CANADA - Un chien qui fait du bien

09/07/2006

Raymond Martin a des chiens depuis qu'il est jeune. Il adore les danois qu'il trouve nobles et affectueux. Et il aime par-dessus tout leur port majestueux. Mais, jamais il n'aurait songé à faire de la zoothérapie avec ses animaux de compagnie si ce n'avait été de sa conjointe et du sort que lui réservait la vie.

À 55 ans, il est tombé malade. On a découvert qu'il avait des champignons sur les poumons. Son médecin lui donnait un an à vivre, pas plus. Ça a été le choc. Refusant le diagnostic, M. Martin a décidé de consulter un autre spécialiste qui a réussi à le guérir à 80-90 % en lui prescrivant de la cortisone.

Le Saint-Philippien a tout de même dû arrêter de travailler puisqu'il éprouvait des difficultés respiratoires et n'avait plus de résistance physique. Il était révolté de se retrouver invalide à son âge. Puis, sa femme qui faisait de la zoothérapie l'a incité à suivre son exemple, question de constater qu'il y avait des gens bien plus malades que lui. C'est ainsi qu'a commencé sa nouvelle vie.

"Je n'aurais jamais pensé à cela avant. Je n'avais pas le temps. C'est toujours comme ça quand on travaille jusqu'à ce qu'on tombe malade ou qu'on doive s'occuper d'un proche qui l'est", souligne celui à qui la zoothérapie a apporté autant qu'à ses patients.

Depuis trois ans, il rencontre bénévolement des patients en perte d'autonomie au centre d'accueil le Trèfle d'or de La Prairie avec Edgar, son gros toutou de 180 lb (82kg) qui mesure 36 1/2 po (92.7 cm) au garrot (de la patte avant au dessus de l'épaule). La grosseur et la grandeur du quadrupède, qui peuvent paraître effrayantes, contrastent d'ailleurs avec sa douceur et sa docilité.

Le chien, dont le père a joué dans une annonce publicitaire pour la compagnie Fido, est tellement épuisé par toutes les odeurs et sensations qu'il éprouve lors des séances de zoothéraphie, que, une fois à bord du véhicule de son maître, il s'endort au bout de deux minutes, totalement épuisé.

Quelque chose d'animal
Incontestablement, M. Martin ne voit que du positif lorsqu'il se promène avec son fidèle Edgar qui est champion canadien chez les grands danois et aussi mâle reproducteur. "Tout le monde rit quand je passe là. Beaucoup sont abandonnés et n'ont pas vraiment de visite, déplore le quinquagénaire. Ça leur donne l'occasion de me raconter ce qu'ils ont fait dans la vie. Il y a des relations qui se créent entre eux et moi au fil du temps. Ils ne se font pas beaucoup toucher. C'est important pour eux d'être en présence d'un animal."

Le toucher est très important pour l'être humain. On apprend, sur le site de Internet Zoothérapie Québec, que le contact physique amènerait une "diminution de la pression sanguine et du rythme cardiaque des personnes qui flattent un animal." Le recours à cette forme de thérapie permet de pallier au manque de relations physiques chez les pensionnaires d'établissements de santé, plus carencés que les autres. Cela aide aussi à la formation de liens émotionnels, essentiels au développement humain.

De plus, cette approche thérapeutique n'exige aucune compétence particulière de la part du bénéficiaire et ne l'oblige à aucune performance. La présence de la bête est apaisante et permet de détourner l'esprit du patient de ses préoccupations : tristesse, peur ou anxiété devant un traitement ou la maladie. Pour les résidants du Trèfle d'or, le grand danois devient un facilitateur social parce qu'il favorise les interactions et la conversation entre eux en leur procurant des sujets neutres et non menaçants.

M. Martin et son fidèle compagnon prennent entre 2 h et 3 h pour faire le tour des chambres du CHSLD. Le maître a tout plein d'anecdotes à raconter concernant ses patients, "il y a un monsieur atteint de la maladie d'Alzheimer qui, lorsque je venais avec mon doberman Chester, le reconnaissait toujours et voulait me l'acheter, se souvient-il. Un autre, qui est décédé, marchait seulement quand j'allais là-bas. Il se tenait à la rampe sur le bord du mur et avait la laisse dans l'autre main."

M. Martin aime tellement rendre les gens heureux qu'il a donné son nom pour aider les pensionnaires en difficulté à manger leur repas le midi. "La zoothérapie, ça a été bon pour moi aussi. Quand tu sors de là, tu te sens bien."
Véronique Asselin

Phoro : Edgar, un "Scooby Doo" de couleur noire, visite des personnes en perte d'autonomie toutes les trois semaines. Il rend bien des gens heureux et son maître aussi.