Liban : chiens et chats sont les stars des foyers

14/01/2008


Trop miiiignon ! L’exclamation de la petite Sara attire notre regard sur une fringante Beyrouthine quinquagénaire, aux allures d’une Lolita sur le retour, prenant son thé, avec ses deux pékinois, dans le jardin de Paul à Gemmayzé. Les deux toutous, Cannelle et Sushi, sont vêtus de rouge et gris, comme leur maîtresse. « Je leur achète souvent de petits manteaux, des pulls et plein d’accessoires, elles sont tellement jolies, mes filles, et en plus, propres et sociables », s’exclame-t-elle, les yeux pleins de fierté devant ce qui ressemble à de petits rats pris dans des pelotes de laine. Il faudra désormais retourner l’expression « traiter comme un chien »…


De la mamie avec son caniche à la Lolita « hiltonisme » et son petit chien bibelot, en passant par la Philippine qui promène le boxer ou le cocker de sa maîtresse, on voit de plus en plus de chiens bichonnés, dans les salons et les rues du Grand Beyrouth. Considérés comme les « membres de la famille », des « amis » ou encore comme des « enfants », ils suscitent un engouement et une attention passionnée.


« À force de solitude, les humains transfèrent leur attention sur des animaux et, dans leur folie, oublient leurs semblables », disent les uns. « Absolument faux, rétorque Maryse, je n’ai jamais compris le raisonnement selon lequel on retirait aux humains ce qu’on donnait aux animaux. Est-ce incompatible d’aimer et de s’occuper des deux ?


J’adore gâter mon chien comme si c’était mon propre bébé, d’ailleurs il dort dans mon lit. Cela avait créé des problèmes avec mon mari qui a décidé, depuis, de faire chambre à part. Je m’en fous », poursuit-elle, faisant l’inventaire de la garde-robe de son épagneul à qui bientôt il faudra consacrer un espace dans le vestiaire : poncho, gilet, imper, bols et autres bijoux pour chien-chien… Elle lui a même acheté un peignoir de velours brodé de ses initiales et un chandail de cachemire fait sur mesure. Le tout commandé à sa sœur installée au Canada. « Le petit caniche de Nadine porte le haut de gamme de la mode canine, un manteau de fourrure en renard de la collection Romy and Jacob vendu 430 dollars. Mais peu importe le prix », ajoute-t-elle, expliquant que fabriqués à Montréal, les vêtements de cette marque, popularisée par les célébrités, se vendent entre 150 et 1 100 dollars, mais que pour sa part, elle préfère les vêtements Tuffy-Duffy, faits de tissus antibactériens et antitaches.


Mayssoun insiste aussi pour que Missy (chihuahua) se pavane richement vêtue : « Elle est vachement gâtée, elle a deux manteaux Burburry’s et une gamme de tee-shirt For Pets Only, d’Italie. Elle se nourrit de Royal Canin… Quand je pars en vacances, je l’emmène avec moi et à Beyrouth, je la fais sortir dans les cafés, comme chez Lina’s et Paul. Malheureusement, les restaurants chez nous n’admettent pas les chiens… »

Camp de vacances
À l’instar de leurs congénères qui jappent, les chats revendiquent leur place au foyer. Installé dans sa litière matelassée – fleurie (150 dollars), Stich, l’orgueilleux himalayen, a reçu à Noël un collier en strass gravé de son nom (25 dollars par lettre).
Pour leurs aristochiens et chats, ces dames ne parlent plus de « salon de toilettage ». Aujourd’hui, elles emmènent leur « bébé » à quatre pattes chez le « coiffeur » canin. Tout cela peut paraître excessif, mais ce n’est rien en comparaison avec le Japon où l’on fait des colorations orange ou verte fluos à des labradors dans des palaces canins, ou de la France et des États-Unis dont les salons proposent des séances de relaxation, des massages, et même un suivi psychologique assuré par des professionnels et des vacances reposantes à la campagne où ils sont encadrés, divertis.


Si les « nôtres » n’ont pas encore leur « psy canin », ils ont quand même leurs pensions qui cherchent à être plus camp de vacances que chenil. Avec des tarifs variant, selon la race et les tailles, entre 10 et 30 dollars/jour, elles ont ouvert leurs portes dans le Metn et le Kesrouan. À Broummana, par exemple, outre la section réservée aux malades et aux opérations (220 m2), la pension du Dr Berbéri reçoit jusqu’à une trentaine de chats, petits chiens et grands chiens, comme des rottweillers, des pitbulls et dobermanns. Pour éviter les bagarres, chaque molosse est logé dans « sa maison dotée d’une cour individuelle, avec clôture ». Deux sorties par jour sont prévues au programme et la pension qui dispose d’un terrain d’entraînement propose également de rééduquer ou de dresser les chiens de compagnie.

 

Et peut-être leur donner l’occasion et le plaisir de se flairer le trou du cul, de se rouler dans la boue ou de ronger un os ramassé dans la poubelle. De vrais vacances, quoi !

Ci-gît Brandy
Sous le manguier, pointent de toutes petites stèles portant des inscriptions, « Ci-gît Brandy », « Ci-gît Olive », « Ci-gît Sushi »… Parce que l’incinérateur de Fanar est en panne depuis longtemps et parce que aucun cimetière animalier n’existe au Liban, la petite dame a enterré ses animaux domestiques dans le jardin de sa propriété. D’autres procèdent à l’inhumation du cadavre dans une forêt ou dans un champ.

 

Mais respectent-ils les règles d’hygiène stipulant, comme partout dans le monde, que le lieu d’ensevelissement doit se trouver à une distance d’au moins 35 mètres des habitations, des puits ou sources d’eau, et que la profondeur de la fosse est fixée à au moins un mètre ; qu’il est obligatoire de recouvrir le cadavre de chaux et que toutes les précautions doivent être prises pour éviter le défouissage par les animaux sauvages ?

 

Étrange qu’au Liban personne n’ait pensé à ce genre de business (cimetière animalier + pompes funèbres), très florissant aux États-Unis et en Europe où certaines boîtes proposent même la réalisation de l’aménagement paysager de la sépulture de votre animal : marbrerie et gravures. L’ultime cadeau pour un ultime refuge.

May MAKAREM