Fala, le Scottish Terrier de Franklin D. Roosevelt

Statue du président Roosevelt et de son Terrier Ecossais Fala

De nombreux chiens ont vécu avec le Démocrate Franklin Delano Roosevelt (1882-1945) lors de ses 12 années passées à la Maison-Blanche entre 1933 et 1945, mais aucun n’a autant marqué les esprits que Fala, son Terrier Écossais.

 

C’est Margaret « Daisy » Suckley, la cousine de FDR, qui lui offrit Fala en guise de cadeau de Noël en 1940, après s’être occupée elle-même de son éducation. Big Boy, son nom d’origine, ne plaisait guère au 32ème président des États-Unis, qui le rebaptisa Murray the Outlaw of Falahill (« Murray, le hors-la-loi de Falahill ») en l’honneur de John Murray of Falahill, un de ses ancêtres écossais. Ce patronyme particulièrement long fut ensuite abrégé en Fala.

 

Les frasques du First Dog de Roosevelt firent longtemps les joies de la presse américaine, qui ne manquait jamais une occasion de parler de lui. Dès son arrivée à la Maison-Blanche, ce petit chien très malin développa des relations très (trop ?) amicales avec les cuisiniers de la demeure présidentielle, au point de se retrouver hospitalisé pour des problèmes intestinaux en raison des nombreux encas qu’il se voyait offrir lorsqu’il leur rendait visite.

 

Sa popularité s’accrut encore davantage lorsque la MGM, un studio de cinéma, décida de produire un film intitulé Fala: The President’s Dog (1943), entièrement consacré à la vie du chien de FDR à la Maison-Blanche.

 

Après l’attaque de Pearl Harbor en décembre 1941, Fala fut, comme beaucoup d’Américains, rattrapé par la guerre. Utilisé à des fins de propagande militaire, il accompagna régulièrement son maître dans ses déplacements internationaux et devint très vite une véritable mascotte pour l’armée américaine. Il fut même fait soldat honoraire de l’armée américaine, et une contribution de 1$ par jour de guerre fut versée en son nom par le président à l’U.S. Army afin de soutenir l’effort de guerre et montrer l’exemple à ses concitoyens humains.

 

Mais c’est un discours de campagne présidentielle donné par Roosevelt en septembre 1944, à la fin de son premier mandat, qui finit d’inscrire pour de bon l’illustre compagnon canin du président dans l’histoire de l’Amérique.

 

En juillet 1944, Roosevelt entama un voyage dans le Pacifique à bord de l’USS Baltimore, accompagné de son Terrier. Il se rendit alors à Hawaii pour y rencontrer le général Douglas MacArthur (1880-1964) et l’amiral Chester Nimitz (1885-1966), qui supervisaient la campagne contre les Japonais dans le Pacifique. Après son escale à Hawaii, il mit le cap vers les îles Aléoutiennes, au sud-ouest de l’Alaska, où il y rencontra des dirigeants locaux avant de naviguer vers Seattle. Des membres du Parti républicain eurent alors vent d’une rumeur affirmant que Fala avait été oublié sur les îles Aléoutiennes et que Roosevelt aurait ordonné à un destroyer de faire demi-tour pour récupérer son précieux compagnon canin ; une opération estimée à 20 millions de dollars, aux frais du contribuable.

 

La rumeur était pourtant fausse ; jamais Fala n’avait été perdu au cours de ce voyage. Deux mois plus tard, au cours d’un diner officiel à Washington D.C., Roosevelt contre-attaqua en évoquant lui-même le sujet au cours d’un discours :
« Ces dirigeants républicains ne se contentent plus de s’en prendre à moi, ma femme ou mes enfants. Non, ça ne leur suffit plus : ils s’attaquent désormais à mon petit chien, Fala. Bien entendu, ces attaques ne m’atteignent pas, et ma famille non plus ça ne les atteint pas, mais Fala lui trouve ça intolérable. Vous savez, Fala est Écossais : lorsqu’il a appris que les romanciers républicains avaient concocté une histoire prétendant que je l’avais laissé sur les îles Aléoutiennes et que j’aurais renvoyé un destroyer le chercher – ce qui aurait coûté au contribuable 2, 3, 8 ou 20 millions de dollars –, son sang d’Écossais n’a fait qu’un tour ! Il n’est plus le même chien depuis ce jour-là. »

 

On ne sait pas si c’est le cas de ce passage en particulier, mais certaines parties de ce discours de campagne du 23 septembre 1944 resté célèbre sous le nom de « Fala speech » sont attribuées au célèbre réalisateur Orson Welles (1915-1985). Toujours est-il que le résultat fut au rendez-vous : tout en abordant nombre de sujets sérieux, Roosevelt parvint à mettre les rieurs de son côté avec le propos sur Fala, et ce discours joua dans sa troisième réélection.

 

Il n’eut toutefois pas le loisir de savourer longtemps cette dernière, puisqu’il décéda le 12 avril 1945. Après sa mort en avril 1945, sa veuve Eleonor et Fala devinrent inséparables. L’ancienne First Lady consacra d’ailleurs de nombreux passages au petit chien dans son autobiographie.

 

Fala mourut le 5 avril 1952, deux jours avant son 12e anniversaire. Il fut enterré à Hyde Park, dans l’état de New York, aux côtés de Chief, un autre des chiens des Roosevelt. Leur tombe marquée d’une mini colonne n’est qu’à quelques mètres de celle de leurs maîtres.

 

Si Fala est de loin celui qui marqua le plus les mémoires, il faut savoir que Roosevelt eut quatre autres chiens durant ses quatre mandats successifs :

  • Major, un Berger Allemand resté dans les mémoires pour avoir arraché une partie du pantalon de Ramsay MacDonald, alors Première ministre britannique, lors d’une visite officielle en 1933 ;
  • Meggie, un autre Terrier Écossais au caractère très trempé qui mordit un jour le nez d’une journaliste lui ayant demandé si elle avait été vilaine ;
  • Tiny, un Chien de Berger Anglais Ancestral (Bobtail) au nom assez surprenant, puisque les représentants de cette race approchent les 40 kilos à l’âge adulte ;
  • Winks, un Setter Anglais qui avala un jour le petit déjeuner de 18 convives avant leur passage à table. « La seule raison pour laquelle il n’a pas bu le café, c’est que ce dernier n’avait pas encore été servi », déclara Roosevelt au sujet de l’incident.

 

En outre, deux autres chiens appartenant aux fils du président séjournèrent aussi par intermittence à la Maison-Blanche : President, le Grand Danois de Franklin Jr, et Blaze, le Bullmastiff d’Elliott.

 

President s’y rendait régulièrement pendant les vacances. C’était un chien imposant mais très bien éduqué, qui eut même l’honneur de rencontrer le roi et la reine d’Angleterre lors de leur visite en 1939.

 

Quant à Blaze, il avait été adopté en novembre 1944 en Europe par Elliott Roosevelt (1910-1990), qui servait alors comme colonel dans l’armée américaine et l’avait ramené avec lui aux États-Unis une fois les hostilités achevées. Toutefois, à l’automne 1945, alors que son propriétaire rendait visite à ses illustres parents, il s’attaqua à Fala, le blessant à l’œil et au dos. Craignant d’autres attaques et pensant que Blaze pouvait avoir contracté la rage, Elliott Roosevelt décida de le faire euthanasier le 25 novembre 1945. Un test post-mortem révéla toutefois que son animal n’avait pas la rage.