’un objectif et évalue la capacité d’un individu - ou d’un animal - à atteindre cet objectif en utilisant ses facultés mentales.

 

De nombreux animaux, y compris le chien, ont fait l’objet d’études tendant à évaluer leur intelligence. La discipline qui s’intéresse ainsi à l’intelligence des animaux s’appelle l’éthologie cognitive, et est l’équivalent de la psychologie cognitive chez l’humain. Elle se focalise principalement sur l’analyse des capacités de compréhension et d’apprentissage d’un animal.

 

Dans le cas du chien, les études ont montré que celui-ci possède effectivement des capacités associées à l’intelligence, telles qu’une mémoire avancée et la capacité de comprendre et réagir de façon appropriée au langage corporel des humains. Une autre capacité liée à l’intelligence qui est présente chez le chien est celle d’exprimer des émotions. En effet le chien est capable de ressentir et faire transparaître de la peur, de la colère, de la joie ou encore du dégoût. Par contre, contrairement à l’être humain, il n’est pas capable de ressentir de la culpabilité (c’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles il est souvent vain – voire contre-productif – de vouloir punir son chien), et il n’a aucune notion d’équité. Ainsi, un chien recevant une seule friandise tandis qu’un autre à côté de lui en reçoit deux ne ressent aucune injustice face à cette différence de traitement.

Quand les scientifiques s’intéressent à l’intelligence des chiens

Quand les scientifiques s’intéressent à l’intelligence des chiens

Si elle tend de nos jours à se développer, l’étude de l’intelligence, en particulier chez les animaux, est pourtant une discipline relativement nouvelle. Ce n’est qu’en 1976 qu’eut lieu le premier test d’intelligence pour chien. Il s’agissait alors d’une étude comparative menée sur 100 chiens et qui évaluait leur mémoire à court terme, leur agilité et leur capacité à résoudre des problèmes simples, par exemple atteindre un bol de nourriture lorsqu’un obstacle se trouve en travers de la route. Ce test d’intelligence est en quelque sorte un test de QI pour chien, comme on en fait chez les humains, et il est encore utilisé aujourd’hui.

 

Deux décennies plus tard, en 1994, le professeur canadien de psychologie canine Stanley Coren publia L’intelligence des chiens, un livre théorisant trois aspects de l’intelligence chez le chien. Il les appelle respectivement intelligence instinctive, intelligence adaptative et intelligence d’obéissance. Sa vision des choses reste encore aujourd’hui la théorie dominante dans le champ de la recherche cognitive sur le meilleur ami de l'Homme.

 

L’intelligence instinctive d’un chien correspond à sa capacité d’exécution des tâches propres à sa nature même de chien. L’instinct de chasse, très présent chez certaines races de chien, en est un parfait exemple. L’intelligence instinctive est déterminée par le patrimoine génétique, et dépend donc de la race du chien.

 

L’intelligence adaptative correspond quant à elle à sa capacitéà résoudre des problèmes et à identifier une relation de cause à effet. Ce type d’intelligence peut varier d’un individu à l’autre au sein d’une même race. Un exemple célèbre de test d’intelligence adaptative consiste à séparer un chien de son maître par une vitre afin d'observer s’il comprend qu’il doit contourner l’obstacle, par exemple en trouvant une porte, afin d’atteindre son maître.

 

Enfin, le dernier type d’intelligence, l’intelligence d’obéissance ou fonctionnelle, évalue sa capacité à apprendre des ordres donnés par des humains. Il peut s’agir d’indications simples comme « assis » et « couché », d’identifier des objets à l’écoute de leur nom, ou encore d’apprendre des ordres plus complexes, comme ceux visant par exemple à former un chien policier renifleur (par exemple pour en faire un chien détecteur de drogue), un chien sauveteur en mer ou encore un chien guide d’aveugle. De façon générale, les chiens qu’on sélectionne pour le travail sont ceux qui ont une intelligence d’obéissance très développée. Par exemple, un chien guide d’aveugle connaît généralement pas moins d’une centaine d’ordres. Le record du nombre d’ordres connus est détenu par un Border Collie (considéré comme une des races de chiens les plus intelligentes), qui en connaît 200.

 

Les chiens possèderaient même une intelligence d’obéissance plus élevée que les chimpanzés, souvent considérés comme un modèle d’intelligence au sein du monde animal. C’est ce qu’a démontré une étude menée en 2012 par des chercheurs allemands de l’Institut Max Planck de Leipzig, publiée dans la revue scientifique PLoS ONE sous le titre « Dogs (Canis familiaris), but not Chimpanzees (Pan troglodytes), understand imperative pointing ». Leur expérience consistait à comparer la capacité des deux espèces à rapporter un objet pointé du doigt par une personne. 9 des 32 chiens testés furent capables de ramener l’objet en question, tandis qu’aucun des 20 primates ne réussit à comprendre l’ordre donné. Les scientifiques estiment que cette intelligence d’obéissance particulièrement grande serait le fait de la domestication des chiens, qui aurait augmenté leur aptitude à comprendre les intentions des humains à leur égard.

Le rôle de l’évolution

Le rôle de l’évolution

Comme l’a démontré Darwin, chaque espèce évolue en développant des caractéristiques qui permettent sa survie. Certaines espèces ont cependant tendance à acquérir les mêmes caractéristiques au cours de leur évolution pour surmonter des problèmes identiques. On parle alors d’évolution convergente. C’est ainsi qu’au cours de leur évolution respective, l’Homme et le chien auraient développé une caractéristique identique : la sociabilité. Ainsi, la domestication du chien par l’Homme a conduit l’animal à acquérir des capacités sociales qui sont absentes chez les chiens sauvages, et même chez des mammifères plus intelligents comme les grands singes.

 

En contrepartie, le chien domestique aurait, au cours de son évolution, perdu en intelligence pour ce qui est de la résolution de problèmes n’ayant pas de dimension sociale. Certains tests montrent même que face à un problème a priori insurmontable, le chien se tourne automatiquement vers l’humain le plus proche pour demander son aide, ce que ne feraient pas d’autres animaux sociabilisés. L’intelligence du chien aurait donc évolué afin de mieux s’adapter à la vie avec l’Homme - ce qui explique aussi leur haut degré d’intelligence d’obéissance. À titre de comparaison, on estime que le chien domestique possède les capacités sociocognitives d’un enfant de 2 ans.

 

En matière d’intelligence, la taille du chien pourrait aussi compter. C’est ce qu’en déduit l'étude « Absolute brain size predicts dog breed differences in executive function » publiée début 2019 dans la revue scientifique Animal Cognition, qui établit une corrélation entre la taille des chiens et certains aspects de l’intelligence. En étudiant les capacités cognitives de pas moins de 7.000 chiens, des chercheurs de l’université de l’Arizona (États-Unis) ont trouvé que les chiens de grande taille avaient une meilleure mémoire à court terme et une meilleure maîtrise de soi. Ils attribuent cela à la taille du cerveau, concluant que « les résultats obtenus montrent qu’il y a une corrélation entre l’augmentation de la taille du cerveau au cours du processus d’évolution et les différences taxonomiques observables lors de la réalisation de tâches, et ce même si la neuroanatomie diffère de celles des primates. » Il convient cependant de ne pas en tirer de conclusion hâtive, car la taille du cerveau n’aurait en revanche aucun impact quant à l’intelligence sociale des chiens.

Comment le chien apprend

Comment le chien apprend

Faisant preuve d’intelligence, le chien possède donc la capacité d’apprendre. Pour se faire, il se repose sur deux méthodes.

 

La première est la répétition. Ainsi, le chien est capable de mémoriser de nouveaux mots et de les associer aux objets par un simple processus de répétition. Plus il l’entendra, et plus il sera à même de faire l’association. C’est notamment ce que démontra Ivan Pavlov (1849-1936), médecin et prix Nobel de physiologie, qui travailla sur le concept du conditionnement classique : il établit que les stimulus de l’environnement engendrent des automatismes chez le sujet au cours de son apprentissage. C’est ce qu’on appelle le réflexe pavlovien. Par exemple, récompenser un chien avec de la nourriture chaque fois qu’il donne la patte le conduit à associer l’ordre « Donne la patte » avec la récompense, et à développer l’habitude de donner la patte chaque fois qu’il entend l’ordre. C’est ce principe qui est au fondement de la méthode traditionnelle d’éducation canine, basée sur le conditionnement pavlovien.

 

Si un chien peut apprendre des humains, il peut également apprendre de ses congénères. C’est particulièrement vrai chez le chiot, qui apprend par mimétisme, en observant les comportements de chiens plus âgés. Cette transmission d’informations et de savoir ne se limite pas à des comportements propres à chaque race : elle englobe aussi ce qui relève de l’intelligence adaptative. Un chien peut ainsi apprendre à résoudre un problème impliquant une relation de cause à effet en observant un autre chien le résoudre. C’est ce qu’on appelle « l’allélomimétisme » c’est-à-dire la capacité qu’ont les membres d’une même espèce à apprendre de nouvelles choses par mimétisme. Ainsi, lorsqu’un chiot intègre une famille possédant déjà un chien adulte, son éducation est simplifiée par le fait qu’il cherche à reproduire les comportements qu’il observe chez ce dernier. L’allélomimétisme est un processus d’apprentissage dont le chien est capable à n’importe quel âge, mais qui est particulièrement présent lorsqu’il est encore jeune. Cette phase du développement dans la vie d’un individu durant laquelle il est le plus enclin à assimiler des capacités propres à son espèce est une période critique. En effet, si ces capacités ne sont pas apprises durant cette période, elles seront très difficiles à acquérir par la suite - c’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles il est plus difficile d’éduquer un chien adulte qu’un chiot, même si un chien peut apprendre à tout âge.

 

Chez le chien, l’efficacité de l’apprentissage est également renforcée lorsque la structure hiérarchique de son environnement social est bien établie. Concrètement, l’apprentissage est plus efficace lorsqu’un chien observe un individu plus élevé que lui dans la hiérarchie que lorsqu’il tente de mimer les actions d’un individu de rang égal ou inférieur. Et si le chien est dominant par rapport à ses congénères, l’individu plus élevé que lui dans la hiérarchie n’est autre que l’humain. C’est le résultat d’une étude de 2012 intitulée « When rank counts – dominant dogs learn better from a human demonstrator in a two-action test ». Péter Pongrácz, Petra Bánhegyi et Ádám Miklósi, les scientifiques qui en sont à l’origine, expliquent ainsi que « la réussite générale au test dépend […] du rang social du chien au sein de ses congénères à la maison. Indépendamment du type de démonstration, les chiens dominants ont résolu le problème bien plus souvent que les chiens subordonnés.

 

L’étude a également démontré que lorsqu’ils font face à un problème, les chiens – et en particulier les alphas, les chiens dominants - préfèrent utiliser la solution inculquée par les humains plutôt que celle apprise d’autres chiens.

 

En effet, une des expériences de l’étude consiste à faire observer aux chiens deux solutions possibles pour récupérer une balle dans un tube. La première méthode consiste à pousser le tube pour faire tomber directement la balle. C’est un chien qui en fait la démonstration. La seconde méthode consiste à tirer une ficelle reliée au tube pour faire tomber la balle. Elle est pour sa part présentée par un humain. Bien qu’elle soit plus complexe, les résultats de l’expérience ont montré que les chiens avaient tendance à reproduire l’action montrée par l’humain plutôt que celle montrée par leur congénère. Les scientifiques ont ensuite inversé les démonstrateurs pour les deux méthodes, mais les résultats se sont montrés identiques. Les scientifiques en concluent que « l’humain sera le démonstrateur le plus influent pour le chien dominant. Le chien subordonné apprendra sans doute mieux du chien dominant dont le rang social est le plus proche du sien ». Ils indiquent également que les chiens de l’expérience ne connaissaient pas les personnes qui faisaient la démonstration, ce qui tend à laisser penser que, même s’il ne s’agit pas de leur maître, les chiens perçoivent un être humain comme un « chef érudit ».

La conscience de son environnement

La conscience de son environnement

Si l’on entend souvent dire que le chien a l’intelligence d’un enfant en bas âge, cela est notamment dû au fait que sa conscience du monde qui l’entoure est similaire. Un chien développe ainsi de la même manière qu’un enfant la capacité de comprendre qu’un objet ayant disparu d’une pièce existe toujours, et qu’il a simplement été déplacé ou dissimulé. C’est ce qu’on appelle le concept de la permanence de l’objet.

 

C’est une capacité qui n’est innée ni chez l’enfant ni chez le chien, et qui se développe chez l’un comme chez l’autre en six étapes :

  • le stade des réflexes : le sujet n’a pas de réactions face à la disparition d’un objet ;
  • le stade des réactions circulaires primaires : le sujet manifeste des émotions (des pleurs chez l’enfant, des aboiements chez le chien…) face à la disparition de l’objet ;
  • le stade des réactions circulaires secondaires : le sujet réagit quand l’objet est partiellement dissimulé et comprend que l’objet dans son intégralité est toujours là ;
  • le stade de coordination de schèmes secondaires : le sujet peut retrouver un objet qui a été caché devant lui. Cela démontre sa capacité à créer un lien de causalité ;
  • le stade de réactions circulaires tertiaires : le sujet peut retrouver plusieurs fois un objet qui a été caché devant lui, mais il ne peut pas retrouver un objet qui ne se trouve pas dans son champ de perception ;
  • le stade de combinaisons mentales et de représentations : le sujet peut déduire l’emplacement d’un objet qui n’a pas été caché devant lui, et il peut également retrouver un objet caché dans une boîte elle-même dissimulée.

 

© Dailymail.co.uk
© Dailymail.co.uk

En comprenant qu’un objet peut être dissimulé et donc récupéré, l’enfant comme le chien est capable de voir une relation de cause à effet dans l’espace qu’il perçoit. Si un enfant développe cette capacité en 24 mois, le chien lui n'a besoin que d'environ 8 semaines.

 

Au cours d’une expérience rapportée par un article intitulé « Object permanence in dogs: Invisible displacement in a rotation task » et publié en 2009 dans la revue scientifique Psychonomic Bulletin & Review, Holly C. Miller, Cassie D. Gipson, Aubrey Vaughan, Rebecca Rayburn-Reeves et Thomas R. Zentall, chercheurs de l’Université du Kentucky (Etats-Unis), ont ainsi prouvé qu’un chien pouvait retrouver de la nourriture qu’on cache derrière un gobelet placé lui-même à côté d’un autre gobelet identique, puis qu’on déplace le gobelet contenant de la nourriture. De ce fait, le chien est donc capable de conserver une image mentale de la nourriture et de suivre son déplacement hypothétique alors qu’elle n’est plus dans son champ de vision.

D’autres signes d’intelligence

D’autres signes d’intelligence

Le chien est également capable de percevoir le temps qui passe, bien qu’il n’existe pas encore de consensus quant à sa façon d’opérer en la matière. Une hypothèse veut qu’il se base sur les odeurs et leur dissipation pour percevoir le passage du temps. Grâce à ses capacités d’observation, un chien peut aussi associer des sons ou des comportements à différents moments de la journée. Un chien nourri au moment du journal télévisé pourrait ainsi faire le lien entre le jingle du programme et le fait qu’il est l’heure de manger.

 

Il ne peut peut-être pas compter les heures qui passent, mais cela ne veut pas dire que le chien ne possède aucune capacité en arithmétique. Les chercheurs Robert Young, de la Pontifical Catholic University au Brésil, et Rebecca West, de l’université de Lincoln au Royaume-Uni, l’ont en effet démontré en réutilisant un test d’arithmétique destiné aux enfants en bas âge. Pour prouver que les chiens peuvent compter jusqu’à cinq, ils procédèrent à un test dit « d’observation préférentielle ». Pour ce faire, il suffit de placer une friandise devant un chien, puis d’installer un écran obstruant sa vue. Il faut ensuite aller chercher une seconde friandise, la placer à côté de la première puis enlever l’écran. Le chien n’est alors pas surpris de trouver deux friandises pour chien devant lui. Par la suite, on répète l’opération, mais sans placer la seconde friandise derrière l’écran. En le retirant, le chien est alors surpris de ne découvrir qu’une friandise. Il est également surpris si le nombre de friandises apparaissant derrière l’écran une fois celui-ci retiré est supérieur au nombre prévu et qu’il se découvre donc avec non pas 2 friandises, mais 3. Cela montre que par anticipation, il calcule que 1+1 = 2, et est donc capable de reconnaître qu’une friandise a été soustraite ou ajoutée.

 

Enfin, le chien est capable d’identifier les autres chiens, et ce quelle que soit leur race, leur taille et leur corpulence. Une expérience menée en France en 2013 par des chercheurs de L’Université Paris 13 associés à des chercheurs de l’Ecole Nationale Vétérinaires de Lyon (ENVL) sous la direction de Dominique Autier-Dérian, docteur en philosophie et vétérinaire comportementaliste, l’a en effet démontré. Pour les besoins de cette étude intitulée « Discrimination des congénères et des humains chez le chien domestique Canis familiaris : étude expérimentale avec des images fixes », 9 chiens ont été sélectionnés pour identifier des chiens parmi 3.000 photos incluant des humains, des vaches, des chats, des reptiles et bien d’autres espèces. Les 9 chiens ont tous été capables d’identifier les photos de leurs congénères, en dépit du fait qu’ils étaient de races et gabarits variés.

Une intelligence à relativiser

Une intelligence à relativiser

L’étude de l’intelligence des animaux étant une discipline relativement nouvelle, et l’intelligence étant encore aujourd’hui un concept sur lequel il n’existe pas de consensus scientifique, il est difficile d’évaluer à quel point le chien est intelligent, ou même de comparer son intelligence à celle d’autres espèces.

 

Pendant très longtemps, on a supposé que le chien était un animal beaucoup plus intelligent que les autres, en raison de sa capacité à apprendre des humains et à résoudre des problèmes. On a même émis l’hypothèse, dans les années 2000, que le chien était plus intelligent que le chimpanzé. Des études plus récentes encouragent pourtant à la prudence. Ainsi, en 2018, , deux neurophysiologistes britanniques, Stephen E.G Lea (université d’Exeter) et Britta Osthaus (université Canterbury Christ Church) se sont penchés sur pas moins de 300 études menées sur l’intelligence des chiens : publiés dans la revue Learning & Behavior au sein d’un article intitulé « In what sense are dogs special? Canine cognition in comparative context », leurs travaux ont mis en évidence un manque de rigueur fréquent et des résultats souvent biaisés.

 

« Plusieurs de nos collègues, à ce qu'il paraît, n'étudient pas simplement l'intelligence des chiens, mais cherchent à prouver à quel point ils sont intelligents. Ils sont souvent comparés, de façon avantageuse, aux chimpanzés pour dire qu'ils possèdent certains traits uniques. Cependant, il se trouve toujours que ces mêmes capacités sont propres aux autres espèces » explique ainsi Stephen Lea.

 

L’étude en conclut que l’intelligence du chien a souvent été exagérée, et qu’il n’est en fait pas plus intelligent que d’autres mammifères. Les chimpanzés, avec lesquels il est souvent comparé, restent plus intelligents que le chien, en raison notamment de leurs capacités linguistiques. Ce n’est peut-être pas un mal, car comme le rappelle Britta Osthaus : « Nous ne rendons pas service aux chiens en attendant trop d’eux. Les chiens sont les chiens, et nous devons prendre en compte leurs besoins et leurs véritables capacités lorsque l’on réfléchit à la façon de prendre soin d’eux ». Enfin, d’après une étude menée par l’éthologiste suédois Kenth Svartberg et publiée dans le quotidien The Times, les chiens modernes seraient même moins intelligents que leurs ancêtres. En effet, après avoir testé l’intelligence de pas moins de 13.000 chiens, le scientifique en est arrivé à la conclusion que le changement du rôle du chien auprès de l’Homme, passé en quelques générations de chien de chasse ou de chien de garde à celui de simple animal de compagnie, a eu un impact sur ses capacités mentales. « Les techniques de sélection et d’élevage modernes affectent leur comportement et leurs capacités mentales », explique ainsi le chercheur. C’est en effet l’aspect physique et non l’intelligence du chien qui prime pour les éleveurs et est mis en avant auprès des adoptants potentiels. La reproduction des chiens vise donc à obtenir des individus aussi beaux que possible, et non aussi intelligents que possible, et cela explique cette dégradation de l’intelligence du chien. L’étude précise d’ailleurs que les Collies à poils courts et les Rhodesian Ridgebacks, d’anciens chiens de chasse, sont les plus affectés par cette diminution de l’intellect.

Stimuler l’intelligence des vieux chiens

Stimuler l’intelligence des vieux chiens

Tout comme l’Homme et la plupart des mammifères, le chien voit ses capacités mentales décliner avec l’âge. Chez l’être humain, comme chez son compagnon, la taille du cerveau tend ainsi à décroitre. Les capacités mentales d’un chien peuvent ainsi commencer à diminuer dès l’âge de 7 ans, et le cerveau d’un chien âgé est 25% plus léger que celui d’un jeune chien - soit une perte de masse presque deux fois supérieure à ce qu’on constate chez l’Homme. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cela n’est pas dû à la mort des cellules cérébrales, mais à celles des filaments qui connectent les cellules nerveuses.

 

En effet, chez le chien comme chez l’Homme, la communication et la mémoire sont affectées par un élément cellulaire appelé mitochondrie. Son efficacité tend à décliner avec l’âge, ce qui expose le cerveau à une dégénérescence mentale.Chez l’Homme, la maladie d’Alzheimer est l’illustration d’un cas extrême de perte d’efficacité de la mitochondrie et de la détérioration de connexions neuronales qui en découle.

 

Une telle dégénérescence mentale a pu également être constatée dans le cerveau de certains chiens par les scientifiques de l’université de Toronto au cours d'une étude dirigée en 2015 par Norton Milgram, intitulée « Effect of mitochondrial cofactors and antioxidants supplementation on cognition in the aged canine » et publiée dans la revue scientifique Neurobiology of aging. Au cours de cette étude, l’autopsie de chiens âgés révéla des lésions au cerveau semblables à celles constatées sur un cerveau humain atteint de la maladie d’Alzheimer. Chez le chien, cette maladie est appelée syndrome du dysfonctionnement cognitif. Elle touche 14% des chiens âgés, mais seuls 2% des chiens sont diagnostiqués.

 

Les vieux chiens qui ne sont pas touchés par cette maladie ne sont pas non plus à l’abri d’une perte de capacité mentale. D’après une étude de l’université de Californie, 28 % des chiens âgés de 11 à 12 ans montrent ainsi des signes de problèmes de mémoire plus ou moins importants. Cette statistique grimpe à 68% pour les chiens âgés de 15 à 16 ans. Il est cependant possible de limiter les effets du dysfonctionnement cognitif en stimulant les capacités mentales d’un vieux chien de façon régulière. Dans les années 40, le psychologue canadien Donald O. Hebb a en effet prouvé que plus le chien était stimulé intellectuellement, plus il apprenait vite, et moins il était stressé.

 

Plus récemment, ces effets ont été mis en corrélation avec un changement physionomique observé dans le cerveau canin. En effet, lorsqu’on prend soin de stimuler les capacités mentales d'un chien, et ce quel que soit son âge, son cerveau grossit et développe de nouvelles connexions entre les neurones. Cela est dû au fait que la neuroplasticité du cerveau, c’est-à-dire sa capacité à modifier sa physiologie, reste malléable, quel que soit l’âge du sujet. « La neuroplasticité n’a pas de fin. On peut apprendre à un vieux singe à faire la grimace ; ça prendra juste plus de temps » explique ainsi Shelli R. Kesler, chercheuse en neuro-oncologie à l’université de Stanford. Dans son article intitulé « Cognitive Experience and Its Effect on Age-Dependent Cognitive Decline in Beagle Dogs » publié en 2003 dans la revue scientifique Neurochemical Research, le psychologue Norton W. Milgram a d’ailleurs étudié les effets d’une stimulation mentale chez les vieux chiens. Il en conclut qu’un apprentissage continu d’au moins deux ans permet de limiter les pertes de capacité mentale. Pour ce faire, il suffit de donner au chien de nouvelles choses à apprendre, notamment des ordres ou des noms d’objets, de lui faire découvrir de nouveaux lieux ou encore de lui donner des problèmes à résoudre. Par contre, si ces efforts pour stimuler le cerveau du chien s’étalent sur moins de deux ans, ils ne donnent pas de résultats flagrants.

Le mot de la fin

Tout comme certaines personnes sont plus intelligentes que d’autres, les chiens ne sont pas tous aussi intelligents les uns les autres. Sa race et sa taille peuvent notamment jouer un rôle en matière d’intelligence adaptative. Certains ont par ailleurs une intelligence instinctive plus élevée que les autres, du fait de leur patrimoine génétique. Les chiens de grande taille ont tendance à faire montre d’une intelligence adaptative plus élevée, en raison du volume plus conséquent de leur cerveau. Et dans tous les cas, un vieux chien a tendance à voir ses capacités mentales diminuer.

 

Mais quel que soit le chien, il est possible de développer son intelligence en stimulant ses capacités mentales, et ce quel que soit son âge. Jouer avec son chien, l’entraîner à résoudre des problèmes, le présenter à des nouvelles personnes ou encore tout simplement emmener son chien en promenade sont en effet autant de moyens de lui faire apprendre et découvrir de nouvelles choses, et de le confronter à de nouvelles expériences.

Dernière modification : 11/03/2019.
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