SUISSE - Elle ne veut plus passer pour «la maman tueuse de chiens»

01/29/2007

La vétérinaire cantonale préfère donner la priorité à sa fille et à ses proches.

Elle a la réputation de ne pas mâcher ses mots. Mais, suite à ses divergences avec le Conseil d'Etat, notamment sur le port de la muselière, on la sentait de plus en plus muselée. Sa grande visibilité, née de la polémique autour des molosses, lui était également difficile à vivre.

«Une personne extrêmement compétente»

Autant de raisons qui expliquent en partie le départ d'Astrid Rod… C'est «une
personne extrêmement compétente» – selon les termes de son patron Robert Cramer – qui s'apprête à céder sa place de vétérinaire cantonale. Sans savoir de quoi sera exactement fait son futur à l'Etat.

«J'ai été la première femme nommée à un poste qui existe depuis 1914 en Suisse», raconte Astrid Rod. C'était en 1991 et la personne plébiscitée avait alors 34 ans. «Imaginez le contexte dans lequel j'ai fait mes premiers pas. Seule femme au milieu de messieurs aux cheveux blancs, pour la plupart en fin de carrière. Et, en plus d'être jeune, je les dépassais tous d'une tête avec mon mètre… presque quatre-vingts!»

La difficulté d'être femme et cadre à la fois

Son arrivée est effectivement ressentie comme «un choc» pour les sages et une «aventure très intimidante» pour Astrid Rod. Mais cela en valait la peine: «Genève a joué un rôle de pionnier bénéfique. Aujourd'hui, tant Zurich qu'Argovie ou Soleure ont des femmes à la tête de leur Office vétérinaire cantonal (OVC).» Et si elle souhaite que l'on ne s'arrête pas en si bon chemin, Astrid Rod ne cache pas la difficulté qui persiste à être femme et cadre à la fois. Quand on a des enfants, la tache se complique encore davantage, considère la haut fonctionnaire: «Comment concilier vie privée et vie publique quand vous devez être atteignable à tout moment? Que répondre à son enfant quand il ressent les coups de téléphones, le week-end ou lors des vacances, comme un manque d'intérêt à son égard?»

La surmédiatisation «canine»

Astrid Rod a mal supporté cette situation, «au demeurant des plus contradictoires à une époque où on martèle inlassablement l'obligation parentale de s'occuper de ses enfants»: «La société ne nous en donne tout simplement pas les moyens! Cela engendre de grandes frustrations et a motivé mon choix d'abandonner ma fonction. Je ne veux pas que ma fille soit une délinquante à 16 ans. Son encadrement est ma responsabilité première.»

L'autre aspect qui a définitivement conforté Astrid Rod dans sa décision a été la surmédiatisation «canine» dont elle a fait l'objet. Là encore, les souffrances de sa fillette de 6 ans ont joué un rôle déterminant: «J'ai le cuir dur et ai personnellement été peu sensible aux attaques, mais ma priorité est de protéger mon enfant.» Ressentant un sentiment d'injustice, les proches de la vétérinaire ont été affligés et sa fille a été grandement perturbée suite aux échos qu'elle avait à l'école: «Certains de ses camarades ne voulaient tout simplement pas jouer avec la fille d'une maman tueuse de chiens!»

«Ce n'est pas à une haut fonctionnaire d'être sous les feux des projecteurs», conclut notre interlocutrice. «Le vétérinaire cantonal doit être au service de la population, ce n'est pas une personnalité publique.»

La presse n'est pas épargnée. D'accord, mais que faire quand le Département du magistrat en charge d'un dossier embarrassant vous renvoie inlassablement à l'OVC?


Elle attaque la tour d’ivoire scientifique
A part les chiens, deux autres sujets ont marqué le règne d'Astrid Rod: l'expérimentation animale et le contrôle des denrées alimentaires.

Sa nomination intervient en pleine période de crise dans le domaine de l'expérimentation animale. «L'Office faisait la une des journaux quand on est venu me chercher alors que j'étais au service de la Confédération.» La controverse est alors très vive entre protecteurs des animaux et l'utilisation de ces derniers pour des protocoles de recherche. Revendiquant plus de rigueur sur l'évaluation de ces protocoles, Genève fait à nouveau figure de pionnier. «Nous avons refusé dix-huit protocoles entre 1992 et 1993! Certes, sur environ 150 demandes, mais quand même, cette première suisse est perçue comme une attaque à une tour d'ivoire. Car personne n'osait jusqu'alors ­affronter les scientifiques.» Résultat: le Fonds de recherche national doit revoir son mode de fonctionnement. L'audace est en plus récompensée: Astrid Rod est une nouvelle fois la première femme – mais aussi la première romande – à être appelée pour présider la Commission fédérale sur l'expérimentation animale.

Doublons et luttes

Commence alors le deuxième temps fort de ses dix-sept ans à la tête de l'OVC: le commerce des denrées alimentaires. La loi stipule toujours que les produits d'origine animale doivent être contrôlés par les vétérinaires cantonaux et que le reste est de la compétence des chimistes. Or, «nous avons vite senti que ce partage des taches était non seulement incohérent, mais qu'il entraînait en plus des doublons et des luttes de pouvoir. L'ensemble du contrôle a donc été transféré chez le chimiste cantonal», explique Astrid Rod.

D'autres cantons suivent aujourd'hui l'exemple genevois, avant tout pour des motifs financiers.

La vétérinaire cantonale s'attaque ensuite à la problématique canine à la fin des années 90. «Je sentais que la mode des molosses, qui s'était installée en France, allait finir par franchir nos frontières», raconte Astrid Rod.

Et de créer en 1999 un groupe de travail qui permet d'aboutir à la loi sur les conditions d'élevage, d'éducation et de détention des chiens, votée le 1er octobre 2003 par le Grand Conseil.

«Genève fait à nouveau figure de pionnier», se félicite la vétérinaire cantonale. Autre première suisse en 2001, quand la puce électronique est rendue obligatoire.
Le dossier sur les chiens lui sera pourtant fatal.
laurence bézaguet
Photo : Astrid Rod s'apprête à céder sa place de vétérinaire cantonal - © P. Frautschi

Commentaires sur cette actualité

Je confirme;le nom de tueuse de chiens lui va comme un gant!!cette femme à tout simplement été un torsionnaire pour certains propriétaires de chiens de catégorie. 1 et de ces pauvres bêtes.

Elle a mérité sa réputation!!

   
Par karen