Expérimentation animale : l’utilisation des chiens dans la recherche

Un chien de laboratoire craignant une injection

Lorsqu’on parle de recherche et d’expériences menées sur les animaux, on s’imagine parfois à tort que cette pratique est devenue marginale et qu’elle ne concerne plus que de petits rongeurs.


La réalité est pourtant bien différente : au-delà des fameux rats et souris blanches évoluant dans des labyrinthes qu’on peut voir au cinéma et à la télévision, ce sont des dizaines d’espèces différentes que les laboratoires utilisent à des fins qui dépassent de loin la simple recherche de vaccins et de traitements contre les maladies.


Parmi elles, le chien, quoique minoritaire, n’est pas étranger à ces recherches de plus en plus souvent contestées tant pour leur méthodologie que pour leurs résultats.

L’utilisation des animaux par les sciences naturelles dans l’Histoire

Tableau représentant Galien
Galien

On trouvait déjà dans l’Antiquité des cas d’expérimentation animale, et plus particulièrement de vivisection. Ceci était notamment lié au fait qu’à cette époque, le corps humain étant majoritairement considéré comme sacré dans les civilisations occidentales, son autopsie était interdite. Pour remédier à ce problème, quelques philosophes et médecins de l’époque comme le grec Galien (129-201) pratiquaient donc la dissection de cadavres de primates en pensant qu’il pouvait exister un parallèle entre l’anatomie de ces animaux et celle des humains. La science expérimentale n’en était cependant qu’à ses balbutiements : ces expériences ne servaient pas encore à vérifier la véracité d’hypothèses scientifiques ni même à tester l’efficacité de remèdes, mais simplement à voir comment le corps fonctionnait.

 

En Inde, à la même époque, la dissection d’animaux était déjà bien plus répandue. Des illustrations expliquant comment tuer le gibier à la chasse témoignent notamment d’une connaissance assez approfondie du fonctionnement de leur organisme.

 

On suppose par ailleurs que la dissection était pratiquée dans le monde arabe dès le 10ème siècle, mais il est fort probable qu’elle portait rarement sur des cadavres humains, étant donné que la Sha’riah impose que soient rapidement enterrés les corps des défunts. Les anatomistes du monde arabe ayant pratiqué la dissection comme Ibn Zuhr (connu aussi sous le nom d’Avenzoar, né vers 1074 ou 1091 et décédé en 1162) et Abd El-Latif (1162-1231) ont donc sans doute davantage travaillé sur des cadavres d’animaux. 

 

Croquis d'Alhazen
Alhazen

C’est d’ailleurs autour de cette époque que la science expérimentale à proprement parler émergea. Alhazen (965-1040), mathématicien, philosophe et physicien du monde arabe, proposa une technique scientifique expérimentale révolutionnaire pour l’époque, qu’on appelle aujourd’hui la méthode hypothético-déductive. Comme son nom l’indique, elle consiste à formuler une hypothèse, puis à chercher à la confirmer ou la réfuter par le biais d’observations. Autrement dit, il préconisait de ne se fier qu’à la logique et l’expérimentation, et non « aux affirmations des uns et des autres ». Il mit en pratique sa méthode principalement dans le domaine de l’optique, en cherchant à prouver par le biais de diverses expériences que la lumière pénètre bel et bien dans l’œil.

 

La diffusion des idées scientifiques fut plus lente dans l’Europe du Moyen Âge, et il fallut ainsi pas moins de deux siècles pour que les travaux de Alhazen y soient relayés grâce à Roger Bacon (1220-1292), le « docteur mirabilis » de la science de l’époque. Il publia en effet en 1267 un des ouvrages les plus importants de la pensée scientifique occidentale moyenâgeuse, De Scientia experimentali, dans lequel il reprit à son compte la méthode hypothético-déductive d’Alhazen. La vivisection ne connut toutefois pas d’essor à ce moment-là, même si contrairement à ce qui se passait dans les civilisations antiques, l’autorité politique de l’époque (l’Église catholique) ne l’interdisait pas.  En revanche, au 16ème siècle, des scientifiques comme Gabriel Fallope (1523-1562), Bartolomeo Eustachi (1500/1510–1574) ou encore André Vésale (1514-1564) pratiquèrent la vivisection dans le but de comprendre le fonctionnement des organes. Leurs recherches ne portèrent toutefois que sur la dissection de cadavres humains.

 

La place des animaux dans ces expérimentations grandit à partir du 19ème siècle, en particulier avec les travaux de Claude Bernard (1813-1878), médecin français considéré comme le fondateur de la médecine expérimentale moderne. Il mit l’accent sur la place de l’observation dans les sciences naturelles et la nécessité d’expérimenter à la fois sur les êtres vivants et sur leurs cadavres. Il eut d’ailleurs lui-même recours à la vivisection d’animaux pour mieux comprendre le fonctionnement du cœur, du foie ou encore du pancréas. Ironiquement, sa femme, Fanny Martin (1819-1901), s’opposait à ces expérimentations qui n’allaient cesser de gagner en importance au cours du 19ème et du 20ème siècle : elle peut être vue comme une fervente militante avant l’heure de la cause animale. Son exemple montre en tout cas que dès son inclusion dans les sciences modernes, l’expérimentation animale fut une pratique contestée.

Les progrès scientifiques permis par l’expérimentation animale

L’expérimentation animale dans la médecine

Un homme pratiquant des expérimentations sur des chiens

Quoi qu’on pense de cette pratique, il est indéniable que l’expérimentation animale permit de grandes avancées scientifiques, en particulier au cours des 19ème et 20ème siècles.

 

Dans ses travaux sur les vaccins effectués entre 1877 et 1887, Louis Pasteur (1822-1895) eut par exemple très souvent recours à des animaux. Il injectait volontairement des microbes à des poules pour étudier la propagation de la maladie et la vitesse à laquelle celles-ci mourraient. Cette méthode expérimentale permit ainsi de développer un vaccin contre le choléra des poules. Des expériences similaires menées sur le bétail lui permirent également de mettre au point un des premiers vaccins contre la maladie du charbon, qui est une anthropozoonose, c’est-à-dire une affection commune aux humains et aux animaux.

 

Quant au médecin russe Ivan Pavlov (1849-1936), il commença en 1889 à mener des expériences sur des chiens dans le cadre de ses recherches sur la salive. Il pratiquait une incision dans la joue de l’animal pour y insérer un tuyau afin d’en collecter la salive, puis il mettait de la viande en poudre dans sa gueule pour en observer les effets sur la glande salivaire. Par la suite, il constata que dès son arrivée au laboratoire, le chien se mettait à saliver. L’animal avait associé le lieu avec l’idée de recevoir de la nourriture. Cette expérience permit la découverte du réflexe conditionnel, aussi appelé plus communément réflexe pavlovien.

 

Au début du 20ème siècle, des chiens diabétiques furent aussi utilisés par les Canadiens Frederick Banting (prix Nobel de médecine en 1923) et Charles Best dans leurs recherches sur un traitement contre le diabète humain. Les animaux diabétiques se virent inoculer des doses d’insuline afin d’observer l’effet de cette dernière sur le foie.

 

Il ne s’agit là que de trois exemples parmi tant d’autres, mais ils montrent à quel point l’expérimentation animale a bel et bien permis de faire avancer la science.

Les animaux cobayes dans la conquête spatiale

Deux chiens cosmonaute célèbre
Les chiens Belka et Strelka

La médecine n’est pas le seul domaine scientifique ayant eu recours à des animaux dans un but scientifique : c’est le cas aussi du spatial.

 

Ainsi, les programmes spatiaux du monde entier ont toujours eu recours aux animaux et en 1957, la chienne russe Laïka devint le premier être vivant à voyager dans l’espace. Cet aller simple permit de démontrer qu’un être vivant pouvait survivre en apesanteur, même si Laïka ne tint que quelques heures, mourant de chaleur et de déshydratation bien avant que le poison qui devait lui être injecté pour l’euthanasier ne fasse son effet.

 

D’autres astronautes canins eurent plus de chance. Ce fut le cas quelques années auparavant de Tsygan et Dezik, premiers chiens à effectuer un vol suborbital russe en 1951, ainsi que de Belka et Strelka, qui furent eux aussi envoyés dans l’espace par les Soviétiques en 1960, quelques mois à peine avant Youri Gagarine. Tous survécurent à leur drôle d’épopée.

 

Si les Russes avaient choisi des chiens pour leur expérimentation, c’était parce qu’ils en avaient une connaissance scientifique approfondie. La Nasa leur préféra quant à elle les singes, plus proches physiologiquement des humains. Entre 1948 et 1951, pas moins de cinq primates trouvèrent la mort dans des circonstances tragiques, en raison d’accidents divers et variés survenus dans des expériences menées au nom de la conquête spatiale. En 1951, le sixième singe envoyé dans l’espace, Albert VI, fut le premier à survivre à cet éprouvant voyage, mais il mourut quelque temps après son retour, en raison sans doute du stress qu’il avait subi. Il fallut attendre 1957 pour que la Nasa améliore son programme et que ses singes survivent réellement à leurs expériences. Une certaine Miss Baker devint cette année-là le premier primate à survivre à un vol spatial.

 

Félicette une chatte qui a été envoyer dans l'espace
La chatte Félicette

En France, le programme spatial des années 60 était beaucoup plus modeste. L’Hexagone commença en envoyant simplement un rat dans l’espace en 1961. L’expérience fut concluante : ce petit astronaute survécut à son voyage dans l’espace, et cela permit de passer aux phases suivantes. Deux ans plus tard, une chatte du nom de Félicette fut choisie pour devenir le premier félin envoyé dans l’espace. Elle survécut à un vol suborbital d’une dizaine de minutes, mais fut euthanasiée quelques mois plus tard afin de collecter des données physiologiques sur les effets de l’expérience. Un autre chat fut ensuite utilisé dans une expérience similaire, mais mourut dès le décollage. Cet échec mit un point final à l’utilisation de cette espèce dans les programmes spatiaux français.

 

L’expérimentation animale dans les programmes spatiaux est encore une réalité de nos jours. Néanmoins, les chiens, les chats et les singes ne sont plus utilisés : ce sont principalement des souris qui sont employées afin d’étudier entre autres les effets sur le corps de la vie dans une station spatiale.

L’expérimentation sur les chiens en quelques chiffres

Plusieurs chiens en train de subir des mauvais traitements des humains

Au niveau européen, selon un rapport de la Commission européenne de 2019 portant sur l’utilisation d’animaux dans la recherche scientifique entre 2015 et 2017, 13 688 chiens ont été utilisés durant la seule année 2017, contre 15 691 en 2016 et 14 501 en 2015.

 

La France se classe parmi les pays européens qui y ont le plus recours. Selon une enquête statistique du Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation publiée en 2018, pas moins de 4219 chiens y ont été utilisés dans ce cadre au cours de l’année 2018. Ce chiffre, certes faible en comparaison des 1 192 548 souris employées la même année dans le pays, inclut les sujets élevés pour générer des animaux expérimentaux, y compris altérés génétiquement, mais sans altération grave de leur état de santé général. Il comptabilise également les individus euthanasiés pour prélèvement d’organes ou de tissus, selon des méthodes fixées par la loi.

 

La Belgique n’est pas en reste : l’association belge Groupe d'Action dans l'Intérêt des Animaux (GAIA) affirme même qu’elle se trouve en 4ème position dans le classement des pays européens ayant le plus souvent recours aux chiens dans les expériences, avec 1856 spécimens utilisés en 2017.

 

En Suisse, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) indique quant à lui dans ses statistiques sur l’expérimentation animale en 2019 que 2040 chiens ont servi pour la recherche cette année-là, sur un total de 572 069 animaux. Ils représentent donc environ 0,3% du total.

 

Au Canada, le rapport 2019 du Conseil Canadien de Protection des Animaux (CCPA) fait état de 4 562 522 animaux utilisés dans la recherche au cours de l’année 2018, dont 12 195 étaient des chiens - soit là aussi une part de l’ordre de 0,3%.

 

Tous ces pays restent toutefois bien loin des États-Unis : selon le Département de l’Agriculture, 67 000 chiens y ont été utilisés en 2017 à des fins scientifiques. Ce nombre doit toutefois être mis en perspective avec son rôle moteur dans le domaine de la recherche : le nombre de projets menés y est nettement supérieur à celui des autres pays.

Les chiens utilisés dans la recherche

Un gros chien en cage

En théorie, n’importe quelle race de chien peut être utilisée par les scientifiques, mais c’est sans aucun doute le Beagle qui a le triste privilège d’être la plus populaire dans les laboratoires du monde entier. Ceci s’explique sans doute notamment par sa taille ni trop grande ni trop petite, son caractère docile et sa santé robuste. Il se pourrait aussi que ce choix relève dans une certaine mesure de la simple habitude.

 

Pour autant, les scientifiques souhaitant utiliser des chiens pour des expériences ne peuvent généralement pas se les procurer n’importe où et sous n’importe quelles conditions. En effet, nombre de pays légifèrent sur le recours aux animaux dans la recherche, et la provenance de ces derniers est alors strictement encadrée. Par exemple, dans les pays de l’Union européenne, les chiens ainsi utilisés ne peuvent venir que de fournisseurs et d’élevages agréés – qui peuvent très bien dans le même temps proposer aux particuliers des sujets destinés à la compagnie. L’agrément est valable pour 6 ans et dépend autant de la conformité des lieux que de la formation du personnel. Aux États-Unis, les éleveurs doivent posséder une licence de classe A, soit la licence la plus élevée.

 

Quelle que soit la forme exacte qu’ils prennent, ces dispositifs visent à assurer la qualité du profil génétique des animaux utilisés. C’est d’autant plus important que nombre de chiens de laboratoire sont destinés à servir pour des recherches sur les maladies génétiques humaines. En effet, le meilleur ami de l’Homme présente la particularité de souffrir de plusieurs maladies génétiques similaires à celles auxquelles ce dernier est exposé.

L’expérimentation contemporaine : succès et controverses

Trois chiens reliés à des tubes aérosol
© PETA

Dans un Eurobaromètre sur la Science et la Technologie publié en 2010, seuls 47% des habitants des 27 états membres de l’Union européenne se disent favorables à l’utilisation de chiens et de primates dans la recherche, même lorsque celle-ci a vocation à soigner des problèmes de santé des êtres humains. 37% des sondés se disent au contraire « pas d’accord » avec cette utilisation. Qu’il s’agisse des chiens en particulier ou des animaux en général, le sujet de l’expérimentation divise les foules - et cela ne date pas d’hier.

Plus récemment, ce sont les expérimentations sur les chiens menées par des laboratoires travaillant en association avec le Téléthon, un événement caritatif français servant à collecter des fonds pour la recherche contre les maladies génétiques rares, qui firent grand bruit. En effet, une vidéo filmée en caméra cachée à l’École Nationale Vétérinaire d’Alfort (ENVA) en 2013 par l’association de défense des animaux PETA et largement diffusée sur les réseaux sociaux à partir de 2016 ternit l’image de ce grand rendez-vous annuel.

 

C’est là un parfait exemple du débat concernant l’utilisation d’animaux dans le cadre de la recherche médicale, qu’il s’agisse de chiens ou de représentants d’autres espèces. D’un côté, la vidéo constitue un témoignage très parlant de leurs conditions de vie – et souvent de mort – parfois difficilement soutenables. De l’autre, force est de constater que l’expérimentation sur les chiens a bel et bien permis des avancées scientifiques dans le traitement de plusieurs maladies génétiques rares, dont la myopie de Duchenne en 2017, et pour une forme grave d’amyotrophie spinale en 2019.

 

Il existe de nombreux autres exemples récents dans lesquels le recours au meilleur ami de l’Homme s’est avéré très pertinent et efficace. C’est le cas par exemple d’une étude française sur les maladies de peau congénitales dirigée par Catherine André (directrice de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique, où elle est responsable d’une équipe dédiée à la génétique du chien) et Judith Fischer (du Génoscope, ou Centre National de Séquençage). Comme elles l’expliquent au sein d’un compte-rendu intitulé « PNPLA1 Mutations cause autosomal recessive congenital ichthyosis in golden retriever dogs and humans » paru en 2012 dans la revue Nature Genetics, elles sont parvenues à isoler le gène responsable d’une maladie de peau congénitale rare chez les bébés, l’ichtyose congénitale, grâce à des expérimentations génétiques menées sur 40 Golden Retrievers. En effet, plus des deux tiers des représentants de cette race sont également porteurs du gène mutant responsable de cette maladie chez l’être humain, le PNPLA1.

 

Malgré ces exemples de succès qui ne constituent que la partie émergée de l’iceberg, la question de l’éthique et des alternatives possibles à ces tests sur les animaux se pose. S'il est indéniable qu'un chien peut survivre à un vol spatial ou aider à développer des thérapies et des médicaments, n’existe-t-il pas pour autant d’autres moyens permettant de répondre au principe hypothético-déductif sans sacrifier la santé - et parfois la vie - d’un être vivant au nom de la science et du progrès ?

Les limites de l’expérimentation animale

Un chat de laboratoire couché dans sa cage

Interrogé par l’association 30 millions d’amis en 2012, André Ménache, alors directeur du comité scientifique d’Antidote Europe, une association à but non lucratif réunissant des scientifiques s’opposant à l’expérimentation animale, estimait que « la réglementation des tests sur les animaux est dépassée » en Europe. En effet, « les lois qui exigent des tests d’empoisonnement sur animaux (avant d’être autorisé à commercialiser certaines substances chimiques, NDLR) ont été écrites il y a au moins 50 ans ». 

 

Il expliquait d’ailleurs dans cet interview que l’un des principaux usages des animaux était justement les tests de toxicologie, qui consistent à leur administrer des molécules entrant dans la composition de produits destinés aux humains afin d’étudier un éventuel d’empoisonnement sur plusieurs jours, sur un mois et sur un an.

 

L’autre usage majeur des animaux dans les laboratoires est le champ de la recherche fondamentale, c’est-à-dire sans application pratique immédiate.

 

C’est toutefois moins vrai dans le cas des chiens, qui dans leur large majorité sont utilisés pour des expériences de toxicologie.

 

Or, certains scientifiques jugent que cette méthode est dépassée et remettent sa fiabilité en question. En 2012, l’affaire Séralini provoqua un véritable tollé en mettant en avant les limites des tests toxiques sur les animaux. Suite à une étude portant sur la toxicité du Roundup et du maïs OGM sur l’Homme, une équipe de scientifiques annonça ainsi que ceux-ci provoquaient des tumeurs ainsi que des problèmes rénaux, hépatiques et hormonaux, en se basant sur les résultats obtenus sur des rats de laboratoire. Très vite pourtant, une partie de la communauté scientifique dénonça la validité des résultats, la méthodologie employée et le type de rats utilisés dans cette expérience forçant un retrait de l’article de la publication Food and Chemical Toxicology un an plus tard.

 

Un petit chien triste dans sa cage

Autrement dit, il faut se méfier des conclusions trop hâtives : des résultats obtenus sur des animaux n’éclairent pas forcément sur ce qu’il en est du côté de l’Homme. Cela vaut d’ailleurs dans les deux sens, et ce scandale n’est pas un fait isolé. Il fait écho à un autre plus ancien, mais aussi bien plus grave : l’affaire de la thalidomide, un anti-nauséeux prescrit aux femmes enceintes à la fin des années 50. Ce médicament avait fait l’objet de rapports toxiques négatifs sur les rats et plusieurs autres espèces, et fut ainsi commercialisé dans de nombreux pays. Il s’avéra toutefois qu’il provoqua de graves malformations chez près de 15 000 bébés partout dans le monde. Les expérimentations menées sur les animaux avaient amené à conclure à tort que ce médicament ne présentait pas de risques pour l’être humain.

 

Dans d’autres cas, elles conduisent au contraire à surestimer ces derniers. Thomas Hartung, toxicologue à l’université John Hopkins de Baltimore, a ainsi souligné qu’en administrant à un rat l’équivalent (ramené à son poids) d’une dose normale d’aspirine pour un homme, celui-ci avait un taux de survie de seulement 50%. Par conséquent, si on avait employé les méthodes de toxicologie actuelle à l’époque où l’aspirine s’est développée (entre les années 20 et les années 60), ce médicament n’aurait jamais été commercialisé.  

La toxicogénomique, une alternative aux tests sur les animaux

Un chercheur faisant des analyses

Si les tests médicaux sur des chiens (et plus généralement sur n’importe quel animal) sont décriés, c’est aussi parce que des alternatives existent. Les opposants de ces pratiques affirment ainsi que la toxicogénomique, c’est-à-dire l’étude des effets de la toxicité des produits sur les gènes, ainsi que la pharmacogénomique, qui correspond à l’étude des effets des médicaments sur les gènes, permettent d’obtenir des informations plus précises sur les effets des médicaments et des produits analysés, sans qu’il soit nécessaire de recourir à des tests sur les animaux. En particulier, la toxicogénomique permet d’étudier le risque toxique directement sur les gènes humains à court, moyen et long terme en effectuant des tests in vitro sur des cellules humaines. Quoique rapide et beaucoup moins onéreuse que les tests sur les animaux, cette méthode n’est cependant pas encore considérée comme tout à fait sûre, et le biais d’interprétation dans les résultats demeure important.

 

Cela n’empêche pas qu’elle soit d’ores et déjà utilisée dans le cadre de différents programmes de recherche. C’est le cas notamment aux États-Unis depuis 2010, où le projet TOX21 vise à utiliser la toxicogénomique afin de cartographier le « toxome » humain, c’est-à-dire de déterminer avec précision les risques toxicologiques des substances sur l’organisme. De la même manière, le programme ToxCast de l’Agence de protection environnementale des États-Unis a permis l’étude in vitro de 1065 substances pour prédire leurs effets toxiques possibles sur les cellules humaines. Au niveau international, le Human Toxome Project envisage lui aussi de développer la toxicogénomique et de coordonner la recherche dans ce domaine, mais cet ambitieux projet n’en est encore qu’à ses débuts.

 

Cette nouvelle méthode intéresse aussi déjà les industriels. DuPont, Dow, L’Oréal ou encore ExxonMobil figurent parmi les entreprises participant à un autre projet toxicogénomique, le Human Toxicology Project Consortium, qui pourrait leur faire gagner un temps considérable dans la recherche et économiser non seulement de l’argent, mais aussi des vies animales.

La réglementation sur l’expérimentation animale

Même si différentes pistes sont explorées pour remplacer l’expérimentation sur des animaux, celle-ci reste aujourd’hui une réalité. Néanmoins, tout n’est pas permis : elle doit se pratiquer en respectant certaines règles et limites.

En France

Deux chiens blancs à l'arrière d'une camionnette

En France, les expériences sur les animaux sont réglementées par les articles R214-87 et R214-137 du Code rural, mais aussi par le décret 2013-118 ainsi que cinq arrêtés du 1er février 2013, qui correspondent à une transposition de la réglementation européenne.

 

La loi restreint ainsi l’utilisation de primates dans les expériences et interdit même celle de grands singes. En revanche, celle de mammifères comme les chiens demeure légale. Ces derniers doivent cependant provenir d’élevages agréés, et les chiens errants ne peuvent pas être utilisés – sauf en cas d’obtention d’une dérogation, qui n’est valable que pour l’expérience en question.

 

Le législateur limite également le périmètre de l’usage d’animaux à des fins scientifiques. Ainsi, ils ne peuvent être employés que dans la recherche en santé humaine ou animale, pour la protection de l’environnement, dans l’enseignement supérieur ou professionnel, ou encore pour les besoins d’une enquête médico-légale.

 

L’observation de la mort comme donnée de l’expérience doit être évitée dans la mesure du possible, mais l’euthanasie est légale lorsque le prélèvement d’organes fait partie du protocole expérimental. Elle est même obligatoire lorsque des manipulations génétiques ont été effectuées au cours de l’expérience, par exemple pour modifier le génome de l’animal.

 

Des rats de laboratoire dans des cages en plexiglas

Enfin, le recours à l’expérimentation animale pour un projet donné doit faire l’objet d’une évaluation éthique favorable délivrée par un comité d’éthique agréé, et le laboratoire doit obtenir une autorisation par le Ministère de la Recherche. Cette dernière porte uniquement sur le projet en question, et ne donne nullement un blanc-seing à l’institution pour utiliser des animaux dans un autre cadre (sauf à obtenir également une autorisation pour ces autres travaux).

En Belgique

Des lapins de laboratoire

En Belgique, la réglementation relative aux expériences sur les animaux est sensiblement la même qu’en France.

 

L’utilisation des animaux dans la recherche est ainsi strictement encadrée par un arrêté royal relatif au bien-être des animaux datant de 1986 et par la loi européenne de 2013.

En Suisse

Des lapins albinos en laboratoire

En Suisse, les expériences impliquant des animaux sont au préalable examinées par une commission cantonale chargée de déterminer si le bénéfice de l’expérience pour l’humanité est supérieur à la souffrance infligée aux intéressés. À défaut, elles ne peuvent avoir lieu.

 

Par ailleurs, comme en France, les chiens utilisés pour la science doivent provenir d’animaleries agrées par le gouvernement.

Au Canada

Une souris albinos dans un petit coffre en bois

Au Canada, c’est le Conseil Canadien de Protection des Animaux (CCPA) qui encadre l’utilisation de ces derniers dans la recherche.

 

La loi est globalement similaire à ce qui se fait en France, mais les études portant sur le comportement des animaux (par exemple des rats dans un labyrinthe) n’y sont autorisées que si ceux-ci ne sont pas soumis à un stress volontaire.

 

Il est également interdit de mener une expérience consistant à tuer volontairement un vertébré afin d’étudier son cadavre, par exemple en lui injectant un produit pour ensuite voir l’impact de ce dernier sur un ou plusieurs organes.

La prise en compte du bien-être animal

Un cochon reniflant du foin
© Animal Welfare Report

En 2013, le Parlement européen a voté une loi interdisant le recours aux tests sur les animaux dans le but de commercialiser des produits cosmétiques. Dans les faits, les entreprises concernées peuvent en fait facilement la contourner en faisant réaliser leurs expériences animales en Suisse.  En effet, si cette dernière interdit elle aussi ces expérimentations sur son territoire depuis 2008, elle octroie une dérogation aux laboratoires pratiquant des tests d’ingrédients cosmétiques entrant également dans la composition de produits médicaux.

 

Les entreprises cosmétiques peuvent donc commander à un laboratoire basé en Suisse une étude portant sur la toxicité d’un ingrédient d’un produit cosmétique entrant également dans la composition d’un médicament, et ainsi continuer à mener leurs expérimentations sur les animaux.

 

L’industrie pharmaceutique suisse semble toutefois elle aussi de plus en plus sensible à la question du bien-être animal. Elle a ainsi publié en 2015 le Animal Welfare Report, un rapport complet sur les progrès réalisés en la matière et sur les alternatives possibles aux tests sur les animaux. Ce rapport met par exemple en avant l’utilisation d’une technique non invasive et indolore pour prélever de la bile et ainsi remplacer la laparotomie, une opération chirurgicale consistant à ouvrir l’abdomen pour accéder aux organes.

Le Principe des trois R

Une chercheuse effectuant une analyse

En Europe comme en Amérique du Nord, un nombre croissant d’institutions se positionnent comme étant favorables à des mesures alternatives et contre l’expérimentation animale. Le Conseil de l’Europe en 1986 (via le règlement 338/97) puis l’Union européenne en 2010 (via la directive 2010/63/UE) ont ainsi adopté le principe des trois R édicté en 1959 par les scientifiques anglais W.M.S Russell et R.L Burch pour limiter la souffrance des animaux lors de leur utilisation au service de la science. En France et en Belgique, cette réglementation européenne a été transposée dans le droit national en 2013.

 

Le concept des trois R repose sur trois piliers d’une pensée scientifique s’interrogeant constamment sur l’utilisation des animaux dans la recherche :

Réduire

Les expériences sur les animaux doivent se cantonner à celles jugées absolument indispensables. Il faut en outre limiter les répétitions des expériences, notamment en rédigeant un protocole expérimental clair permettant d’identifier les essais potentiellement inutiles.

Raffiner

Les scientifiques doivent travailler à l’amélioration du bien-être des animaux qu’ils emploient. Cela signifie tout à la fois limiter le stress qu’ils subissent au cours des expériences, minimiser leur douleur et améliorer leur traitement et leurs conditions de vie au cours des expériences.

Remplacer

Lorsque cela est possible, des méthodes alternatives doivent être employées, par exemple en ayant recours à des simulations ou au travail sur des cellules in vitro.

La seconde vie des chiens de laboratoire

Un chien en train de se reposer

En plus du bien-être des chiens utilisés dans les laboratoires, se pose aussi la question de leur devenir une fois que ceux-ci n’ont plus besoin d’eux.

 

En Suisse, à l’instar par exemple de Novalis, plusieurs entreprises qui en utilisent à des fins de recherche ont ainsi créé elles-mêmes des programmes d’adoption des chiens de laboratoire par des particuliers. Cette initiative fait écho à un programme français similaire créé par l’association Graal, qui se donne pour mission de trouver un foyer à ces toutous cobayes pour qu’ils profitent d’un repos bien mérité. On retrouve d’ailleurs des initiatives similaires dans différents pays, dont les États-Unis, le Canada, la Belgique ou encore l’Italie.

 

Adopter un chien de laboratoire peut toutefois être synonyme de mauvaise surprise : même s’il n’a pas subi des traumatismes qui affectent durablement sa relation aux humains, il est susceptible de n’avoir pas été suffisamment sociabilisé, ce qui évidemment a un impact direct sur son comportement. Il peut en particulier se montrer particulièrement timide ou anormalement agressif. Le cas échéant, suivre une formation pour chien difficile peut être judicieux afin d'être préparé au mieux à venir à bout des blocages et maximiser les chances d'une cohabitation harmonieuse.

Le mot de la fin

Si la question du bien-être animal et du recours au chien dans les expérimentations animales se pose de plus en plus, force est de constater qu’il est loin d’être le meilleur ami du chercheur : au niveau mondial, sa part dans le total des animaux utilisés à des fins de recherche est évaluée à 0,3%, un pourcentage qui reste stable.

 

On peut toutefois espérer que les progrès de la science permettent de progressivement réduire le nombre d’animaux dont elle-même a besoin, et qu’un jour cet usage du chien relève du passé.

Par Nicolas C. - Dernière modification : 11/05/2020.

Commentaires sur cet article

stop !

   
Par kirchmeyer monica

Pourquoi utiliser des êtres vulnérables pour les faire souffrir alors qu'ils n'ont rien demandé à personne, même pas de naître!
Faites comme aux États-Unis,prenez les criminels au moins ils serviront à quelque chose si déjà ils vivent aux frais du contribuable!

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Par Mottin Emmanuelle

Pauvres animaux j'aime pas qu'on fasse du mal à ces pauvres bêtes

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Par Monnin Isabelle

Toute cette cruauté gratuite doit arrêté envers TOUT les animaux!

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Par Dantinne Sophie

Atroce!

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Par Michele Kaiser

Arrêtez ça c'est monstrueux !!!

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Par beaugrand florence

Je pense que si on mettait enfin des idées en concurrence avec des partis politiques,on rendrait obsolétes ces derniers-et le systéme qui les soutent,la "démocratie" des élites,tenu par les fonctionnaires de l'administration,tous cooptés.Si on arrivait à rassembler sous une même banniére ceux qui rejettent ce sytéme de dupes,tout en proposant d'organiser des débats sur une question particuliére,la victoire serait foudroyante...Comme je vois mal les tenants de la vivisection par exemple accepter de débattre(dans les régles et pas avec des journalistes qui ne cessent de couper la parole et de faire divertion),la cause serait vite entendue!

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Par Jean

Ya pas de mots pour décrire ce genre ce chose, je ne comprends même pas que l'on puisse faire souffrir un animal tel qu'il soit.

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Par Lemaire

Nous savons tous (ou presque) des méthodes alternatives existent ,s'il vous plaît ,signez, diffusez l'initiative Européenne contre la vivisection, il faut récolter un million de signatures de par l'Europe avant le 31 octobre (action créée par l'Union Européenne, certifiée ,sécurisée ) Merci à tous http://www.stopvivisection.eu/fr

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Par Marie

Les être humain... Sa me fait froid dans le dos.

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Par Togram

Jusqu'à quand laissera t'on des individus prêts à n'importe quelles cruautés, du moment qu'on le leur ordonne, exercer des fonctions qui relèvent du génie ? A côté de ça, d'autres sont capables de créer des méthodes de substitutions, ou au moins respectueuses des besoins fondamentaux de l'animal. Seuls cela méritent l'appellation de chercheurs.

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Par Cora

Je trouve ça cruel de faire subir ce genre de test a des animaux ça devrait etre interdit par la loi

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Par Marine

C est horrible ce qu on fait subir aux animaux,je comprend pas l humain ,regarder autour de nous en France et dans bien d autres pays la cruauté ,tout ça pour l argent et le pouvoir et que font nos politique ? et jamais ont en parle dans les médias , heureusement qu il a internet pour étre au courant

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Par viau

c'est vraiment deg de prendre des amimaux sans déffence pour pratiquer se genre d'experience

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Par blandine

HORRIBLE!!!!! je ne peux plus supporter ces actes ignobles de ces gens, ce sont des êtres que l'on ne peut pas appeler humain ou alors il faut que nous on s'appelle autrement! le problème est très grave, j'ai envie d'exploser , ils faut les condamner à la prison ou les mettre dans des asiles de fous, ce sont des gens dangereux, car pour faire du mal comme ils le font, ils ne peuvent être que dangereux, ils ne se rendent même pas compte de la souffrance des animaux, donc ils ont un problème dans la cervelle,quel être normal pourrait faire cela? REAGISSONS! Moi j'écris partout , aux chaînes de télé, au président, je vais écrire aux journaux aux radios .Que tous les défenseurs fassent pareil bougeons, remuons-nous ! ce sont
des bourreaux!des monstres!
Odette.

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Par Besançon

La vivisection est une pratique aveugle, ne fait pas avancer les tests epidermiques sur les animaux !! Où est la défense des animaux !!

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Par Elisa

c est scandaleux de torturer de pauvres animaux innocents au nom de la science et de la beauté!!!!honte a tous ceux qui pratiquent la VIVISECTION

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Par laurence

Quand se décidera-t-on à légiférer sur ce sujet ?
La vivisection devrait purement et simplement être traitée comme un délit. Il y a tellement d'autres moyens de pratiquer des tests..!

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Par François LAMY