10 mangas avec des chiens

10 mangas avec des chiens

Si l’on présente souvent le Japon comme un pays à chats, le chien y est également présent depuis des millénaires. Il n’est donc pas surprenant qu’il se soit immiscé depuis longtemps dans les arts et la culture de l’archipel.


C’est notamment le cas dans les mangas, ces bandes dessinées japonaises qui s’exportent dans le monde entier. Plus d’une dizaine de titres leur sont même entièrement dédiés.


Voici donc une sélection de 10 mangas avec des chiens, précédée de que quelques explications concernant la place du meilleur ami de l'Homme dans cette forme d'art.

Le chien au Japon

Statue de Hachiko à Shibuya (Tokyo)
Une statue d'Hachiko, le chien le plus célèbre du Japon, érigée à la gare de Shibuya à Tokyo en 1989

La place du chien dans le manga ne peut se comprendre sans connaître au préalable l’histoire de cet animal au Japon. Présent dans le pays depuis 12.000 ans, il a peu à peu vu sa perception évoluer pour passer du statut d’animal fort et courageux, mais parfois perçu comme dangereux, à celui de compagnon domestique.

 

Si le chat demeure l’animal de compagnie emblématique du Japon, le chien a vu sa popularité augmenter depuis le 20ème siècle. Il en existe même un que tous les Japonais connaissent : Hachiko (1923-1935). Son histoire nourrit le travail de nombreux artistes, y compris celui des mangakas, les dessinateurs de bandes dessinées japonaises.

Une relation ancestrale

Portrait du shogun Tokugawa Tsunayoshi
Un portrait de Tokugawa Tsunayoshi exposé au Tokugawa Art Museum

Au Japon, le chien (ou « Inu », comme on dit en japonais) est domestiqué depuis environ 10.000 ans avant J.-C. C’est à partir de l’ère Edo (1603-1868) que son statut se met à évoluer sensiblement, plus particulièrement sous le règne du shogun Tokugawa Tsunayoshi (né en 1646, et qui règne de 1680 à sa mort en 1709).

 

En effet, ce dernier fait promulguer une loi interdisant l’abattage des animaux et fait installer des mangeoires capables de nourrir en cumulé autour de 100.000 chiens. Ce grand intérêt pour le meilleur ami de l’Homme lui vaut d’ailleurs le surnom de « Inu kubô », c’est-à-dire « le shogun chien », qui souligne le caractère résolument moderne de ce dirigeant.

Hachiko, le chien modèle

Statue de Hachiko et son maître à l'Université de Tokyo
Une statue d'Hachiko érigée par l'Université de Tokyo en 2009

Au 20ème siècle, une histoire vraie contribue à renforcer l’intérêt des Japonais pour les chiens : celle de Hachiko (1923-1935), un Akita Inu qui se fait connaître pour sa grande fidélité envers son maître Hidesaburo Uno (1872-1925). Après le décès de ce dernier, il continue en effet pendant 9 ans à se rendre à la gare tokyoïte de Shibuya pour guetter son retour du travail.

 

Du vivant d’Uno, il avait en effet pour habitude d’accueillir ce professeur d’agriculture de l’université impériale de Tokyo sur le quai de la gare. Or, le 21 mai 1925, Uno décède des suites d’une hémorragie cérébrale, alors qu’il est encore au travail. Ne l’ayant jamais vu revenir de l’université, Hachiko continue donc à se rendre jour après jour à la gare dans l’espoir de le voir descendre d’un train.

 

Émus par cette histoire, les Japonais font de Hachiko un véritable symbole de loyauté. Peu avant sa mort, le 8 mars 1935, des suites d’un cancer en phase terminale doublé d’une dirofilariose, sa statue en bronze est réalisée par un sculpteur du nom de Teru Ando, et installée à la gare de Shibuya. Durant la Seconde Guerre mondiale, elle est fondue pour contribuer à satisfaire les besoins en métaux lourds de l’armée impériale japonaise, mais en 1948, Takeshi Ando, fils de Teru Ando, réalise une nouvelle statue pour venir remplacer la première. Celle-ci est encore présente aujourd’hui à la gare de Shibuya, et constitue d’ailleurs une des attractions du quartier.

 

En 1987, Hachiko Monogatari, un film réalisé par Seijiro Koyama (né en 1941) qui relate l’histoire du célèbre Akita Inu, fait un triomphe dans les salles japonaises et permet à une nouvelle génération de découvrir l’histoire d’Hachiko. Ce dernier devient alors une source d’inspiration pour de nombreuses œuvres, et notamment des mangas. C’est le cas notamment de Le chien gardien d’étoiles (Hoshi Mamoru Inu, en japonais) de Takashi Murakami (né en 1965), publié en 2008 et 2009, ou même de l’incontournable One Piece, manga populaire publié depuis 1997 et signé Eiichiro Oda (né en 1975) dans lequel l’auteur parodie l’Akita Inu sous les traits de Chouchou, un chien blanc qui refuse de quitter l’animalerie de son maître décédé.

Le « dog-boom » du Japon

Des dizaines de têtes de chiens ainsi que quelques chats

Même si l’engouement s’est sensiblement tassé par rapport aux premières années du 21ème siècle (on comptait alors plus de 1,5 millions d’adoptions par an), le chien est très plébiscité par les foyers japonais. Cela a d’ailleurs contribué à ce qu’à partir de 2003, le nombre de chiens et chats dans le pays dépasse celui des enfants de moins de 16 ans. En effet, les premiers étaient cette année-là 19 millions, contre « seulement » 18 pour les seconds. L’écart a continué par la suite à se creuser, puisqu’en 2020 les chiffres étaient de respectivement 20 et 15 millions.

 

La relative stabilité du nombre de chiens et chats masque toutefois le fait que le meilleur ami de l’Homme perd du terrain au profit du petit félin. Les courbes se sont même croisées en 2016, si bien que c’est ce dernier qui est désormais l’animal de compagnie le plus populaire au Japon.

 

Ainsi, une enquête statistique de la Japan Pet Food Association (JPFA) publiée début 2021 estime que le nombre de chiens dans l’archipel est de l’ordre de 8,5 millions, contre 9,5 millions pour le petit félin domestique.

Le chien dans l’art pictural japonais

Illustration d’inugami dans le « Hyakkai-Zukan »
Illustration d’inugami par Sawaki Sushi dans le « Hyakkai-Zukan »

Même si le chat est davantage représenté dans la culture japonaise que le chien, ce dernier est de plus en plus présent dans l’art et la culture du pays, et notamment dans les mangas. Cela dit, les artistes locaux n’ont pas attendu ces derniers ni la période contemporaine pour représenter le meilleur ami de l’Homme.

 

En effet, dès le 18ème siècle, des artistes réalisent des représentations du dieu-chien Inugami, l’un des nombreux esprits (shikigami) du folklore japonais dont on dit qu’ils peuvent posséder les humains. La plus célèbre d’entre elles est sans doute celle du peintre Sawaki Sushi (1707-1772), à qui on doit l’Hyakkai zukan, une série de rouleaux sur lesquels sont représentés les différentes créatures du folklore japonais.

 

Toujours durant l’ère Edo (1603-1868), mais un peu plus tard, on retrouve le chien dans certaines œuvres de l’ukiyo-e, un mouvement artistique consistant à représenter des scènes de la vie courante sur des estampes réalisées sur du bois. La bourgeoisie émergente de cette époque affiche en effet une prédilection pour certains sujets du quotidien comme les femmes, les combats de sumo, la nature, le théâtre japonais ou encore les animaux, dont bien sûr les chiens.

 

Il y sont généralement représentés soit comme des menaces, soit comme des compagnons loyaux. C’est le cas notamment chez Utagawa Kuniyoshi (1797-1861), l’un des grands maîtres de l’ukiyo-e, qui met en scène l’un d’entre eux en compagnie de Hata Rokurozemon, un célèbre guerrier japonais, dans une estampe du 19ème siècle dont la date précise reste inconnue.

 

« L'ami des femmes au foyer », de Ito Shinsui (1934)
« L'ami des femmes au foyer », de Ito Shinsui (1934)

Entre 1842 et 1846, pour contourner une nouvelle forme de censure très stricte qui interdit la représentation de certaines personnes (les courtisanes, les geishas, les acteurs de théâtre…), les animaux sont aussi parfois utilisés dans l’ukiyo-e pour montrer sous une autre forme - et même caricaturer - les humains qu’on ne peut pas inclure dans les estampes. Cette tendance se diffuse ensuite dans ce mouvement artistique jusqu’à s’observer dans des œuvres qui ne sont pas concernées par cette censure. C’est par exemple le cas de Jouer au tanuki, dessinée par Kuniyoshi : des pêcheurs sont représentés avec des têtes de l’animal éponyme, un canidé également connu en français sous le nom de chien viverrin.

 

À partir du 20ème siècle, la représentation du meilleur ami de l’Homme évolue et se fait plus réaliste. Connu pour ses peintures de jolies femmes, Ito Shinsui (1898-1972) fait par exemple le portrait détaillé d’un chien en compagnie d’une jeune femme au kimono rouge dans son œuvre L'ami des femmes au foyer (1934). Quant à Takeuchi Seiho (1864-1942), un des fondateurs du mouvement nihonga, on lui doit de nombreux portraits d’animaux, dont quelques-uns très détaillés. C’est le cas par exemple de Au coin du feu (1935), où deux chiots sont peints à côté d’un tisonnier.

 

Autrefois associé plutôt à des personnages masculins tels que des guerriers et des pêcheurs, voire même à des divinités maléfiques comme Inugami, le chien passe ainsi en l’espace de deux siècles au statut de compagnon de vie qu’on associe davantage à la gent féminine et aux activités du foyer.

Le chien dans les mangas : un personnage ambivalent

Des premières œuvres matures

Blanco montrant les crocs sur la couverture du manga « Blanco »

Si le chien est donc présent depuis plusieurs siècles dans l’art japonais, force est de constater que sa présence y demeure plus confidentielle que celle du chat. Il intéresse néanmoins Osamu Tezuka (1928–1989), le papa d'Asto Boy, au moment où ce grand maître de la bande dessinée japonaise tente une incursion dans le manga ciblant un public adulte.

 

Entre octobre 1970 et novembre 1971, il signe ainsi Kirihito, une œuvre à mi-chemin entre la science et le surnaturel dans lequel Kirihito Osanai, un jeune médecin, se trouve confronté à une mystérieuse maladie. Celle-ci transforme les habitants d’un village situé sur l’île de Shikoku en chiens, avant d’entraîner leur mort.

 

Quelques années plus tard, en 1984, c’est Jiro Taniguchi (1947-2017) qui livre là encore une vision sombre du rapport entre l’humain et le chien avec Blanco, un manga en quatre volumes ciblant un public mature et qui s’inspire des œuvres de Jack London (1876-1912), l’auteur notamment de L’Appel de la forêt (1903) et de Croc-Blanc (1906). Le manga compte les aventures d’un chien blanc à la puissance surnaturelle qui évolue dans le Grand Nord et que l’armée américaine cherche à tout prix à éliminer. Un certain nombre de scènes très violentes le représentent aux prises avec ses poursuivants.

 

Mais Taniguchi est un auteur à part dans l’histoire du manga. Se disant de manière générale peu inspiré par les autres auteurs japonais, il livre là une œuvre dont le dessin comme les thèmes s’inscrivent davantage dans le sillon de la bande dessinée occidentale. D’ailleurs, Blanco ne fait pas d’émules, à l’exception de Ginga Nagareboshi Gin, un manga publié entre 1983 et 1987 par Yoshihiro Takahashi, qui y conte les aventures d’un Akita Inu rejoignant un groupe de chiens errants pour aller combattre un ours violent. L’œuvre de Takahashi a été publiée en anglais en 2020 sous le titre de Silver Fang -The Shooting Star Gin, mais n’a en revanche pas encore été traduite en français.

Le chien dans les mangas au 21ème siècle : un animal très kawaii

Chocotan revêtant plusieurs déguisements sur la couverture du manga « Chococotan »

Par manque d’intérêt des éditeurs, des lecteurs et peut-être aussi des artistes eux-mêmes, les chiens sont ensuite globalement boudés par les mangakas de la fin des années 80 jusqu’au début du 21ème siècle. Par la suite, la hausse des adoptions ainsi que la popularité des vidéos d’animaux mignons sur YouTube contribuent sans doute à expliquer l’intérêt croissant des lecteurs pour les œuvres dans lesquelles des chiens sont présents. Quelques mangas entièrement centrés sur eux font même leur apparition.

 

Parmi les plus populaires, on peut citer Chocotan, une œuvre en 13 volumes signée Kozue Takeuchi (né en 1978) et publiée entre 2011 et 2017. Elle met en scène un Teckel nain du même nom, qui mange une plante un peu particulière lui donnant la capacité de parler aux humains. Destiné en priorité à un public féminin, Chocotan est une œuvre comique qui parle autant de la mode que de la relation fusionnelle entre un animal et sa maîtresse. Le manga tire son humour de la maladresse de cette dernière, qui fait que c’est bien souvent le premier qui doit s’occuper de la seconde, et non l’inverse.

 

Dans un registre plus émouvant, Le Paradis des chiens de Sayuri Tatsuyama (né en 1964) évoque le difficile sujet de la mort d’un animal de compagnie en imaginant un endroit où les âmes des chiens décédés se rendent une fois leur existence terrestre achevée. La particularité de l’endroit est que ceux qui arrivent au paradis ont la possibilité d’adresser une seule et unique lettre de l’au-delà à une personne de leur choix.

 

Des Shibas Inus dans diverses positions sur la couverture du manga « Un Shiba en plus ! »

Enfin, nombreux sont aussi les auteurs à mettre en scène les deux races locales préférées des Japonais : l’Akita Inu et le Shiba Inu. On peut citer notamment Mon Shiba, ce drôle de chien (2017) de Aiko Kuninoi et Un Shiba en plus (2017) de Mayumi Muroyama (née en 1955) et Mariko Muroyama (née en 1957) des mangas en un seul volume entièrement dédiés à ces chiens pas comme les autres.

 

Au final, même si les chiens ne peuvent indéniablement pas rivaliser avec la popularité des chats dans les mangas, l’intérêt grandissant des lecteurs incite néanmoins de plus en plus d’artistes à mettre leurs crayons à leur service. En tout cas, l’offre en la matière est indéniablement plus riche en japonais dans le texte, puisque de nombreux mangas avec des chiens n’ont pas (encore ?) été traduits en français. Nul doute néanmoins que certains viendront à l’avenir enrichir les rayons des librairies et des bibliothèques…

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Le chien dans les mangas
Par Nicolas C. - Dernière modification : 06/07/2022.